Noé — L’autorisation de manger de la viande
La Torah raconte qu’après le Déluge, le Saint béni soit-Il permit à Noé et à ses fils de manger de la viande, ce qui était auparavant interdit à l’homme :
Dieu bénit Noé et ses fils et leur dit : « Soyez féconds, multipliez et remplissez la terre. Vous inspirerez crainte et terreur à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui se meut sur le sol et à tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains. Tout être vivant qui se meut vous servira de nourriture ; comme je vous avais donné les végétaux, je vous donne désormais tout. » (Genèse 9, 1–3)
Toutefois, la Torah assortit cette permission d’une limite. Le verset suivant précise :
« Cependant, vous ne mangerez pas de chair avec sa vie, c’est-à-dire son sang. »
Autrement dit, il est interdit de manger de la chair prélevée sur un animal encore vivant.
Qu’est-ce qui a changé après le Déluge ? Pourquoi ce qui était jusque-là interdit fut-il permis, et pourquoi cette permission demeure-t-elle limitée ?
L’appétit est l’un des penchants les plus puissants de l’être humain. Manger répond à un besoin physique, mais procure aussi du plaisir ; lorsque ce plaisir devient le centre de l’existence, l’homme risque de s’asservir aux jouissances de ce monde. Une haute exigence de sainteté avait été fixée au premier homme et à ses descendants : se contenter de végétaux et de fruits, et s’abstenir de manger de la viande, source de joie et de grand plaisir. Mais l’humanité ne parvint pas à satisfaire cette exigence. Au lieu de s’élever grâce à elle, elle déclina, jusqu’à faire du plaisir une fin en soi.
C’est pourquoi la Torah permit à l’homme de manger de la viande. Cette permission ne vise pas à faire du plaisir le but de la vie, mais à permettre à l’homme de lui accorder une juste place, sans nier les besoins de son corps ni renoncer à son aspiration à la sainteté.
La Torah n’a cependant pas entièrement lâché la bride. Elle a ôté celle qui pesait trop lourdement sur l’homme, tout en conservant celle qui le guide : la viande ne peut être consommée qu’après la mort de l’animal. Plus tard, avec l’apparition du peuple d’Israël, la Torah fixera de nouveaux degrés de sainteté : elle limitera les espèces permises à la consommation et prescrira l’abattage rituel ainsi que d’autres règles relatives à la viande.
Shaoul David Botschko
