בס »ד
La Paracha Haazinou est « la« Paracha de l’Histoire !
La « Chira » (« Cantique ») qu’elle contient est le message que Hachem adresse à toutes les générations sur les conséquences de nos actes, « négatifs » ou positifs.
Le début de la Paracha (32, 1-6) est une introduction générale relativement à la relation du Peuple Juif à Hachem.Puis vient un avertissement (32, 7) de déchiffrer l’Histoire pour y voir les interventions de Hachem : « Souviens-toi des jours d’antan, comprenez les années (ou « changements ») de génération en génération ; interroge ton père [Rachi commente : ce sont les Neviim (Prophètes)] et il te racontera, tes Anciens (Rachi : les ‘Hakhamim), et ils te diront. »
Puis la Torah décrit (32, 8-14) les débuts de l’Histoire du Peuple de Hachem, et ensuite le déclin (15-35) qui survient suite aux écarts d’Israël.
Vient alors le « virage », lorsque Hachem décide de sauver Israël de ses ennemis : « Lorsque Hachem « jugera » Son Peuple, et Il changera d’attitude face à Ses serviteurs ; lorsqu’il verra que la main (de l’ennemi) s’appesantit, et quenul n’est soutenu ni renforcé » (32, 36).
La Guemara (Sanhédrin 97a) commente ce verset ainsi : « Le Fils de David (le Machia’h) ne viendra pas jusqu’à ce que se multiplient les délateurs (qui dénoncent le Peuple Juif) … jusqu’à ce que diminuent les Talmidim (les étudiants de la Torah qui fortifient Israël en les ramenant à un meilleur comportement ; Rachi) … jusqu’à ce qu’on se désespère de la Gueoula (Délivrance) … comme Rabbi Zéra lorsqu’il voyait des ‘Hakhamim s’occuper de lui (le Machia’h), il leur disait : « Je vous en supplie : ne l’éloignez pas ! »
Rav Yaacov Kamenetski (Emet LeYaacov, Devarim 32, 36) s’étonne de cet enseignement ?! La Emouna dans la venue du Machia’h est un des 13 principes énoncés par le Rambam. Comment peut-on devoir l’oublier ?! Il répond qu’il ne s’agit que de renoncer à croire à une Gueoula « naturelle » par la bienveillance des nations. Ce n’est que lorsque nous renoncerons à ces illusions et comprendrons que nous ne pouvons nous appuyer que sur notre Père Qui est dans les Cieux que le Machia’h nous délivrera d’une véritable Gueoula !
Rav Yossef Yehouda Leib Bloch (Chiouré Daat, Dor Haflaga) explique lui aussi cet enseignement de la Guemara. Il écarte l’explication que ce serait une « prophétie » que la Gueoula ne viendra qu’après qu’on ne l’attendra plus, car les paroles de Rabbi Zéra aux ‘Hakhamim expriment l’opposition à toute forme d’intervention, même « spirituelle » pour accélérer la venue du Machia’h ! Par contre nous devons évidemment renforcer notre lien à la Torah et à la Emouna en la Gueoula que Seul Hachem nous octroiera.
Rav Moché Epstein (Beér Moché, Chemot p. 39) souligne que Moché Rabénou n’a été sauvé du Nil qu’après que même son père Amram se soit découragé de la situation (Guemara Sota 13a). Il explique que ce fait était destiné à nous servir d’enseignement pour les générations. Comme l’a dit la Guemara citée plus haut, ce n’est qu’une fois que la Gueoula nous semblera inaccessible que Hachem nous l’octroiera.
Cette leçon de la Paracha converge avec le message de la Haftara (lecture du Navi-Prophète qui accompagne la lecture de la Torah Chabat) de ce Chabat particulier situé entre Roch Hachana et Yom Kippour.
Quelle que soit la Paracha qui est lue ce Chabat (suivant les années), nous lisons la Haftara intitulée « Chouva » (Reviens). C’est la Nevoua (Prophétie) de Hochéa (Hochéa 14, 2-10) qui appelle le Peuple d’Israël à revenir vers Hachem : « Reviens Israël jusqu’à Hachem ton Dieu, car tu as trébuché dans ta faute ! ».
Le Navi dit ensuite : « Achour (puissance de l’époque) ne nous sauvera pas ; sur un cheval nous ne chevaucherons pas ; et nous ne désignerons plus comme « dieu » l’action de nos mains ! Car c’est par Toi que sera pris en pitié l’orphelin » (verset 4).
Ce verset est abondamment expliqué par nos Maitres de toutes les époques.
Rav Its’hak Aïzik Scherr (Leket Si’hot Moussar II, p.106) explique (dans un texte datant de Chabat Chouva 5703-1942) que le Navi définit ici l’essentiel de la Techouva. Toute confiance dans des alliances : « Achour ne nous sauvera pas », dans notre propre force : « Sur un cheval nous ne chevaucherons pas« , sur toute autre sorte de moyen personnel « Et nous ne désignerons plus comme « dieu » l’action de nos mains ! » est contraire à la Emouna en Hachem. La fin du verset : » Car c’est par Toi que sera pris en pitié l’orphelin » renforce la prise de conscience quenotre seul recours est auprès de Hachem ! Nous devons percevoir profondément que Seul Hachem nous donne les moyens d’agir. Nos propres efforts ne sont que le résultat de la Volonté de Hachem de nous en accorder la force.
Dans un autre texte (p.109) daté de l’année suivante, Rav Scherr ajoute une explication à la fin du verset : « Car c’est par Toi que sera pris en pitié l’orphelin. ». Ces mots font également partie de ce sur quoi nous devons faire Techouva ! C’est une faute grave de nous considérer comme « orphelins », niant ainsi « l’amour Paternel » que Hachem nous voue. Nous n’avons pas le droit de nous considérer comme des « orphelins » !
Rav Scherr, qui s’exprime au cœur d’une période de détresse comme le Peuple Juif n’en a pas connue, souligne que nous avons pu voir à quel point les attentes du sauvetage par les nations, ou par « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main ») sont vaines. C’est là que se situe l’interdiction de nous considérer comme orphelins, en oubliant la proximité de Hachem !
Rav Guedalya Schorr (Or Guedalyahou p.214) souligne que la Techouva ne se limite pas aux fautes « actives ». Même une conception inappropriée nécessite de faire Techouva ! La Torah bannit (Devarim 8, 17) la prétention : « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main m’a fait cette richesse »). Le verset conclut par ces paroles (18) : « Et tu te souviendras de Hachem ton Dieu Qui est Celui Qui te donne la force de faire … ».
Rav Chalom Chapira (HaMaor ChèbaTorah, Beréchit p.79-84) analyse le message de notre Haftara. Il l’applique aux évènements de l’actualité (la guerre de Kippour) avec près de deux mois de recul (en Kislev). Il souligne le contraste entre les sentiments de puissance sans retenue issus des années suivant la « guerre des six jours », qui s’étaient épanouis jusqu’à l’année précédant le choc de la « guerre de Kippour ». Il souligne que les évènements dramatiques du début de l’année (le choc de la guerre) ont déclenché un mouvement de critique généralisé tant d’autocritique que d’accusation envers les autres. Rav Chapira confronte ces péripéties aux Nevouot (Prophéties) relatives à l’époque de la destruction du premier Beth HaMikdach (Temple). Il remarque l’apparition d’un mot nouveau dans le langage : « l’échec ». Il insiste que ce mot n’est pas moins « idolâtre » que l’expression « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main »). La vraie source des « échecs » (comme des réussites …) est Hachem Qui retire à l’homme la sagesse et l’intelligence, ce qui amène directement la catastrophe. Dans un autre texte (Eykha p.173-176), Rav Chapira explique le verset de la Haftara : « Achour (puissance de l’époque) ne nous sauvera pas ; sur un cheval nous ne chevaucherons pas ; et nous ne désignerons plus comme « dieu » l’action de nos mains … » Ce texte nous ordonne explicitement d’abandonner l’idolâtrie du soutien d’une puissance étrangère, et celle de « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main »). Notre existence est exclusivement dans la Main de Hachem !
Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm Midot VeAvodat Hachem I, p.633-640) explique lui aussi le contraste entre les deux guerres, celle des six jours, et celle de Yom Kippour. Il montre comment la première avait été précédée d’une période d’angoisse avec la crainte de nombreuses victimes et la nécessité de prévoir des espaces d’enterrement considérables. La « victoire » éclatante totalement imprévisible avait entrainé un mouvement de Techouva considérable. Toutefois cet éveil s’atténua malheureusement rapidement. Pour la seconde guerre, celle de Kippour, il n’y avait aucune préparation à un conflit imminant.
Rav Friedlander constate que les hostilités ne sont pas terminées et souligne l’incertitude de la situation. Là ou les Nissim (Miracles) de la précédente guerre avaient amené à une recrudescence de « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main »), qui s’était malheureusement étendue au monde de la Torah, la guerre de Kippour nous a appris douloureusement à ne pas « capitaliser » sur nos capacités.
Rav Friedlander insiste sur l’obligation de s’abstenir de tout commentaire sur le cours de la guerre qui mènerait à adopter le langage de la rue » … L’essentiel de l’exigence du moment repose ainsi sur la communauté de ceux qui se dédient à l’étude de la Torah, qui doivent conserver la juste conscience de la Présence de Hachem dans chaque péripétie.
Rav Zalman Sorotskin (HaDéa VehaDibour, III, p. 207) dans un discours un an après la disparition de Rav Aharon Kotler (Grand de la Torah, fondateur de la Yechiva de Lakewood, USA, la plus grande Yechiva de nos jours) (5723-1962), exprime le manque de l’influence marquante du Rav. Il remarque la détérioration, tant dans la situation politique que dans la dimension spirituelle : la transgression croissante du Chabat en Erets Israël, les méfaits de la mission chrétienne, la réaction agressive aux protestations du monde de la Torah contre ces désordres, les propos injurieux contre la Torah de personnalités du pouvoir judiciaire etc. …
Rav Sorotskin souligne que face à ces brèches dans l’atmosphère Juive du Pays, se manifestent des initiatives diverses contre l’Etat d’Israël : renforcement militaire des voisins, décision unanime à l’ONU contre l’Etat, trahison des pays émergents d’Afrique tant soutenus par l’aide israélienne etc. … Rav Sorotskin a ainsi lui-aussi pointé le lien entre les fautes et leurs conséquences désastreuses.
Ces quelques citations des générations passées se passent de commentaire au regard de l’actualité !
Ce qui a été abondamment expliqué au travers des générations est tout aussi vrai dans la situation actuelle !
Nous abordons Chabat Haazinou avec Chabat Chouva avec des messages clairs de Hachem que nos Maitres des générations passées nous ont appris à déchiffrer !
Faisons chacun le maximum pour entendre pleinement les paroles de la Torah et des Neviim (Prophètes) et aider chacun autour de nous à les entendre et les comprendre.


