Parasha – 281 – Beréchit – 5787

בס »ד

Avec la nouvelle année 5787, nous reprenons la lecture de la Torah depuis le début, la Paracha Beréchit, qui « décrit » la Création du Monde.

Chaque année, la même question revient, et notre Maitre, Rachi dit dans son premier paragraphe :

« Il n’était nécessaire de commencer la Torah qu’à partir de « Ha’Hodèch Hazé lakhem » (Ce mois est pour vous), (Chemot 12, 2) qui est la première Mitsva à laquelle les Bené Israël (avant la sortie d’Egypte) ont été ordonnés. Et pourquoi Il (Hachem) a ouvert (la Torah) par Beréchit ? En raison du verset de Tehilim (111,6) : « La force de Ses actions Il a enseigné à Son Peuple, pour leur donner l’héritage des peuples », afin que si les nations du monde disent à Israël : « Vous êtes des bandits, car vous avez conquis les terres des sept peuples (de Canaan) ! Ils leur diront : « Toute la Terre est à Hachem. Il l’a créée et l’a donnée à qui cela était juste à Ses Yeux. Dans Sa volonté Il l’a leur a donnée (aux Cananéens), et dans Sa volonté Il l’a reprise d’eux et nous l’a donnée ».

Que de questions suscitées par ce tout premier développement de Rachi ! 

– En quoi les nations qui ne reconnaissent pas la valeur de la Torah seraient-elles satisfaites par cette « justification » de notre conquête d’Erets Israël ?!

– En quoi cette réponse explique-t-elle tout le reste du Sefer Beréchit, après les quelques versets qui « décrivent », et de manière « sibylline », la Création ?!

Le Ramban explique que la Torah nous enseigne ici comment Adam Harichone fut chassé du Gan Eden du fait de sa faute. Plus tard, les hommes de la génération du Maboul (Déluge) furent chassés du monde par leur faute, Hachem déclencha le Maboul qui détruisit toutes les créatures et seul le Tsadik (Noa’h) en a réchappé, lui et ses fils. 

Suite aux fautes de leurs descendants Hachem les dispersa sur tout le Globe. C’est ce qui justifie la perte de leurs terres que subirent les peuples par leurs fautes, au profit de ceux qui « servent » Hachem, au titre du verset (Tehilim 105, 44-45) : « Il leur a donné les terres des peuples et (le produit de) l’effort des nations ils ont pris possession afin qu’ils gardent Ses Décrets, et qu’ils respectent Ses Lois ». C’est-à-dire qu’ils (Les Bené Israël) sachent que c’est par La Avodat Hachem (le Service Divin) qu’ils (les Bené Israël) en prennent possession (de la Terre d’Israël), mais s’ils fautent la Terre les vomira comme elle a vomi le peuple qui les a précédés. 

Le Ramban explique ainsi que la possession d’Erets Israël n’est pas une « rente de situation » gratuite …

Rav Chalom Schwadron (Lev Chalom, p.29) soulève la question de l’intérêt de cette réponse pour les non-juifs ?! Il répond à l’aide d’un commentaire de son Rav, Rav Yehouda Leib ‘Hassman, sur la Michna Avot (3, 14) : « L’Homme est cher (à Hachem) car il a été créé « Betselem » (« à la forme ») de Hachem, (libre de choisir ses actions). Un amour supplémentaire lui a été donné de savoir qu’il a été créé « Betselem », « à la forme » (de Hachem). Le fait de savoir qu’il a été créé est inscrit dans la création de chacun.

Rav Schwadron explique que même le non-juif isolé dans son village, loin de tout contact avec la Torah, porte en lui, dans ce « Betselem » l’aptitude à reconnaitre sa qualité profonde de Créature de Hachem. 

Rav Schwadron conclut (p.35) que la réponse du Midrach cité par Rachi ne s’adresse pas aux nations, mais à nous-mêmes, Juifs, comme le montre la « troisième personne » du Midrach : « Il leur a donné … Il leur a repris … ». 

Le message ne s’adresse donc pas aux non-juifs, mais à nous, à leur sujet. Le Midrach vient nous préciser (Selon l’explication du Ramban) que notre présence en Erets Israël n’a de sens que dans l’accomplissement de la Torah ! 

Rav Schwadron explique que « la force de Ses actions » ne désigne pas la Création, mais les Tsadikim des générations du Sefer Beréchit, Noa’h, Avraham, les Avot (nos Pères) et les Chevatim (les Fils de Yaacov) jusqu’à la Sortie d’Egypte et le passage de la Mer, qui étaient conscients de leur qualité de Créatures de Hachem et se conduisaient en accord avec cela. C’est pour cela que le Sefer Beréchit est appelé « Sefer Hayachar », le « Livre droit » (Guemara Avoda Zara, 25a), car il est le « Livre » des « Hommes droits », Avraham etc. … C’est là la leçon de ce Sefer.

Rav Chimchon Pinkus (Tiférèt Chimchon, p.9) explique que l’accusation de « vol » d’Erets Israël est étroitement liée au déni de l’intervention Divine dans le cours des évènements. Les « récits » du Sefer Beréchit viennent confirmer la Présence permanente de Hachem dans les moindres détails du quotidien des hommes. Il s’étonne par ailleurs pourquoi l’apparence de vol ne préoccuperait que les non-juifs, et non nous-mêmes ?! Il répond que seuls ceux qui ne reconnaissent pas la réalité de la Création « ex-nihilo », et veulent croire à une « création » à partir d’un substrat, sont susceptibles de contester la Volonté Divine dans les évènements. Le mot « Beréchit » (au début), par lequel commence la Torah, proclame qu’il y a eu un « début » absolu. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch développe dans son commentaire du premier verset cette notion de la Création « ex-nihilo ». Il explique comment la croyance d’un substrat préexistant à la création aboutit à la négation de toute « liberté », et de Hachem et de Sa créature, l’Homme. En effet, si la création n’est que la combinaison d’une matière préexistante, alors cette création ne peut pas déboucher sur un « bien » absolu, mais seulement « relatif », dépendant de la « qualité » du « matériau » de base. (Voir la conception « déterministe » des théories « psychologiques » à la mode dans le monde moderne). 

Hachem commence la Torah par « Beréchit » pour témoigner que le Monde est intégralement « Sa » production, dès les « matériaux de base ». 

Aussi, ce Monde, dans ses moindres détails, ainsi que les évènements qui s’y produisent, est, non le « meilleur relatif », mais le « bien absolu » qu’Il a conçu ! Ce verset est ainsi la base de la conception Juive de « Dieu », du Monde, et de l’Homme. 

C’est ce que les Nissim (Miracles) de la Sortie d’Egypte sont venus « rafraichir » à la conscience de l’Homme. C’est ce que répètera le verset : « Voici les dérivés des Cieux et de la Terre lorsqu’ils ont été créés … » (Beréchit 2, 4). Tout ce qui se produit dans le Monde découle de la Création initiale du Monde. C’est encore ce qu’exprime le verset :  « Ceci est le Livre des dérivés de l’Homme : le jour où Dieu a créé l’Homme … » concernant toute l’Histoire du Monde qui s’amorce (5, 1). 

Rav Sim’ha Zissel Broydé (Sam Derekh, p. 148) traite également la question de l’intérêt de la réponse du Midrach face aux nations. Il répond que la réponse n’est pas destinée aux non-juifs, mais à nous-mêmes, pour implanter en nous la droiture et la réflexion, afin que nous sachions que notre droit sur Erets Israël est sans défaut … Il ajoute en citant le Ramban (Introduction au Sefer Iyov), qui souligne que quiconque nie la Création perd tout mérite à ses « bonnes actions », même s’il se comporte de façon exceptionnelle toute sa vie. Seuls ceux qui, comme les Avot (Patriarches), sont nommés « Yecharim » (Droits) peuvent être « crédités » de leurs actes accomplis « librement » en obéissance à Hachem. 

Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah, p.4-5) explique que seule la lecture suivie de la Torah donne accès à une véritable compréhension de notre relation à Erets Israël. Il développe également (p.1-4) que ce n’est qu’à partir de la lecture dans la Torah de l’Histoire depuis la Création jusqu’à son accomplissement ultime que peut émaner un regard cohérent sur le Monde. Ceux qui se réclament de « l’évolution » sont clairement incapables d’expliquer le manque d’accomplissement d’un Monde si « ancien » selon leurs prétentions …

Ces quelques extraits des Commentaires si puissants de nos Maitres nous éclairent sur la manière d’aborder la lecture de la Torah pour cette nouvelle année, non comme un « livre d’histoires », de « contes et légendes », mais de façon responsable, concrète, dans l’Esprit de Sainteté que lui a conféré Hachem afin que nous méritions de recevoir enfin la Gueoula (Délivrance) ultime avec la venue du Machia’h.