Parasha – 280 – Soucot – 5787

בס »ד

Alors que Pessa’h est défini comme « Zeman ‘Hérouténou » – le « moment de notre liberté », et Chavouot comme le moment de Matane Torah – le Don de notre Torah, Soucot est défini dans la Tefila comme « Zeman Sim’haténou – la « Fête » de notre réjouissance !

La Torah (Vayikra 23, 40) relie la Mitsva des « Arba Minim – les Quatre Espèces », qui consiste à prendre en main à Soucot un bouquet de trois espèces Loulav (Branche de palmier), Hadass (Myrthe) et Arava (Saule) accompagnés d’un Etrog (Cédrat), à la Sim’ha.

Le Rambam (Hilkhot Loulav, 8, 12) conclut les règles de la Mitsva des « Arba Minim » ainsi : « Bien que lors de tous les Moadim (les « Rendez-vous » avec Hachem) ce soit une Mitsva de se réjouir, à la « Fête » de Soucot il y avait, au Beth HaMikdach (Temple) un jour de Sim’ha supplémentaire, comme il est dit : « Et vous vous réjouirez devant Hachem votre Dieu sept jours » (Vayikra 23, 40).

Le Rambam (Halakha 13-14) décrit cette Sim’ha qui commençait depuis après le Korban du matin et durait jusqu’au matin suivant. Il souligne qu’au cours de cette Sim’ha, seuls les grands ‘Hakhamim (Sages de la Torah) d’Israël dansaient effectivement, et exprimaient leur attachement à Hachem, tandis que le reste de la population les contemplait et les écoutaient. 

Cette Sim’ha est appelée « Sim’hat Beth Hachoéva » – la Sim’ha du « puisage ». 

Il y a deux explications à ce nom : le sens simple est qu’il y avait une Mitsva particulière à Soucot au Beth HaMikdach de puiser de l’eau à une source à proximité, et d’accomplir une libation sur l’Autel, en plus de la libation de vin qui accompagnait généralement les Korbanot (Offrandes). 

La seconde explication est mentionnée dans le Midrach (Beréchit Rabah, 70, 8) : « C’est parce qu’on « puisait » de là le Roua’h HaKodech (Inspiration Divine), niveau « inférieur » à la Nevoua (Prophétie). 

Soucot est appelé ainsi du nom des Soucot (les Cabanes) dans lesquelles Hachem nous a ordonné d’habiter pendant les sept jours de la « Fête ». 

Rav Chalom Noa’h Bérézowski (Netivot Chalom, p192) remarque que la Torah rattache la Mitsva du Loulav à la Sim’ha, donnant ce sens spécifique de Sim’ha à la Mitsva. Il s’interroge également sur le lien particulier de la Sim’hat Beth Hachoéva qui permet d’accéder au Roua’h HaKodech. 

Il s’interroge encore sur le lien profond entre tous les éléments de cette « Fête » ?!

Et de plus, quelle est la dimension réelle de la Sim’ha de la fête de Soucot ?

Le Rambam rapporte la Guemara (Souca 51a-b) qui précise que seuls les ‘Hakhamim exprimaient activement la Sim’ha, tandis le reste de la population se contentait d’accompagner cette Sim’ha sans aucune concrétisation, nous voyons qu’il ne s’agit donc pas de se « livrer à des réjouissances » comme il est couramment admis de comprendre la Sim’ha à notre époque. Il s’agit donc d’une toute autre sorte de Sim’ha que ce que nous qualifions par ce terme.

Rav Ye’hezkel Sarna (Daliot Ye’hezkel, III, p.193) remarque la différence entre les trois Moadim, Pessa’h Chavouot et Soucot. Alors qu’il y a une Mitsva de Sim’ha à chacun de ces moments, pour Pessa’h la Sim’ha est liée à la définition du ‘Hag (« Fête ») comme « moment de notre délivrance », pour Chavouot c’est le « moment du Don de notre Torah ». Pour Soucot, par contre, qui est qualifiée dans la Tefila comme « le moment de notre Sim’ha », aucune cause extérieure n’est mentionnée dans la Tefila ! 

Rav Sarna explique que la Sim’ha de Soucot ne résulte pas de la « Fête », mais en est au contraire la source. C’est la Sim’ha d’être « devant Hachem notre Dieu » qui entraine la « Fête ». L’essence de Soucot est donc la Sim’ha. 

Rabbi Yerou’ham Levovitz (Maamaré Elloul Tichri, p.355) explique que la Sim’ha résulte de la Chlémout(« plénitude »). Il explique que la Chlémout n’est pas une somme de tous les éléments positifs, mais une dimension en soi qui est le Chalom (l’harmonie) entre tous les élans qui existent dans le monde. C’est de cette Chlémout qu’est issue la Sim’ha. Cette Chlémout est atteinte à Soucot, après le « travail » des Yamim Noraïm (les Jours redoutables) Roch Hachana et Yom Kippour. 

Après une Avoda (un « Service ») comparable au Korban Ola (Holocauste) où tout est consacré à Hachem, vient Soucot dans la dimension du Chelamim, le Korban qui associe tous les niveaux, une part est consumée sur l’Autel, une part est destinée aux Cohanim, et une part pour celui qui amène le Korban avec ses invités. C’est la plénitude d’une existence où toutes les facettes s’associent dans la Avoda à Hachem. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Bemaaguelé Chana, I, p.125) souligne également le lien entre Yom Kippour et Soucot. Après s’être purifiés à Yom Kippour des séquelles de nos fautes, après avoir « fait justice » de toutes les tendances à « jouir » de l’existence sans frein, après avoir constaté le vide et le malheur d’une existence vouée à la matière, nous pouvons enfin accéder à la vraie Sim’ha qui ne peut résulter que de l’affranchissement de toutes les influences qui entravent notre liberté : la jalousie, les appétits et la soif de considération. Ces motivations n’entrainent qu’une soif inextinguible de plus sans jamais apporter de réelle satisfaction, comme de boire de l’eau salée.  Hachem nous octroie l’existence, non pour en « souffrir », mais pour en jouir avec Sim’ha et satisfaction. 

La demeure « précaire » de la Souca nous rappelle que seul Hachem est le garant de notre sécurité et de la véritable satisfaction dans la Chlémout, et que ce n’est pas l’opulence de notre habitat qui sera gage de satisfaction et de Sim’ha. 

Le Loulav et les autres espèces représentent, selon divers enseignements de nos ‘Hakhamim, les membres de notre corps, le cœur, les yeux, les lèvres et la colonne vertébrale, ou encore les diverses composantes de notre Peuple, des plus accomplis en Torah et Mitsvot jusqu’aux plus « simples » qui n’ont que leur attachement de base à Hachem. C’est dans l’unité de tous ces éléments que réside le « secret » de la Chlémout de chacun et de notre Peuple. C’est de là que vient la Sim’ha de Soucot.

Rav Galinski analyse la Sim’hat Beth Hachoéva (la Sim’ha du puisage) et remarque que nous faisons une Sim’ha particulière à l’occasion de ce « puisage d’eau », dont la libation sur l’Autel s’associe à la libation habituelle de vin qui accompagne généralement les Korbanot.

Car dès lors que nous sommes « avec Hachem », nous nous réjouissons même avec de l’eau ! Pas besoin de vin pour amener la Sim’ha !

C’est l’essence de Soucot qui vient en conclusion du cycle des trois Moadim, Pessa’h Chavouot et Soucot, en même temps qu’en apogée de la Avoda (le Service) de Tichri. 

Toutes les facettes de notre lien à Hachem convergent vers la Sim’ha de Soucot !