Parasha – 273 – Reéh – 5786

בס »ד

La Paracha Reéh s’ouvre sur une annonce fondamentale : « Vois Je « donne » devant vous ce jour la Berakha(Bénédiction) et la Kelala (Malédiction) ! La Berakha que vous écoutiez les Mitsvot de Hachem votre Dieu, que Je vous ordonne ce jour. Et la Kelala si vous n’écoutez pas les Mitsvot de Hachem votre Dieu, et que vous vous détourniez du chemin que Je vous ordonne ce jour, pour aller à la suite de dieux étrangers que vous ne connaissez pas » (Devarim 11, 26-28).

Les commentateurs soulèvent plusieurs questions relativement à ces versets. Parmi ces questions :

– Que signifie le terme « Vois » qui est employé ici ?! qu’y a-t-il à « voir » ?

Et pourquoi le verset commence-t-il au singulier : « Vois », et continue immédiatement au pluriel : « devant vous » ?!

– Que signifie « Je donne » ? Qu’est-ce qui justifie dans cette proclamation la notion de « donner » ?! Et quel « don » y a-t-il dans la « Kelala » ?!

– Pourquoi pour la Berakha la Torah dit-elle « que », tandis que pour la Kelala le terme « si » est utilisé ?!

– Pourquoi le terme « ce jour » est-il répété avec insistance par trois fois dans ces versets ?

Et enfin, la question principale :

  • Pourquoi le message de la Torah s’exprime t’il en termes de « Berakha » et « Kelala » plutôt que « récompense » et « punition », ou même « vie » et « mort » ou « Tov » (le bien) ou « Ra » (le Mal) (comme dans Devarim 30, 15). 
  • Que recouvrent ces notions « générales » de « Berakha » et de « Kelala » ?!

Et une question plus fondamentale encore : 

  • Que vient ajouter cette « mise en garde » supplémentaire après (et avant …) tous les « avertissements » que la Torah nous prodigue pour nous inciter au respect des Mitsvot et nous mettre en garde contre les transgressions ?!

Rav Guedalya Schorr (Or Guedalya, p.488) cite Sforno qui souligne que la Torah indique ici une alternative simple : soit l’homme s’inscrit dans la démarche « positive » et accède à la Berakha, soit il tourne le dos à ses obligations et vit alors dans la Kelala ! La Torah ne laisse pas place ici à la démarche généralement pratiquée de chercher à vivre« au milieu », une vie « moyenne » ! De plus en plaçant le choix devant nous, la Torah souligne que la réussite ou l’échec sont totalement dans les mains de l’Homme !

Rav Schorr poursuit son analyse avec les paroles du ‘Hovot Halevavot (Chaar Avodat HaElokim, chapitre 4) qui explique que les actions quotidiennes de l’homme pour sa subsistance, manger, boire, etc. …, sont forcément inclues soit dans la définition de « Mitsva » si elles sont accomplies « LeChem Chamaïm » (Pour le « Ciel »), soit de « Avéra » (transgression) si elles sont faites sans cette valorisation.

Le ‘Hovot Halevavot ajoute que toute action qui est de l’ordre de la Mitsva est une action positive et le fait de s’en abstenir est une transgression de la Mitsva de son Créateur. A l’inverse, celui qui se retient d’une Avéra est un Tsadik, si c’est par respect de Hachem qu’il s’en abstient. 

En conclusion, les actions humaines se partagent entre Bien et Mal. 

Ceci rejoint les paroles de Sforno qui dit que le Peuple Juif n’a pas le choix d’une démarche moyenne, mais si nous respectons les Mitsvot, nous accédons à la Berakha, et si nous ne les accomplissons pas, nous inversons la Berakha en Kelala. 

Rav Moché Feinstein (Darach Moché, p.151) explique que la Torah nous dit d’observer la différence entre ceux qui respectent la Torah et ses Mitsvot et ceux qui ne la respectent pas. Chez ceux qui sont fidèles à la Torah la vie est une Berakha permanente où ils jouissent de tout ce que Hachem leur accorde. Pour les autres, par contre, la vie est Kelala continuelle, autant qu’ils aient il leur manquera toujours un peu plus de confort et de luxeLa Berakha (une existence pleine de satisfaction) réside ainsi dans l’obéissance à Hachem, et la Kelala l’inverse. 

Le mot « si » qui introduit la Kelala montre que Hachem privilégie la Berakha, et n’envisage la Kelala que comme une éventualité indésirable. Le verset conclut : « pour aller à la suite de dieux étrangers que vous ne connaissez pas. » Pour dire comme Rachi le souligne, que même celui qui accomplit toutes les Mitsvot par compréhension personnelle, et non comme décret Divin, n’accomplit rien de valable, puisque tous ses actes sont subordonnés à ses choix : aujourd’hui il choisit ainsi, et demain il optera pour les choses mauvaises si l’appétit lui vient. De plus il n’est pas précis dans ses Mitsvot, puisque peu lui importe de transgresser s’il n’en est pas conscient …

Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou, V, p.298 ; 318) développe les notions de Berakha et Kelala. Il rattache la Berakha au ‘Hessed (Don gratuit), et la Kelala à l’égoïsme. Il cite le Chela, le Tania et Rav ‘Haïm MiVolozin qui soulignent que la Mitsva elle-même est la récompense, et la Avéra la punition. La Berakha est l’épanouissement de la « Spiritualité » tandis que la Kelala est la « réduction » des « outils » que Hachem accorde à l’homme pour sa Avoda (Service). La Kelala elle-même est un bienfait dans la mesure où elle restreint le Mal qui découle des Avérot. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch remarque que le terme « vois » vient souligner que le message de ces versets n’est pas basé sur la confiance en autrui, mais sur les expériences passées qui ont montré que Hachem a mis notre avenir dans nos mains pour la Berakha ou la Kelala. Il explique que la Berakha est un état d’épanouissement illimité. La Kelala est l’inverse, être vide de tout poids intérieur (Kelala de la racine « kal », léger …). La Berakha est : « Que vous écoutiez les Mitsvot … ». Le fait même d’accomplir les Mitsvot contient la Berakha. Les actions spirituelles et « morales » de fidélité à la Torah épanouissent notre existence, et nous apportent la Berakha. Le verset dit : « ce jour » pour dire à chacun de nous que lorsqu’il lit ces versets leur message est tout aussi actuel ! La Kelala, qui est la perte de toute valeur personnelle n’est que le résultat de la rébellion. Chaque écart nous amène vers des « dieux étrangers ». 

Chaque pas qui nous éloigne des Mitsvot nous approche de l’idolâtrie. Il ne suffit pas pour être Juif d’avoir la Emouna ! La Emouna Juive est la Emouna dans l’autorité de Hachem sur nous, l’acceptation du « Joug de la Royauté Céleste » ! Quiconque dévie si peu que ce soit du chemin des Mitsvot bascule dans l’idolâtrie. 

Rav Chalom Noa’h Bérézowski (Netivot Chalom, p. 74) soulève les questions mentionnées plus haut. Il explique les termes des versets point par point. Il rapporte les paroles du Ari Zal qui dit qu’aucun homme n’est identique à un autre depuis la Création. Aussi, chacun a sa propre « mission » à accomplir sur Terre que personne ne pourra remplir à sa place. Rav Bérézowski explique ainsi que la Paracha ne parle pas de l’accomplissement des Mitsvot et de récompense ou de sanction. Il s’agit ici de la mission particulière de chacun dans ce monde, et la Berakhaconsiste pour chacun dans le fait de réaliser ce pourquoi il a été amené au monde. La Kelala réside dans le fait de passer les 70 ans de l’existence sans avoir accompli « sa » mission. « Vois » signifie que Hachem octroie à chacun les « outils » nécessaires à sa mission particulière. Tous les paramètres de l’existence, tous les faits par lesquels Hachem accompagne notre quotidien sont autant d’indications pour orienter notre chemin. C’est là le sens de  » La Berakhaque vous écoutiez les Mitsvot … » : Hachem nous donne toutes les conditions de notre existence uniquement pour la Berakha, pour réaliser le but de notre vie. 

Seulement, si nous n’écoutons pas, alors notre existence sombre dans le vide de la Kelala. 

Les termes « Vois » et « Je donne », s’appliquent donc aux éléments perceptibles de notre existence.

Rav Bérézowski ajoute (p.77) que le mot : « ce jour » répété dans ces versets vient souligner que la « mission » d’un jour n’est pas identique à celle d’un autre jour

Chacun de nous doit savoir voir le jour présent avec ses enjeux, et la réalisation qui lui est due. C’est le sens de « vois » « ce jour » ! Chaque jour nous apporte un message particulier de Hachem pour vivre chaque action même de simple subsistance comme un outil de rapprochement vers Hachem. La vie est ainsi une unité parfaite de lien avec Hachem. Le mot « Mitsva » doit être relié à la racine « tsavta », accompagnement, car nous devons vivre en totale convergence avec Hachem.

Rav Bérézowski ajoute que la Paracha Reéh est lue chaque année avant Roch ‘Hodeh Elloul, un mois avant Roch Hachana, et que le verset : « Vois Je « donne » devant vous ce jour » peut se comprendre comme s’appliquant spécialement au jour de Roch Hachana qui vient dans un mois, le jour où Hachem appelle particulièrement la Nechama du Juif !

Ces quelques explications nous écartent d’une lecture de la Torah étroite, limitée au gain ou à la perte dans ce monde (ou dans le Monde « à venir ») en fonction de notre accomplissement des Mitsvot. 

Les considérations « mercantiles » sur la vie, centrées sur le « commerce » des Mitsvot sont une forme « d’idolâtrie juive » incompatible avec l’esprit profond de la Torah. 

Hachem attend chacun de nous pour lui prodiguer le plein épanouissement de l’existence qu’Il lui octroie.