Parasha – 274 – Choftim – 5786

בס »ד

La Guemara Sanhédrin (20b) énumère trois Mitsvot qui incombent aux Bené Israël après qu’ils soient entrés en Erets Israël :

  1. Nommer un Roi : « Lorsque vous viendrez dans le Pays que Hachem ton Dieu te donne, et que tu en prendras possession, et tu t’y installeras ; et tu diras je placerai sur moi un Roi… « . (Devarim 17, 14-20)
  2. Combattre et anéantir Amalek (Devarim 25, 17-19)
  3. Eriger le Beth HaMikdach (le Temple) (Devarim 12, 11). 

Bien que ces Mitsvot apparaissent dans la Torah dans un ordre différent, la Guemara les cite dans cet ordre, donnant la priorité à la nomination d’un Roi, puis à l’anéantissement d’Amalek, et seulement après à la construction du Beth HaMikdach. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (et d’autres commentateurs) souligne que la nomination d’un Roi ne doit venir qu’après la conquête d’Erets Israël, ce qui manifeste que le rôle du Roi n’est pas de mener les guerres du Peuple Juif. 

Même la Guerre contre Amalek n’a pas un caractère « militaire » nécessitant les « compétences » d’un Roi. Il s’agit là d’une dimension spirituelle particulière.

La nécessité d’un Roi n’est évidemment pas une simple question d’administration socio-politique. 

Comme il apparait de la Guemara citée ci-dessus, c’est une Mitsva parmi les 613 Mitsvot de la Torah. Toutefois la Torah subordonne l’accomplissement de cette Mitsva à la prise de conscience publique de son utilité à une étape de l’existence des Bené Israël en Erets Israël. 

Rav Hirsch explique que le rôle du Roi est de concentrer l’énergie du Peuple dans la vie selon la Torah. Il doit être un exemple vivant de respect de la Torah, comme le soulignent les versets 15-20. 

Nous voyons cependant que lorsque les Bené Israël ont demandé au Navi (Prophète) Chemouel de leur donner un Roi (Chemouel, I, 8, 5), leur démarche déplut à Chemouel (verset 6) et à Hachem (verset 7). 

Le Keli Yakar explique (Devarim 17, 15) que la Mitsva de Hachem était de placer un Roi « sur » les Bené Israël, tandis qu’ils demandèrent à Chemouel : « donne-nous » un Roi. Leur souhait était de « recevoir » un Roi qui serait à leur disposition pour être à leur tête selon leurs désirs

Chemouel leur répondit en leur soulignant que le Roi règnerait « sur » eux

Quelle est l’utilité essentielle d’un Roi ?

Le Ran (période tardive des Richonim) explique (Drachot, Drouch 11) la différence entre le rôle des « Choftim » (les Juges) prescrits dans la Torah (Devarim 16, 18), et la fonction du Roi défini dans les versets cités ci-dessus. Les Choftim doivent appliquer une justice « Tsédek » (juste) selon les principes profonds de la Torah qui diffèrent fondamentalement des règles sociales qui régentent la justice des nations. Il s’agit ici d’une dimension « Divine ». Le Ramban explique dans son commentaire de la Torah (Chemot 21, 6) que Hachem est « présent » dans le tribunal et inspire leurs décisions. Toutefois cette justice ne suffit pas à assurer l’ordre social. Lorsque le niveau des Bené Israël baisse, le rôle d’un Roi sera de compléter la fonction des juges en appliquant les principes profonds de la Torah, mais au-delà des limites d’accomplissement imposées aux juges par la Torah. Dans la mesure où le Roi est affranchi des contraintes de fonctionnement générales, la Torah insiste (17, 19) sur la nécessité d’un niveau exceptionnel de « Yir’a » (Crainte) de Hachem du Roi pour garantir qu’il ne glisse pas à l’orgueil et à dévier des Mitsvot de la Torah. (Ce qui se produisit malheureusement abondamment dans le cours de l’Histoire …). 

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p.608) développe que le rôle essentiel du Roi est de servir de « marchepied » à la Yir’a de la « Royauté » de Hachem. Sa fonction est principalement de veiller à ce que les Bené Israël aillent dans le chemin de la Torah. 

Rav Sim’ha Zisskind Broydé (Sam Derekh, p. 90) explique que l’établissement d’une royauté héréditaire est destiné à nous permettre de percevoir un reflet si petit soit-il de la Royauté Divine qui est éternelle. Par le respect du Roi nous pouvons approcher du respect que nous devons ressentir face à Hachem. La notion de royauté est une dimension fondamentale de l’ordre naturel du monde comme Hachem l’a établi dans la Création.

Rav Its’hak Aïzik Scherr remarque que depuis Yehochou’a jusqu’à l’époque de Chemouel, les Bené Israël n’eurentpas besoin d’un Roi. C’est l’exemple des nations avoisinantes qui amena à cette requête qui entraina des Nissyonot (épreuves) spécifiques au fil des générations. 

Rav Avigdor Miller (Or Olam, I, p.94) analyse l’époque des Choftim (Juges) qui s’étend depuis Yehochou’a jusqu’à Chemouel HaNavi. Le verset souligne : « Dans ces jours il n’y avait pas de Roi en Israël ; Chaque homme faisait ce qui était « droit » à ses yeux » (Choftim 17, 6). Il explique que nous avons une perception erronée de cette époque. Nous croyons comprendre du verset que chacun n’en faisait « qu’à sa tête » …

Il n’en est rien, dit Rav Avigdor, ces générations étaient trop proches de l’époque de Moché Rabénou pour qu’on puisse les soupçonner d’un comportement désordonné. La réalité est qu’ils étaient à ce point imprégnés de Torahque chacun était apte à juger par lui-même de ce qui est « droit ».

La Guemara (Avoda Zara 25a) définit selon une opinion le « Sefer Hayachar » (Le Livre Droit) comme étant le Sefer Choftim, le livre de ceux qui étaient « droits » ! 

Dans ces périodes il n’y avait pas de Roi, car il n’y en avait pas le besoin. Le rôle du Roi est de veiller au respect intégral de la Torah et de ses Mitsvot. Nous voyons ici une preuve de plus que la fonction essentielle du Roi n’est pas « socio-politique », ou économique, mais spirituelle !

Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou, IV, p.141) explique lui aussi que le rôle du Roi était de faire en sorte que le Peuple soit soumis à Hachem. Il développe encore (II, p.218) que deux facettes complémentaires de « Royauté » existent dans le Peuple Juif : la dimension de Ra’hel, dont est issu le Roi Chaoul, qui correspondait au niveau de « Yaacov », au « monde inférieur » de la Création tel que nous le vivons après la « faute » d’Adam Harichone. Et la dimension de Léa, dont est issu David Hamélekh, qui se situe au niveau de Israël » après sa victoire sur l’Ange (Beréchit 32, 25-30), au niveau à venir après la réparation de la « faute ». La fonction du Roi est d’amener le Peuple à une conscience profonde de la « Royauté Divine » qu’il n’a pas réussi à atteindre sans l’aide d’un Roi, ce que Chemouel leur a reproché. 

Rav Dessler analyse encore (Mikhtav MeEliahou, III, p. 22), la Guemara (Meguila 15a) qui relie la grandeur « Royale » d’Esther au « Roua’h HaKodech » (Inspiration Divine). Il explique que les deux notions « Malkhout » (« Royauté ») et « Roua’h HaKodech » n’en sont qu’une. C’est d’une perception aigue de la Toute-Puissance exclusive de Hachem que peut résulter une influence complète sur l’environnement. Lorsque Esther dut entrer chez A’hachvéroch pour amener au sauvetage des Bené Israël, il lui fallut d’abord se « revêtir » de Malkhout (« Royauté ») c’est-à-dire de « Roua’h HaKodech » pour ne voir en tout que la Présence de Hachem. C’est ainsi qu’elle put influencer A’hachvéroch. C’est là la seule véritable royauté à laquelle un homme est sensé aspirer et peut atteindre. 

Rav Yossef Yehouda Leib Bloch (Chiouré Daat, Meloukha) analyse la notion de royauté. Il commence par souligner le ridicule de la royauté commune dans le monde, qui dépend du soutien de proches influents, et d’une garde rapprochée. Une telle royauté n’est clairement pas enviable ! Il définit la véritable royauté, comme celle que nos ‘Hakhamim attribuent aux fils de Yaacov Avinou, Yehouda et Yossef. Cette sorte de royauté commence par la « royauté » de l’homme sur ses propres élans. L’homme qui atteint un tel niveau de maitrise, comme Yehouda et Yossef en sont l’illustration, justifie pleinement l’influence qu’il aura sur son environnement et sur tous ceux avec lesquels il sera en contact. Son impact sur les autres « véhicule » la véritable « Royauté Divine » dans le monde. Tel est l’avenir de la royauté du Machia’h.  

La Mitsva de notre Paracha ne fait que préfigurer l’aboutissement de l’Histoire lors de la Gueoula Ultime, où se manifestera pleinement la Présence de Hachem dans la Création.