בס »ד
Paracha Nasso
La Paracha Nasso complète la description de l’établissement des Bené Israël dans le désert, guidés par Moché Rabénou. Dans son introduction au Sefer Bamidbar, le Ramban souligne que ce Séfer traite essentiellement du séjour des Bené Israël dans le Désert, et qu’il comporte très peu de Mitsvot s’appliquant aux générations ultérieures.
Dans la Paracha Nasso, figurent certaines de ces Mitsvot, dont le « processus » accompli avec la Sota (Bamidbar 5, 11-31). Il s’agit du cas d’une femme que son mari soupçonne d’infidélité, et particulièrement en relation avec un homme précis. Le mari ayant exprimé à son épouse sa préoccupation en lui disant de ne pas s’isoler en compagnie de cet homme, si la femme passe outre et qu’il est constaté qu’elle s’est isolée avec cet homme, elle devient interdite à son mari tant qu’une « vérification » de la situation par un « processus » au Beth HaMikdach n’aura été réalisée.Au terme d’une démarche ordonnée par un Cohen, la femme doit boire une « préparation » à base d’eau du Kiyor (le bassin réservé à la purification des extrémités (mains et pieds) des Cohanim, additionnée de terre prise du sol du Beth HaMikdach, et dans laquelle on a fait dissoudre un parchemin sur lequel est écrit le passage de la Torah relatif à ce sujet. Le texte concerné comporte plusieurs mentions du Nom de Hachem, qui seront ainsi effacées dans cette démarche.
Hachem garantit que dans le cas où la femme est coupable, cette « eau » aura pour effet de causer sa mort dans des circonstances impressionnantes. Si par contre elle était innocente, elle bénéficiera désormais d’une Berakha particulière dans sa procréation. Ce processus a donc pour effet de renforcer l’harmonie du couple que les soupçons avaient ébranlée.
Les ‘Hakhamim (Guemara ‘Houlin, 141a) soulignent que Hachem ordonne ici d’effacer Son Nom, écrit avec Kedoucha, afin de restaurer le Chalom. Alors que l’atteinte, même verbale, sur le Nom de Hachem est une des fautes les plus graves (Chemot 20, 7), ici la Torah dicte de l’effacer dans l’intérêt du Chalom !
Le Ramban remarque (5, 20) que cette démarche est le seul exemple d’une procédure dans les Mitsvot de la Torah qui fasse appel à un Ness (Miracle) pour sa réalisation. En effet, sans le Ness garanti par Hachem de la mort spectaculaire de la femme coupable, cette procédure n’aurait aucune « efficacité » …
Le Ramban explique que l’objectif de cette Mitsva et de l’intervention Divine qui l’accompagne est de préserver la pureté du Peuple Juif de toute naissance illégitime, afin de permettre la Présence de la Chekhina au sein des Bené Israël. Le Ramban, basé sur la Guemara (Sota) souligne que ce Ness ne s’accomplissait que tant que la Kedoucha était de règle dans le Peuple Juif. Mais dès lors que se sont répandus les comportements licencieux, le Ness a cessé de se réaliser …
Rav Yaacov Kamenetski (Emet LeYaacov Bamidbar 5, 15) explique que la Torah a dû prévoir toute cette procédure car la nature humaine est que dès lors qu’un soupçon s’est introduit dans le cœur de l’homme sur sa femme, le doute ne quittera jamais son esprit à moins que Hachem Lui-même lui garantisse qu’elle est pure. Bien que pour toute autre question de Halakha (Règle de la Torah) deux témoins suffisent, dans le cas du soupçon d’adultère, même après un tel témoignage le mari ne croirait pas totalement, car la crédibilité de deux témoins n’est que le décret de la Torah, mais pas une certitude absolue ! Cela ne suffirait pas à apaiser les sentiments de l’homme. C’est pourquoi, pour ramener le Chalom (l’Harmonie) dans le couple, Hachem a ordonné d’effacer Son Nom écrit avec Kedoucha.
Le ‘Hizkouni explique que ce passage figure à cet endroit de la Torah du fait du terme « Me’ila » (atteinte-mensonge) qui caractérise ce sujet comme le sujet précédent, la négation d’une dette qui est définie dans le verset (5, 6) comme une « Me’ila » envers Hachem !
Ce lien est confirmé par le Midrach (Bamidbar Rabah 8, 5) qui rattache cette « Me’ila » (Bamidbar 5, 12) aux autres endroits où le même terme apparait dans les Ecrits (Divré Hayamim, I, 5), 25 ; Yehochou’a 7, 1 ; Divré Hayamim I, 10, 13 ; Divré Hayamim II, 26, 18).
Rav Its’hak Zeev Yadler (Tiférèt Tsion) explique ce Midrach : les fautes énumérées dans ces divers versets convergent dans une négation de l’Intervention Divine dans le cours des évènements. Pour toutes les fautes, que leur « moteur » soit une « déviance de l’intellect, comme dans l’idolâtrie, l’appétit de l’argent, comme dans les délits financiers, la poursuite des « honneurs », les appétits physiques, comme dans l’immoralité, la racine est le « mensonge », l’altération de la réalité.
La faute essentielle de la Sota est l’infidélité à l’alliance qu’elle a conclue avec son mari. Là encore, c’est la reconnaissance de la Présence de Hachem dans le quotidien qui est remise en question par les fauteurs.
Le Midrach (9, 1) analyse encore la faute de la Sota en soulignant les termes du verset : « un homme, un homme lorsque sa femme déviera … » (5, 12). Pourquoi la Torah a-t-elle écrit « un homme, un homme … » ?! C’est pour souligner que lorsqu’elle est infidèle à son mari, elle porte atteinte à deux liens : celui avec son mari, et celui avec Hachem !
La conception d’un enfant réunit « trois partenaires » : les deux parents avec Hachem. Rav Yadler développe ce Midrach : lorsque la femme rompt le lien qui l’unit à son mari, elle renie le lien profond issu de ce que Hachem a créé Adam et ‘Hava, et pareillement tous leurs descendants, comme une entité qui fut ensuite partagée en deux corps. La femme « affranchit » son corps de son mari auquel elle était liée par essence. Elle renie également l’âme que Hachem a investie en elle. Il s’avère ainsi que la Torah souligne ici la faute profonde envers Hachem qui a créé l’Homme comme un être unique, doté d’une Nechama (âme) et d’une réalité matérielle initialement unie, puis séparée en deux parties.
Les deux facettes de cette Mitsva, la révélation de la faute par le châtiment immédiat par Hachem (5, 27), lorsque la faute a effectivement eu lieu, et l’épanouissement du couple lorsque le soupçon était erroné (5, 28), viennent tous deux renforcer le lien de l’unité familiale est le cachet qui confirme la dimension élevée du Peuple de Hachem.
Cette Mitsva exceptionnelle qui est la seule à associer une Intervention Divine manifeste, et qui implique le Nom de Hachem afin de resserrer le lien du foyer témoigne plus que toute autre de la grandeur du Peuple Juif.


