בס »ד
La sonnerie du Chofar est la Mitsva essentielle mentionnée par la Torah à Roch Hachana (Bamidbar, 29, 1).
Cette année où le premier jour de Roch Hachana est Chabat (nos ‘Hakhamim ont interdit de sonner du Chofar le Chabat), nous ne pourrons entendre la sonnerie du Chofar que le second jour.
Dans la Torah, il n’est mentionné qu’un seul jour de Roch Hachana. Roch Hachana est Roch ‘Hodech, le premier jour du mois de Tichri.
Tant que le Sanhédrin (l’Assemblée Suprême de ‘Hakhamim) qui présidait à toutes les décisions de Loi de la Torah était présent parmi nous, Roch ‘Hodech n’était pas fixé selon un « calendrier » prédéfini (connu de tous temps par les ‘Hakhamim, mais pas utilisé pour fixer Roch ‘Hodech, conformément à la Mitsva de la Torah (Chemot 12, 2), mais sur le témoignage reçu par le Sanhédrin de deux témoins qui avaient vu la nouvelle Lune. Ce témoignage pouvant parfois tarder au-delà de la journée possible du « trentième » jour du mois écoulé, Roch ‘Hodech se trouvait alors repoussé, même à Yerouchalaïm, siège du Sanhédrin, jusqu’au jour suivant, le mois écoulé étant alors de 30 jours, et Roch ‘Hodech est alors le « trente-et-unième » jour depuis le Roch ‘Hodech précédent.
De ce fait, même à Yerouchalaïm, à l’époque où le Beth HaMikdach (Temple) était présent, il pouvait y avoir « deux jours de Roch Hachana ».
Aussi, après la disparition du Beth HaMikdach et du Sanhédrin, et l’utilisation inévitable du calendrier, les ‘Hakhamim instituèrent systématiquement un second jour de Roch Hachana.
Par ailleurs les ‘Hakhamim ont interdit de sonner du Chofar le jour du Chabat. Ainsi, cette année où Roch Hachana est Chabat, nous ne sonnerons pas du Chofar le « principal » jour de Roch Hachana selon la Torah, mais seulement le « second » jour, qui fut institué par Mitsva des ‘Hakhamim.
Cette autorité que la Torah a octroyée aux ‘Hakhamim de pouvoir « bloquer » certaines fois une Mitsva, comme ici le Chofar, et deux semaines plus tard le Loulav, et d’instituer des Mitsvot selon la nécessité des générations, est la manifestation la plus marquante de la « vitalité » de la Torah, imperméable aux tentatives « d’ajustement » selon les caprices des époques, mais accompagnée au fil des temps par la grandeur des Sages de la Torah, inspirés par Hachem !
L’essentiel de la sonnerie du Chofar est de « proclamer » la Royauté de Hachem.
En quoi consiste cette « proclamation » ?
Hachem aurait-t-Il besoin de notre reconnaissance pour « être » de fait Mélekh (Roi) sur Sa Création ?!
La réponse est que ce n’est pas le « besoin » de Hachem, mais celui du Monde qui n’atteindra son plein accomplissement que lorsque la Royauté de Hachem sera universellement reconnue, toute forme d’Avoda Zara (« idolâtrie ») aura alors disparu de l’Humanité entière !
Dans nos prières de Tichri, à Roch Hachana et à Yom Kippour, nous insistons particulièrement sur ce but. Tel est le sens des « ajouts » dans la Tefila, les Berakhot supplémentaires de Moussaf (la Tefila ajoutée Chabat et Jours de « Fête »), et dans la troisième Berakha de la Amida (la Tefila « debout »), Ata Kadoch, où nous prions pour l’avènement de cet accomplissement béni de l’Histoire. Nous ajoutons : « … Et ainsi, que soit « sanctifié » Ton Nom …Et ainsi, impose Ta Crainte, Hachem notre Dieu sur tous ceux que Tu as faits … et que tous deviennent un seul « bouquet » pour accomplir Ta Volonté d’un cœur entier … et Tu règneras, Toi, Hachem notre Dieu, bientôt, Toi Seul, sur tous ceux que Tu as faits … »
En quoi consiste cette « Royauté » que nous appelons de tous nos désirs ?!
Rav Matityahou Salomon (« Directeur spirituel » de la Yechiva de Gateshead, puis de Lakewood) analyse notre relation à Hachem (Matnat ‘Haïm Yamim Noraïm, p.201, Whith Hearts full of Faith, p.167). Il cite le verset : « Ramène-nous Hachem vers Toi et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme initialement ! » (Eykha, 5, 21). Ce verset est la conclusion de la « Lamentation » du Navi (Prophète) Yirmeya suite à la destruction du Beth HaMikdach et à la Galout (Exil).
Après les développements sur le désastre de l’effondrement spirituel d’Israël, le Navi termine sur une note « optimiste » qui envisage la possibilité de « retour » vers Hachem.
Le Midrach (Eykha, 5, 21) rapproche ce verset du verset dans Mal’akhi (3, 4) : « et l’offrande de Yehouda et Yerouchalaïm sera « agréable » à Hachem comme les jours d’antan, et comme les années initiales ».
Le Midrach explique que les années évoquées se réfèrent à l’époque de Hével (fils d’Adam Harichon) qui apporta une offrande à Hachem alors qu’il n’y avait encore aucune trace d’idolâtrie dans le Monde.
Rav Matityahou cite Rabbi Yerou’ham Levovitz qui explique que dès l’époque d’Enoch (petit-fils d’Adam Harichon) commença à apparaître l’ébauche de l’idolâtrie, et l’atmosphère du Monde fut « polluée », de telle sorte que même une offrande apportée totalement « pour Hachem » n’était pas épargnée de l’empreinte de cette atmosphère négative.
Le but de la Création est que toutes les créatures reconnaissent l’existence du « Patron du Monde ». C’est ce à quoi nous aspirons, et particulièrement à Roch Hachana dans nos prières.
Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Bemaaguelé Chana, I, p.85) souligne que le Chofar qui doit nous éveiller à la conscience de la « Royauté de Hachem » n’a pas un fonctionnement « mécanique » comme se plaisent à le considérer les « Juifs de Roch Hachana et Yom Kippour ». L’essentiel réside dans la prise de conscience définie par le verset (Vayikra 23, 24) « … un « souvenir » de sonnerie (« saccadée ») … », qui précède dans la Torah le verset (Bamidbar, 29, 1) « Un jour de sonnerie (« saccadée ») sera pour vous ». Ce jour est avant tout un jour de « souvenir », de « prise de conscience », et la sonnerie du Chofar n’a pour rôle que de « réveiller » ce souvenir.
Le Chofar, « objet naturel » par opposition à la Trompette mentionnée dans la Torah (Bamidbar 10, 1-11) qui est de « confection humaine », représente l’appel de Hachem à l’Homme, tandis que la Trompette exprime l’appel de l’Homme vers Hachem (Rav Hirsch, p.72).
L’explication de Rav Hirsch sur le lien entre la « prise de conscience » et la « sonnerie » prend tout son sens lorsque nous « renonçons » au « profit » de la sonnerie elle-même pour nous conformer aux instructions de nos ‘Hakhamim. Le manque causé par l’absence de sonnerie n’est pas indifférent, comme le développe Rav Yaacov Ettlinguer (Aroukh Lener, Roch Hachana 16b). Même si nous ne sommes pas « responsables » de ce manque, comment éviter les conséquences néfastes évoquées par la Guemara (Roch Hachana 16b). Rav Ettlinguer répond que nous devons d’autant plus renforcer notre « soumission » à Hachem et l’investir particulièrement dans nos prières de ce Roch Hachana.
Rav Matityahou Salomon introduit son intervention (citée plus haut) en se référant à « l’actualité » du moment. A Roch Hachana qui suivit de quelques jours l’attentat des « Tours jumelles », il prit la parole et commença en citant les paroles du Rav de Brisk après la disparition du ‘Hazon Ich (Grand personnage de l’époque d’avant et après la Choa), qui avait marqué toute la génération de son empreinte. Le Rav de Brisk dit que « le Monde a changé totalement ! Car hier c’était un Monde « avec le ‘Hazon Ich », et aujourd’hui c’est un Monde « sans le ‘Hazon Ich » ! Son intention était clairement de souligner que la présence du Tsadik dans le Monde met son empreinte jusqu’au bout du Monde par sa Kedoucha (« Sainteté »), et son influence.
Rav Matityahou appliqua cette notion, mais dans le sens « inverse », aux « Tours jumelles ». Leur effondrement a totalement changé le Monde.
Rav Matityahou explique : Comme mentionné plus haut au nom de Rabbi Yerou’ham, la présence de « l’idolâtrie » sous quelque forme que ce soit dans le Monde affecte la conscience de la Présence du Créateur.
Les Tours jumelles représentaient particulièrement le « règne de l’Homme » sur le Monde : « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main »). La « maitrise » sur le monde où nous vivons alimentait chez l’Homme un sentiment de « toute puissance ». En même temps que des conséquences innombrables sur la vie de tous, c’est cela qui s’est effondré en ce jour tragique.
Rav Matityahou conclut en disant que, tout en déplorant évidemment les pertes tragiques de cet évènement, il avait une portée « positive » sur l’atmosphère générale du Monde, en affaiblissant « l’idolâtrie » de « Co’hi veotsem yadi » !
Rav Aharon Yehouda Leib Steinman fit un constat comparable relativement à la prise de conscience de la « Toute Puissance » de Hachem et de Son jugement, dans le Tsunami qui avait englouti 300 000 personnes en peu de temps (hiver 5764-décembre 2004) (Yemalé Pi Tehilatèkha Yamim Noraïm, p. 68-72), et comment la présence ou l’absence de chacun à un endroit « fatidique » dépendait avec précision du « planning » de Hachem.
Depuis des années, nous vivons une succession de périodes « éprouvantes », depuis le Corona, puis le « 7 Octobre » (pour l’appeler du nom « profane » plutôt que de l’associer au jour de Sim’hat Torah, même si la « coïncidence » n’était évidemment pas fortuite …), puis les phases successives de guerre qui secouent notre existence…, sans oublier les remous politiques et sociaux qui agitent la vie dans notre Pays, et les manifestations croissantes d’antisémitisme dans le monde, associées justement aux agissement de « l’entité nationale » créée « pour protéger les Juifs dans le monde de l’antisémitisme » …
Il est incontestable que ces secousses ne sont pas « accidentelles » !
Nous pouvons, malheureusement « banaliser » et nous contenter de « survivre » à tout cela.
Mais nous pouvons, et devons, « exploiter » ces « capitaux » de réveil que Hachem nous envoie en « ébranlant le « Co’hi veotsem yadi » (« Ma force et la puissance de ma main »), pour aborder un Roch Hachana « spécial », où l’absence du Chofar nous appelle à renforcer en nous la réflexion et le retour à une conscience plus aigue de la Présence de Hachem, à une vraie reconnaissance de la Royauté de Hachem, but de la Création. C’est ce qui nous incombe « simplement » par la Mitsva, et c’est notre « part » dans l’avènement de la Gueoula (Délivrance) Ultime.


