Parasha – 275 – Ki Tétsé – 5786

בס »ד

La Paracha Ki Tétsé commence par une « permission » surprenante : celle de prendre pour épouse une captive de guerre (évidemment après la procédure appropriée définie dans ces versets …et la Guérout – « conversion » en bonne et due forme …) (Devarim 21, 10-14).

Rachi (21, 11) explique que la Torah ne formule cette « tolérance » que pour faire face au Yetser Hara (le penchant du Mal) qui est particulièrement fort dans une situation exceptionnelle accompagnée de « tensions » diverses. 

Toutefois, Rachi souligne qu’ensuite, la Torah met immédiatement en garde (21, 15-21) quant aux conséquences fâcheuses qu’une telle démarche est susceptible d’entrainer. Nous voici donc devant une « contradiction » entre une permission formelle et « l’esprit » de la Torah …

Ce début de la Paracha initie toute « l’atmosphère » que notre Paracha nous communique dans notre « Chemin » de vie !

Le terme de « Chemin » n’est pas utilisé ici accidentellement, car il correspond aux enseignements de nos ‘Hakhamim dans le Midrach et chez les divers Commentateurs.

La Paracha enchaine plus loin une série de Mitsvot apparemment sans lien : Hachavat Avéda (la Mitsva de restituer un objet perdu à son propriétaire) (22, 1-3), aider le propriétaire d’un animal à remettre sa charge sur lui (4), ne pas « échanger » les modes de comportement masculins et féminins (5), ne pas s’emparer d’une mère oiseau qui « repose » sur ses œufs ou ses petits (6-7), construire un parapet sur le toit en terrasse de sa maison (8), ne pas semer des graines dans une vigne (9), ne pas atteler ensemble des espèces d’animaux différentes (10), ne pas se revêtir de Chaatnez (mélange de laine et lin) (11), mettre des Tsitsit (franges) sur son vêtement de quatre coins (12) …

Le Midrach (Devarim Rabah, 6, 3) introduit ces Mitsvot par le verset : « Car un accompagnement de grâce elles sont pour ta tête … » (Michlé 1, 9). 

Nos Maitres enseignent qu’à chaque étape de la vie d’un juif, il est accompagné par les Mitsvot : « Tu construis une nouvelle maison, tu feras un parapet à ton toit… Tu te fais une porte … tu les écriras sur les poteaux de ta maison (la Mitsva de Mezouza). Tu portes des habits neufs … tu ne porteras pas du Chaatnez. Tu coupes tes cheveux … ne faites pas le tour de votre tête (ne pas couper les cheveux des tempes, « arrondissant » ainsi la chevelure). Et si tu as un champ, et que tu en viennes à le labourer, ne laboure pas avec un taureau et un âne ensemble. Si tu l’ensemences, n’ensemence pas ta vigne de mélanges (de graines) … 

Même si tu n’es pas occupé à quoi que ce soit, mais simplement cheminant sur la route, les Mitsvot t’accompagnent. D’où apprend-on cela ? Du fait que la Torah dit : « Lorsque se présentera un nid d’oiseau à toi sur le chemin … ». 

Le Midrach cite encore une explication, selon laquelle l’enchainement de toutes ces Mitsvot vient nous apprendre qu’une Mitsva entraine une autre Mitsva… (22, 6-7) (voir la suite des versets ci-dessus …). 

Rav Its’hak Zeev Yadler (Tiférèt Tsion) explique que ce Midrach nous enseigne que même l’activité matérielle qui entraine à sa suite une Mitsva (la construction de la maison, etc.) a également la valeur de Mitsva, en tant que « préparation » à la Mitsva qui en découle. Ainsi toute l’activité de l’homme prend valeur de Mitsva

De plus, même sans qu’il s’agisse d’exercer une activité particulière, le simple fait de cheminer prend valeur de Mitsva dans la mesure où grâce à ce déplacement l’opportunité de la Mitsva de chasser la mère oiseau avant de prendre les petits peut se présenter… 

Rav Yadler explique que le Midrach apprend cela du mot « dérekh » (chemin) dans le verset (22, 6) : « Lorsque se présentera un nid d’oiseau à toi sur le chemin … ». Le Midrach nous enseigne ainsi que tout le chemin devient accessoire à cette Mitsva qui peut-être se présentera …

Rav Guedalya Schorr (Or Guedalya, p.198) cite également ce Midrach. Il rapporte au nom du Zohar HaKadoch que les 613 Mitsvot sont appelées les « conseils » de la Torah pour rapprocher l’Homme du Créateur. Il explique que pour chaque action matérielle qui est susceptible de faire oublier à l’homme sa mission dans le Monde, et l’amener à s’investir totalement dans le Monde matériel, Hachem a mis en place une Mitsva pour rappeler à l’Homme sa place dans le Monde. Non seulement les Mitsvot « accompagnent », mais elles lient l’homme à Hachem. En effet, le mot « Liviat » (du verset dans Michlé cité par le Midrach) peut se relier à la racine du verbe « Yilavé » (Beréchit 29, 32) exprimé par Léa à la naissance de son troisième fils (Lévi) pour exprimer que désormais son mari (Yaacov) se liera à elle après qu’elle lui ait donné trois fils … 

La Paracha s’achève sur le rappel de l’agression d’Amalek : « Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek dans le cheminlorsque vous êtes sortis d’Egypte ! Qui t’a « rencontré » (« accidentellement ») dans le chemin, et il a éliminé tous ceux qui « trainaient » derrière toi, alors que tu étais las et fatigué, et ne craignant pas Hachem … » (25, 17-19). 

Rav Zalman Sorotskin (Oznaïm LaTorah, Devarim 25, 17 ; HaDéa VehaDibour, II, Chapitre 2) souligne cette insistance du mot « Chemin » qui revient relativement à Amalek, deux fois ici, et encore une troisième fois dans les paroles du Navi (Prophète) Chemouel (Chemouel I, 15, 2) lorsqu’il transmet au Roi Chaoul le commandement de Hachem d’aller combattre et anéantir Amalek. Rav Sorotskin explique que la Torah est appelée « Chemin » (Chemot 18, 20). Amalek s’est attaqué à Israël alors qu’ils étaient « en chemin » vers Matane Torah (Le Don de la Torah). L’objectif d’Amalek était de s’opposer à ce « Chemin » qui était destiné à changer la « face du Monde ». 

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p.714) explique que le « chemin » d’Amalek est « tortueux », par opposition à celui d’Israël qui est appelé « Yechouroun » (issu de la racine Yachar  – « Droits ») (Devarim 33, 26). Les Bené Israël cherchent à accomplir la volonté de Hachem, même dans les Mitsvot apparemment « logiques » selon la compréhension humaine

Rav Epstein cite la Guemara (Sanhédrin 76b) qui critique fortement celui qui restitue un objet perdu à un non-juif, car il manifeste par cela qu’il n’accomplit pas cette action en tant que Mitsva de Hachem, qui ne s’applique qu’à un Juif, mais en tant que « valeur humaine » … 

Rav Epstein développe encore cette notion (Ech Dat 9, p.500) en soulignant que même les Mitsvot « compréhensibles » selon la raison humaine ne doivent pas être respectées au titre de l’intellect, mais comme les ‘Houkim (Décrets) des Mitsvot qui n’engagent que la relation à Hachem. Il rapporte les paroles du Rambam (Hilkhot Melakhim, Chapitre 8) qui dit que même les Mitsvot Noa’hides (les 7 Mitsvot qui s’imposent à l’ensemble de l’humanité) ne donnent à celui qui les respecte le statut de « ‘Hassidé Oumot HaOlam » (Juste parmi les Nations) que s’il le fait au titre de la Mitsva de Hachem dans la Torah, transmise par Moché Rabénou pour les descendants de Noa’h. 

Rav Epstein ajoute que la différence entre les Mitsvot sans implication à une relation humaine et les autres tient essentiellement dans le fait que pour les autres Mitsvot leur simple accomplissement montre la soumission à Hachem, tandis que pour les Mitsvot de relation à autrui, il faut s’appliquer à leur donner cette valorisation.C’est le sens de la réponse de Hillel au non-juif qui voulait se convertir à condition que Hillel lui enseigne la Torah alors qu’il se tiendrait sur un seul pied. Hillel lui répondit : « Ce qui t’est désagréable, à ton prochain ne le fais pas ! C’est là la toute la Torah entière, et le reste en est l’explication ! » Par ces derniers mots  » et le reste est l’explication » la fin du verset (Vayikra 19, 18) « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis Hachem ! ». Hillel stipulait que les mots  » Je suis Hachem ! » sont l’explication des obligations envers autrui ! Ces Mitsvot ne doivent pas être respectées par « valeur humaine » mais par soumission à la Volonté de Hachem. 

La Paracha Ki Tétsé nous a donc expliqué en quoi consiste le Chemin qui nous a été tracé, (voir le Midrach). Nous pouvons également comprendre l’opposition farouche d’Amalek à ce « Chemin » qui vient « en travers » de sa propre démarche de refus de reconnaitre la présence de Hachem dans le fonctionnement de la nature et de l’Histoire. Ce sont ici deux conceptions de « l’équilibre » des relations humaines et de la valorisation individuelle et collective de l’existence qui s’affrontentsans la moindre possibilité de « compromis » … 

Concluons en citant Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou V, p.332) qui explique qu’à notre époque, la Mitsva « d’effacer le souvenir d’Amalek » consiste dans le fait « d’effacer » la « Torah » d’Amalek, c’est-à-dire le « négationnisme ».L’approche de la Torah unifie la spiritualité et la matérialité de l’existence, et c’est le « Emet » (Vérité réelle). Une conception qui dissocie la spiritualité de la matérialité, et introduit ainsi dans le monde la notion de « dualité », accordant une valeur en soi à la matérialité, est « Chéker » (Mensonge) ! La matière a sa place dans le monde de la spiritualité en tant qu’instrument de sa réalisation. La Galout (« Exil ») où nous sommes plongés consiste essentiellement en cette opposition, et le Tsadik qui voit cela clairement échappe ainsi à la Galout, et « dévoile » le Machia’h avant même sa venue. 

Ainsi, au-delà d’un accomplissement « mécanique » et « étriqué » des Mitsvot de la Torah, la Paracha nous guide ainsi dans le chemin de l’épanouissement, vers le lien complet à Hachem.