Parasha – 277 – Nitsavim – Vayélèkh – 5786

בס »ד

La Paracha précédente, Ki Tavo, a exprimé des versets forts de Tokha’ha – Remontrance (Devarim 28, 15-69), qui mettent en garde le Peuple Juif relativement aux conséquences graves qui s’abattront  sur lui s’il se détourne de son lien avec Hachem.

La Paracha Nitsavim précise (29, 9-28) l’étendue de notre responsabilité.

Le premier verset de la Paracha Nitsavim dit : « Vous vous tenez tous aujourd’hui devant Hachem votre Dieu, vos Chefs (de) vos tribus, vos anciens et vos juges, tout homme d’Israël. » (Devarim 29, 9). 

Le verset suivant enchaine « Vos enfants, vos femmes, et le Guer (converti) qui est au sein de tes camps, du coupeur de tes bois jusqu’au puiseur de tes eaux ». 

Selon le Or Ha’Haïm, le terme « Nitsavim » (« Vous vous tenez »), employé dans le premier verset désigne les catégories dans le Peuple qui ont « responsabilité » sur d’autres, tandis que le second verset énumère ceux sur lesquels s’exerce cette « responsabilité ». 

L’alliance mentionnée dans le troisième verset : « Pour que tu « passes » dans l’alliance de Hachem ton Dieu etc. … » est donc l’Alliance de « co-responsabilité » qui engage chaque Juif sur les actes des autres. 

C’est ce qui distingue les engagements et les conséquences de cette « Alliance » de ce qui est exprimé longuement dans la Paracha précédente (Devarim 28, 15-69). Là-bas il n’est question que des conséquences défavorables des fautes de chacun, ici il s’agit des effets des fautes de chacun sur les autres

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (29, 9-10) explique que la Paracha vient écarter ici diverses erreurs possibles sur la compréhension des Berakhot et Kelalot (« malédictions ») formulées dans la Paracha précédente relativement au respect ou à la négligence des Mitsvot de la Torah. Les premiers versets (9-14) écartent l’erreur de croire que l’alliance qui nous lie au respect de la Torah serait limitée à des situations particulières ou à certaines époques, à l’exclusion d’autres. Moché Rabénou précise qu’il n’en est rien, mais tout Israël et toutes les générations sont concernés. 

Les versets suivants (15-20) soulignent la responsabilité de l’individu afin qu’on ne puisse pas croire que la Torah n’est que l' »affaire » de la Nation collectivement, et que du moment que la Torah a sa place dans la vie « publique », l’individu pourrait s’en affranchir. 

La Paracha nous précise que les Kelalot du chapitre précédent concernent également l’individu même s’il a respecté personnellement les Mitsvot, mais n’a pas œuvré selon ses moyens pour que la Torah soit respectée également au niveau « public ». Assister passivement à l’abandon de la Torah par les autres est également une rupture de l’alliance. Inversement il ne suffit pas d’agir pour le respect de la Torah au niveau collectif, sans agir précisément soi-même conformément aux règles. 

Le Netsiv (Haamek Davar 29, 9) explique que chacun est jugé selon sa situation particulière, mais de plus selon l’impact de ses actes sur l’ensemble du Monde, comme le dit la Guemara : « L’homme doit se considérer lui-même comme moitié en faute et moitié « méritant » (Kidouchin 40ab); s’il a accompli une Mitsva, heureux est-il car il a fait pencher sa situation vers le « plateau » (de la balance) du mérite. S’il a transgressé une faute, malheur à lui car il a fait pencher vers le « plateau » des torts …puisque le Monde est jugé selon sa majeure partie, et l’individu est jugé selon sa majeure partie, s’il a accompli une Mitsva, heureux est-il, car il a fait pencher lui-même et le Monde entier vers le « plateau » du mérite ; s’il a transgressé une faute, malheur à lui car il a fait pencher lui-même et le Monde entier vers le « plateau » des torts … ». C’est ainsi une facette supplémentaire de « responsabilité » collective !

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché p.863) soulève la question que la Torah commence au pluriel, puis continue au singulier, pour conclure à nouveau au pluriel ?! Il cite également la Guemara (Kidouchin, 40b) et explique que chacun doit se considérer comme « seul au monde », et porteur d’une responsabilité particulière d’accomplir la Avoda (Service) de Hachem. Personne ne pourra le remplacer ! C’est ce qu’exprime la Guemara : « Chacun parmi Israël doit se dire « pour moi le Monde a été créé ! » (Sanhédrin 37a). Rachi explique « je suis important comme un Monde entier. Je ne me disqualifierai pas du Monde par une faute ! ». (Nous sommes loin de celui qui croit « pour moi le Monde a été créé ! » et doit être « à mon service » …)

Rav Epstein ajoute qu’au-delà de son action personnelle chacun doit s’inclure dans la collectivité dans sa Avoda, et se reconnaitre comme un simple « élément » de l’ensemble. C’est pourquoi le verset revient au pluriel après avoir mentionné le singulier. C’est le sens de la Michna : « Si je n’agis pas pour moi, qui agira pour moi ?! Et lorsque je suis « pour moi » (« centré sur ma personne »), que suis-je ?! (Quelle est « ma valeur ?! ») (Avot 1, 14). 

Rav Epstein explique encore (p.868) sur la base de la Guemara (Sanhédrin 27b) que tous les Juifs sont « garants » l’un pour l’autre. Leur responsabilité est exprimée dans le verset : « Ils trébucheront chaque homme par son frère » (Vayikra 26, 37). Il cite les paroles de Rav ‘Haïm Vital : « Sache que tous (les hommes d’) Israël sont profondément un « corps » de la Nechama d’Adam Harichone … et chacun est un « organe particulier », et c’est cela la « garantie » que chaque homme est garant pour son prochain s’il faute … car c’est ainsi qu’une faute est considérée comme s’ils avaient fauté ensemble du fait du lien des Nechamot ». 

Rav Epstein cite encore le Midrach (Vayikra Rabah 4, 6) qui commente le verset : « Israël est un « agneau dispersé » (Yirmeya 50, 17). Le Midrach explique : « Pourquoi (les Bené) Israël sont-ils comparés à l’agneau ? Tout comme l’agneau, lorsqu’il est frappé sur sa tête ou sur un de ses membres, tous ses membres le ressentent, ainsi Israël, un parmi eux faute, et tous le ressentent

Le ‘Hafets ‘Haïm (rapporté dans le « ‘Hafets ‘Haïm Ha’Hadach, p.430) soulève la question du passage du singulier au pluriel dans les versets de notre Paracha ? Il explique que le risque immédiat de fauter se limite essentiellement à l’individu. Toutefois la Torah conclut en citant les plaies qui auront frappé le Pays (d’Israël) car l’influence de l’individu sur la collectivité est redoutable !

A ce titre, la ‘Hafets ‘Haïm était particulièrement attentif à s’assurer qu’aucun jeune homme n’intègre la Yechiva s’il était porteur de littérature des « Maskilim » (les « Juifs » adeptes de la culture occidentale) qui pouvait « contaminer » les autres. Un tel candidat ayant insisté pour rester, en étant hébergé à l’extérieur, le ‘Hafets ‘Haïm veilla particulièrement que personne, ni Juif ni non-juif, ne l’accueille chez lui. 

Un autre fait relatif au ‘Hafets ‘Haïm, rapporté par Rav ‘Haïm Zaytchik (Mayené Ha’Haïm), (Hafets ‘Haïm Ha’Hadach p.428) : Lorsque le ‘Hafets ‘Haïm dut se déplacer lors de la première guerre mondiale il vit pour la première fois de sa vie un Juif profanant le Chabat, à la sortie du Beth Haknesset le soir de Chabat. Il en fut secoué, et pleura un long moment sans trouver l’apaisement. Le Chabat suivant, le fait se reproduisit, et il pleura encore plus longtemps sans trouver la paix intérieure. A l’étonnement de ses proches, il répondit : « Le Chabat précédent j’ai pleuré sur Chabat qui avait été profané, et j’ai prolongé mes pleurs jusqu’à ce que je trouve l’apaisement. Mais ce Chabat, j’ai ressenti que je m’apaisais plus rapidement que la première fois. Aussi j’ai commencé à pleurer sur moi-même : « Israël Méïr ! tu t’es habitué … ».

C’est également le message des versets : « Vous avez vu leurs « répugnances » et leurs déjections, en bois et en pierre, en argent et en or qui sont chez eux, de peur qu’il n’y ait parmi vous un homme ou une femme, ou une famille … dont le cœur se détourne ce jour de Hachem notre Dieu, pour aller servir les divinités de ces peuples … » (29, 16-17). Comment comprendre qu’après avoir perçu l’idolâtrie comme repoussante, qui que ce soit puisse en venir à vouloir s’y adonner ?! La réponse, formulée abondamment par les Grands des générations, est la « banalisation » ! C’est ce qui a fait perdre le sens du Chabat, d’un comportement décent et réservé, et de toutes les valeurs fondamentales de notre Peuple. 

L’alliance conclue par nos ancêtres décrite dans la Paracha est encore vivante pour nous, même si nos conditions de vie sont particulièrement défavorables de ce point de vue !

Cette Paracha que nous lisons au seuil de Roch Hachana, nous renforce dans notre lutte pour préserver notre identité.