Parasha – 283 – Lekh Lekha – 5787

בס »ד

La Paracha Lekh Lekha décrit le départ d’Avraham vers Erets Kenaan sur l’ordre de Hachem, accompagné de son épouse Sarah et de son neveu et beau-frère Lot (Beréchit 12, 1-9). 

Suite à la famine qui sévit en Kenaan, Avraham et ses proches descendent en Egypte. Après les péripéties survenues lors de leur séjour en Egypte (12,10-13, 4), ils reviennent en Kenaan. 

Une violente dispute survient alors entre les bergers d’Avraham et ceux de Lot qui font paître leurs troupeaux dans les pâturages privés, aussi Avraham suggère à Lot de se séparer (13, 5-13). 

Cet épisode tragique scellera l’existence de Lot qui choisit de résider dans la région de Sedom, particulièrement prospère (10-11). Rachi cite le commentaire des ‘Hakhamim (Guemara Horayot 10b ; Midrach Beréchit Rabah 41, 7) qui expliquent que Lot a choisi de s’installer à Sedom lorsqu’il s’est séparé d’Avraham parce que Sedom cultivait l’hédonisme. 

La Torah conclut par le verset : « Et les hommes de Sedom étaient très mauvais et pécheurs envers Hachem ! (13, 13) « .

Ce verset présente la population de Sedom qui restera pour l’Histoire le symbole du Mal ! Mais ici la Torah ne nous définit pas en quoi consistait le « Mal » particulier de Sedom …

La suite (et la fin) de l’histoire de Sedom dans la Torah figure dans la Paracha suivante, Vayéra, lorsque Hachem annonce à Avraham la destruction de Sedom en raison de leurs mauvaises actions répétées (18, 20-21). Deux des visiteurs qui étaient en fait des Mal’akhim – les »Anges » qui étaient venus chez Avraham (18, 1-16) continuent leur chemin vers Sedom pour mettre en œuvre le décret de Hachem. Ils sont accueillis par Lot qui les invite à venir chez lui « discrètement » pour ne pas attirer l’attention de ses concitoyens (19, 1-3). 

Les habitants de Sedom prennent effectivement conscience de la présence des invités de Lot et viennent encercler sa maison en exigeant qu’il leur livre ses hôtes afin de les molester conformément à l’usage local (4-11 ; Rachi 19, 5). Les Mal’akhim emmènent alors Lot à l’extérieur de la ville pour le sauver de la destruction de Sedom décrétée par Hachem. 

Cette punition spectaculaire est décrite dans la Torah (19, 24-28) comme une « pluie » de souffre et de feu. Toutefois, au-delà de ces quelques versets hermétiques, La Torah ne nous explique pas clairement la gravité de leurs fautes. 

Le Midrach (Beréchit Rabah 49, 13) et la Guemara (Sanhédrin 109a-b) donnent plus d’explications sur les mœurs des Sedomites. Leur « code » était un ensemble de lois destinées à écarter toute ouverture vers les « nécessiteux ». Lot, un homme riche, qui était arrivé à Sedom avec d’abondants troupeaux avait été le bienvenu, tant du fait de l’apport de sa richesse à l’économie locale que parce qu’il ne risquait pas de solliciter un soutien quelconque ! 

Par contre une guerre sans merci était livrée contre les « parasites » potentiels de toutes sortes. Il était interdit de nourrir un pauvre, et un « immigrant » sans le sou était impitoyablement maltraité afin de dissuader toute nouvelle tentative comparable. 

Toutefois l’ampleur et l’atrocité des comportements décrits mettent l’exemple de Sedom au-delà de toute comparaison. La condamnation qui en résulta ne semble pas devoir être un avertissement aux « émules » tellement l’imitation semble invraisemblable.

Pourtant le Navi (Prophète) Ye’hezkel (16, 48-49) adresse ses reproches à Israël en comparant ses fautes à celles de Sedom ?! 

De plus, la Michna (Avot 5, 10 ou 13 suivant les éditions) définit ainsi les comportements humains : « Celui qui dit « Ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est à toi, c’est une démarche moyenne, et certains (de nos Maitres) disent  » il s’agit là de la démarche de Sedom » ; « Ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi, c’est un « peuple de la terre » (un ignorant de la Torah) ; Ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi  est à toi c’est un « ‘Hassid » (quelqu’un qui dépasse ses obligations par amour pour Hachem) ; celui qui dit « Ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est à moi c’est un Racha (mécréant) ! ». 

Nous voyons ici que, selon une opinion, ce qui peut être considéré comme un comportement normal est jugé comme comparable au comportement de Sedom ?!

Ce jugement brutal est surprenant ! 

Rabénou Yona (Commentaire sur cette Michna) souligne que le Navi (Ye’hezkel cité ci-dessus) et la Guemara Ketouvot (68a) définissent le défaut d’accomplissement de la Tsedaka comme un comportement de Racha. Il explique que la discussion dans la Michna ne concerne que la « tendance », même chez quelqu’un qui par crainte de Hachem donne la Tsedaka, mais à contre-cœur. L’un dit que puisqu’il soutient le pauvre, que nous importe sa nature du moment qu’il la surmonte. Et l’autre opinion définit la tendance à la réticence même si elle est dominée dans l’action, comme apparentée à Sedom …

Le commentaire Midrach Chemouel explique, quant à lui, que cette Michna ne parle pas de la Tsedaka qui est traitée dans une Michna ultérieure. Il s’agit ici de relation entre « égaux », chacun « possédant », ce qui prouve qu’il ne s’agit pas d’un pauvre pour lequel   n’y aurait pas lieu de dire « ce qui est à toi est à toi »… La faute consiste ici dans l’attitude qui risque de « déborder » de l’attitude face à une personne nantie au même comportement à l’égard d’un pauvre, ce qui était le comportement de Sedom. Selon ce commentaire, il s’agit là d’un défaut grave dans la tendance de la personne, avant-même d’arriver à une faute caractérisée. 

Rav Yossef Yaabets souligne que la générosité se manifeste dans la joie de donner, le contraire de l’attitude exprimée ici dans la Michna. 

A divers endroits la Guemara exprime la phrase suivante : « Dans un tel cas on contraint sur le comportement de Sedom ». C’est-à-dire dans chaque cas où quelqu’un manifeste une réticence face à autrui, et veut le priver d’un avantage, ou lui imposer une charge, alors que lui-même n’en tire pas profit, ou ne perdrait rien à satisfaire la nécessité de son vis-à-vis, les ‘Hakhamim définissent une telle attitude comme « comportement de Sedom », et contraignent l’homme à surmonter sa réticence. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Beréchit 18, 17-19) souligne que Hachem valorise Avraham par le fait qu’il privilégie la « Tsedaka » au Michpat (la Justice). Rav Hirsch remarque qu’une société qui érige, comme Sedom, un système de lois où la valeur de chaque homme est mesurée en fonction de l’utilité et des satisfactions qu’il peut apporter aux autres, a perdu toute qualité humaine. C’est là le « testament » d’Avraham à ses descendants (Beréchit 18, 19) d’accomplir « la Tsedaka et la Justice ». 

Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah Beréchit p.128) explique que le protectionnisme moderne qui s’exprime par la fermeture des frontières et la nécessité des visas est l’héritage des mœurs de Sedom, comme elles sont décrites par les ‘Hakhamim dans la Guemara et le Midrach. Il attribue même la grande crise économique d’il y a un siècle à ce style de démarche. (Il va sans dire qu’il ne s’agit pas de comparer aux problèmes de sécurité que les « invasions de l’Islam » amènent aux divers pays … ; il ne s’agit que du protectionnisme économique visant à protéger l’emploi national …)

Rabbi Yerou’ham développe encore (Daat Torah, Vayikra 180) l’opposition entre la Mitsva de : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et la culture de Sedom. Il cite la Guemara (Bava Kama 20a-b) qui dispense celui qui a profité du bien d’autrui sans lui causer la moindre perte de payer pour son profit. Tossefot explique là-bas que cette décision est basée sur le principe cité plus haut : « Dans un tel cas on contraint sur le comportement de Sedom », c’est-à-dire qu’on ne laisse pas le propriétaire du bien gagner sur une utilisation qui ne lui a rien coûté. 

Rabbi Yerou’ham explique ainsi le Midrach : « Il n’y a entre le Guehinom et le Gan Eden que l’épaisseur d’un cheveu ! (Yalkout Chimoni Kohelet, paragraphe 976) ». Il explique que même le « Gan Eden » d’Avraham jouxte le Guehinom à l’épaisseur d’un cheveu. Ce qui nous semble être l’extrême du ‘Hessed (le Don gratuit) digne seulement du niveau d’Avraham, est en réalité la norme, en dessous de laquelle on bascule déjà dans « le comportement de Sedom » …

Nous voyons ainsi que le culte du plaisir et le rejet de l’autre sont étroitement liés. 

La Torah d’Avraham à laquelle Lot a tourné le dos est basée sur le contrôle des appétits et l’ouverture à satisfaire les besoins d’autrui sans l’ombre d’une réticence.

Les Parachiot du Sefer Beréchit nous dévoilent la profondeur du Monde des Avot (Patriarches), les « Yecharim » (les hommes droits) avant-même le Don de la Torah. Ce « Derekh Erets » (littéralement : chemin de la Terre) qui a devancé le Don de la Torah, et que la vie des Avot nous enseigne, est l’expression dans le vécu quotidien d’une existence fondée sur la conscience de nos devoirs envers Hachem.