Parasha – 276 – Ki Tavo – 5786

בס »ד

 La Paracha Ki Tavo commence par la Mitsva des Bicourim (les Prémices) (Devarim 26, 1-1 ). 

Chaque Juif qui possède un terrain si petit soit-il en Erets Israël doit apporter à Yerouchalaïm les premiers fruits de sa terre des sept espèces qui caractérisent Erets Israël « un pays de blé et d’orge, de vigne, de figuier et de grenadier ; un pays d’olivier à huile et de miel (de datte) » (Devarim 8, 8). Il s’approche du Cohen qui est « de service » au Beth HaMikdach (Temple), et lui dit : « Je déclare ce jour à Hachem ton Dieu que je suis venu au Pays que Hachem a juré à nos Patriarches de nous donner ! ». 

Puis, après que le Cohen ait déposé le panier devant l’Autel, celui qui a apporté les Bicourim reprend la parole et dit : « … L’Araméen (Lavan) a anéanti (voulu anéantir) mon père (Yaacov), et il (Yaacov) est descendu en Egypte, et y a séjourné peu nombreux ; et il est devenu là-bas un peuple grand, puissant et nombreux. Les égyptiens nous ont maltraités, nous ont opprimés et nous ont imposé une dure servitude. Nous avons imploré Hachem le Dieu de nos Pères, et Hachem a écouté notre voix et Il a vu notre misère, notre labeur et notre oppression. Et Hachem nous a sortis d’Egypte, d’une main forte et d’un bras étendu, et avec une manifestation redoutable, et avec des signes et avec des prodiges. Et Il nous a amenés vers cet endroit, et Il nous a donné ce Pays, une terre où coule le lait et le miel. Et maintenant voici j’ai apporté les prémices du fruit de la terre que Tu m’as donnée, Hachem. Et tu le poseras devant Hachem ton Dieu, et tu te prosterneras devant Hachem ton Dieu. Et tu te réjouiras de tout le bien que t’a donné Hachem ton Dieu ainsi qu’à ta maison, toi et le Lévi, et le Guer (Converti) qui est en ton sein » (26, 5-11).

Rachi explique le verset (26, 3) « Tu lui diras … : Que tu n’es pas ingrat ! ».

Toute la Mitsva des Bicourim est axée sur la reconnaissance que nous manifestons à Hachem pour les fruits de notre Terre, Erets Israël qu’Il nous a donnée. 

Et chaque année, lorsque les Juifs apportent les Bicourim au Beth HaMikdach, ils récitent ce passage qui a été choisi également par les ‘Hakhamim pour articuler le texte de la Hagadah que nous lisons le soir de Pessa’h au Séder. 

Le fait que ce même texte serve de base aux deux Mitsvotla Haggadah de Pessa’h et les Bicourim, montre le lien qui existe entre ces deux Mitsvot.

Le contenu de ces versets convient bien au soir du Seder où nous devons prendre conscience du bienfait que Hachem nous a prodigué en nous sortant d’Egypte, alors que nous manquions de « mérites » pour justifier cette Délivrance. 

Mais en quoi cette déclaration est-elle appropriée à la Mitsva « ponctuelle » des Bicourim ?! 

Pourquoi cette Mitsva parmi toutes celles de la Torah nécessite-t-elle une telle déclaration ?! 

La Michna (Bicourim, 3, 2) décrit la démarche collective : « Comment apporte-t-on les Bicourim à Yerouchalaïm ? 

Toutes les bourgades d’un « Maamad » (« groupe ») (Le Peuple est divisé en 24 « groupes qui correspondent aux 24 familles de Cohanim. Les membres de ces groupes se réunissent pour « prendre part » depuis leur ville à la semaine de service de la famille de Cohanim à laquelle ils sont associés) se réunissent vers la ville de « Maamad » … 

Au matin, le responsable dit : « Levez-vous et montons à Tsion à la Maison de Hachem notre Dieu ! » … Un taureau marche devant eux, ses cornes recouvertes d’or, et une couronne d’olivier est posée sur sa tête … Lorsqu’ils approchent de Yerouchalaïm, ils envoient (un messager) en avant pour prévenir de leur arrivée, et ils décorent leurs Bicourim (dans des paniers). 

Les responsables des Cohanim, les responsables des Leviim, et les trésoriers du Temple sortent à leur rencontre … Tous les artisans de Yerouchalaïm se lèvent devant eux etc. … ». 

Cette description partielle suffit à attirer notre attention sur la valorisation accordée à cette Mitsva qui nous parait très « secondaire » en comparaison de Mitsvot plus « exigeantes » dans notre existence. 

Rav Sim’ha Zissel Broydé (Sam Derekh, p.291) souligne ce « cérémonial » qui accompagne l’offrande des Bicourim, et remarque le caractère général de la déclaration qui accompagne les Bicourim. 

Il ne suffit pas de reconnaitre le bienfait de la récolte, mais il faut rappeler tous les bienfaits que Hachem nous a octroyés au fil des générations, depuis la fondation du Peuple d’Israël avec Yaacov Avinou. 

Rav Broydé explique que c’est uniquement lorsque l’homme a un regard aussi « large » et une perception profonde sur les « chemins » de Hachem qu’il peut se réjouir et accomplir la Mitsva de : « Et tu te réjouiras de tout le bien que t’a donné Hachem ton Dieu ainsi qu’à ta maison ! ». Il ne s’agit pas ici de se réjouir de la quantité « infime » de fruits qu’a produit son champ, représentée par le peu de fruits qu’il apporte au Cohen. Là, l’homme se réjouit de tout le bien que Hachem lui octroie depuis toujours, et il reconnait l’intervention permanente de Hachem depuis le moment où : « … L’Araméen (Lavan) a anéanti (voulu anéantir) mon père (Yaacov) … » jusqu’au jour où il monte à Yerouchalaïm pour apporter les Bicourim. Il s’agit ici de reconnaitre la Présence permanente de Hachem tout au long de l’Histoire !

Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah, p.35) souligne la base commune à la Mitsva d’apporter les Bicourim et à cellede « raconter » la Sortie d’Egypte : faire le récit des Bienfaits de Hachem. 

Il ne suffit pas de reconnaitre le ‘Hessed (bienfait) immédiat ! Nous devons exprimer notre reconnaissance pour tous les ‘Hassadim dont nous avons été gratifiés depuis le début de l’Histoire du Peuple de Hachem qui ont abouti au ‘Hessed actuel.

Rabbi Yerou’ham souligne que toute cette déclaration est nécessaire pour exprimer, comme le dit Rachi : « Tu lui diras … : que tu n’es pas ingrat ! » (Daat ‘Hokhma OuMoussar, I, p.125). Un regard plus « limité » dans le temps constituerait une « ingratitude » !

Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm, Moadim II, pp. 290, 309) souligne que l’essentiel de la « déclaration » est de « vivre » les choses à nouveau. Il ne s’agit pas d’une simple « récitation ». Le but est de déraciner du cœur la moindre trace de « Co’hi veotsèm yadi », (Ma force et la puissance de ma main). Après tous ses efforts pour produire la récolte de son champ, l’homme est naturellement enclin à voir là le résultat de son labeur personnel : « J’ai fait, j’ai travaillé, je vois les fruits … ». Pour réparer cette tendance, il faut toute la Mitsva des Bicourim avec sa déclaration pour amener la soumission totale à Hachem. 

Il ressort de là que ce n’est pas seulement dans les « grands moments » comme le soir de Pessa’h, où nous sommes appelés à nous voir comme si nous étions nous-mêmes sortis d’Egypte, comme nous le disons dans la Hagada. Mais au moment de notre « petite » réussite personnelle, dans la récolte du fruit de notre labeur d’une année, nous devonsrattacher ce gain à la Présence de Hachem, non seulement dans notre existence individuelle, mais encore tout au long de l’Histoire collective du Peuple d’Israël, qui est l’Histoire globale de la Création. 

Il n’y a pas de « petits » moments dans la vie d’un Juif !