בס »ד
Après le premier paragraphe du « Chema » situé dans la Paracha précédente (Vaet’hanan) le second paragraphe : « Vehaya im chamo’a … » se trouve dans cette Paracha (Ekev) (Devarim 11, 13-21).
Chaque jour, matin et soir, nous lisons ces deux paragraphes.
La Michna (Berakhot 13a) définit le premier paragraphe, « Chema », comme « l’acceptation du joug de la Royauté Divine », comme nous l’avons expliqué dans le Dvar Torah de la Paracha précédente, et le second paragraphe, « Vehaya im chamo’a », comme « l’acceptation du joug des Mitsvot ».
Que signifie en fait « l’acceptation du joug des Mitsvot » ?
En quoi consiste le message de ce paragraphe que nous lisons chaque jour matin et soir ?
Quels sont les éléments qui le composent ?
Nous ne pouvons bien sûr aborder ici qu’un bref aperçu des explications abondantes de nos Maîtres ! Toutefois nous ne pouvons pas reculer devant l’immensité de la tâche et négliger un passage aussi fondamental de la Torah !
Nous pouvons discerner une articulation entre plusieurs parties distinctes :
– Les versets : « Ce sera si vous écoutez Mes Mitsvot … pour aimer Hachem votre Dieu et Le « servir » … Je donnerai la pluie de votre terre …et tu récolteras … Je donnerai l’herbe dans ton champ … et tu mangeras et tu te rassasieras » (Devarim 11, 13-15) sont la promesse de l’abondance que nous recevrons si nous accomplissons ce que Hachem attend de nous.
– Les versets : « Gardez-vous de peur que votre cœur vous séduise, et que vous déviez et que vous serviez des dieux étrangers … La colère de Hachem s’enflammera … » (16-17) mettent en garde contre les risques d’écart de la ligne que Hachem nous dicte.
– Les versets : « Vous placerez Mes paroles … sur votre cœur … vous les attacherez en signe sur votre main … Vous les enseignerez à vos fils … Tu les écriras sur les poteaux de ta maison … afin que soient abondants vos jours … » (18-21) constituent le « vaccin » contre les risques mentionnés précédemment.
Les prescriptions de la troisième partie de « Vehaya im chamo’a » les Tefilines, l’étude de la Torah, et la Mezouza, sont reprises du paragraphe du Chema qui est défini par les ‘Hakhamim comme l’acceptation du joug de la Royauté Divine ». Qu’ajoute donc le fait de les mentionner à nouveau dans cette Paracha ?
L’opposition apparente entre les deux premières parties, la « récompense » en cas d’obéissance, et la sanction suite aux écarts n’est pas le premier exemple dans la Torah d’un tel « avertissement » …
Qu’est-ce qui justifie alors la place prépondérante de ces versets dans notre quotidien ?! Quel enseignement devons-nous retenir de cette lecture biquotidienne tellement centrale dans notre existence ?!
En quoi consiste la « Avoda » (le Service) que nous devons dédier à Hachem selon les termes du premier verset ?
Nos ‘Hakhamim expliquent (Sifri, sur ce verset) : « Et pour Le « servir » … » : Il s’agit de l’étude de la Torah … Autre explication : « Et pour Le « servir » … » : c’est la Tefila (Prière) …
Il s’avère ainsi que l’objectif exprimé pour toutes les Mitsvot (comme mentionné au début du verset) est soit l’étude de la Torah, soit la Tefila, l’une et l’autre érigées en « sommet » de notre lien avec Hachem.
Rav Chalom Noa’h Bérézowski (Netivot Chalom, p.73) s’étonne du rapport entre l’étude de la Torah mentionnée par les ‘Hakhamim, et le « cœur » qui est cité dans ce verset relativement à la Avoda « de tout votre cœur, et de toute votre âme » ?! L’étude semble plus spécifiquement située dans le « cerveau » plutôt que dans le « cœur » ?!
Il répond en citant le Ba’h, (commentaire sur le Tour Ora’h ‘Haïm, chapitre 47) qui dit que « l’objectif de Hachem en nous donnant la Torah était que nous mettions notre « activité » dans la Torah pour que notre âme se renforce dans la puissance de Kedoucha et amène ainsi la Chekhina (Présence de Hachem) en notre sein ». C’est-à-dire que la Torah (son étude assidue) est le chemin pour le Juif de s’attacher à Hachem.
La Torah rattache la Nechama du Juif et son corps à Hachem dans tous ses 248 « organes », et ses 365 « nerfs ». Ainsi l’essentiel de l’objectif de la Torah est bien lié au « cœur », c’est-à-dire à la Kavana (l’intention) dans son étude de se lier à Hachem par la Torah.
Rav Bérézowski souligne que tout comme la Avoda de l’Autel dans le Beth HaMikdach est caractérisée par le verset : « Un feu permanent sera allumé sur l’Autel … » (Vayikra 6, 6), de même l’étude de la Torah doit répondre à ces deux qualités : un « feu », et la « permanence » !
Le verset passe de : « Si vous écoutez Mes Mitsvot » au pluriel à : « Et tu récolteras » au singulier !
La Guemara (Berakhot 35b) cite une discussion entre deux Tannaïm (Sages de la Michna) Rabbi Chimon Ben Yo’haï, et Rabbi Yichmaël relative à ce verset. Rabbi Yichmaël comprend que la Torah exprime ici la « norme » du fonctionnement collectif du Peuple Juif : mener de front l’étude de la Torah avec la culture du champ. Rabbi Chimon s’étonne comment un homme peut s’investir dans le labour, les semailles, la moisson etc. … Que deviendrait alors la Torah ?! (À rapprocher de l’indignation manifestée par Rabbi Chimon et son fils à leur sortie de la grotte où ils avaient étudié pendant douze ans pour échapper aux Romains qui avaient condamné Rabbi Chimon à mort pour ses critiques à leur égard ; Guemara Chabat 33b).
Rav ‘Haïm MiVolozin (Nefech Ha’Haïm, I, 8) explique que Rabbi Yichmaël ne conteste pas que l’idéal soit de se consacrer à l’étude de la Torah sans la moindre concession à une activité matérielle quelle qu’elle soit. Toutefois il considère qu’un tel niveau n’est accessible qu’à des hommes d’exception, comme Rabbi Chimon et son fils eux-mêmes. Pour l’ensemble de la population, la norme est d’associer l’étude à la culture du champ.
Par ailleurs, Rav ‘Haïm souligne que Rabbi Yichmaël lui-même ne dispense pas de penser à la Torah pendant la culture du champ !
Cependant, quelle que soit la Berakha collective des pluies, les récoltes dépendent du niveau individuel. C’est pourquoi la récolte est mentionnée ici au singulier …
Rav Steinman (Ayelet Hacha’har sur la Torah, Devarim, p.78) remarque que même l’opinion « indulgente » de Rabbi Yichmaël n’est ainsi pas si aisée à accomplir ?! Il conclut qu’on peut peut-être se contenter de garder présentes à l’esprit six notions énumérées dans le Biour Halakha (commentaire annexe du Michna Beroura, Chapitre 1).
Rav Naftali Tsvi Yehouda Berlin (Haamek Davar sur le verset) rapporte que pour Rabbi Chimon ce verset s’applique à une situation où les Juifs n’accomplissent pas la Volonté de Hachem. Il cite Tossefot (Guemara Berakhot 35b) qui s’étonne de cette explication, alors que le passage commence par ces paroles : « Si vous écoutez Mes Mitsvot » ?! Tossefot répond que certes les Bené Israël dont il s’agit dans ce passage accomplissent la Volonté de Hachem, mais à un degré inférieur : ils ne sont pas des Tsadikim « complets » …
Et selon Rabbi Chimon Hachem attend de nous un engagement total sans réserve !
Abordons à présent la seconde partie de ce passage fondamental relatif à notre existence.
Il apparaît ici que dès lors que l’homme se laisse « séduire » par son cœur, il est naturellement amené à dévier, puis à arriver jusqu’à l’idolâtrie.
Rav ‘Haïm Zaytchik (Mayené Ha’Haïm, p.326) rapporte la Guemara (‘Haguiga 16b) relative à Mena’hem, un Grand Maître de la Torah qui était le « collègue » de Hillel avant de « sortir » selon les termes de la Michna (16a). La Guemara demande : vers où est-il « sorti » ?
Deux réponses : – vers une « déviance », – vers une fonction au service du pouvoir.
Rav Zaytchik remarque que même la seconde option est clairement critiquée par la Michna, et assimilée à une « déviance ».
Quitter la fonction de « Av Bet Din » (Autorité supérieure du Sanhédrin, aux côtés de Hillel) pour devenir un haut fonctionnaire à la Cour est effectivement une « déchéance » !
De plus la Guemara rapporte que son exemple entraina 80 paires de ‘Hakhamim à sa suite …
Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah p.173) souligne que la Torah nous montre ici le fonctionnement « naturel » de l’Homme. Tout commence avec des « petites » choses apparemment sans conséquences. Mais immanquablement la chute ne s’arrêtera pas avant de s’être « forgé » une « idole ».
Nous pensons souvent que l’idolâtrie se limite aux pratiques « primaires » des populations « pas civilisées ». Cette erreur nous vient d’un regard « suffisant » face aux civilisations antiques. Nous croyons qu’il s’agissait simplement de se prosterner devant une statuette … La réalité est beaucoup plus complexe, et leurs « idoles » correspondaient à des conceptions très élaborées du monde.
De même, toute « idéologie », quelle qu’elle soit, est une forme d’idole que l’homme se donne pour justifier son comportement.
On rapporte qu’un Juif originaire de la ville de Brisk avait émigré en Allemagne et avait abandonné les Mitsvot. Il vint un jour à passer à nouveau à Brisk. Il rendit visite au Rav, Rav ‘Haïm Soloveitchik, et lui demanda s’il pouvait lui répondre à des questions de Emouna. Rav ‘Haïm accepta, à la condition, toutefois, que son interlocuteur réponde franchement à une question : « les questions de Emouna te sont-elles venues avant ou après avoir mangé des aliments interdits ? ». L’homme répondit : « après ».
Rav ‘Haïm lui dit alors : « Je peux répondre à des « questions », mais pas à des « réponses » ! Les questions ne venaient que pour justifier son comportement.
C’est ce que nous enseigne la seconde partie du paragraphe de « Vehaya im chamo’a ». Du premier pas qui consiste à se laisser « séduire » par le cœur, et à envisager un regard léger à l’écart de la Torah, nous sommes immanquablement entraînés vers l’abime.
La seule solution pour éviter ce danger réside dans les Mitsvot citées à la fin du passage. Dans le premier paragraphe, « Chema », ces Mitsvot sont citées pour leur valeur intrinsèque. Ici, elles sont mentionnées comme « antidotes » aux « dangers du quotidien » …
Notre Paracha nous trace ainsi le chemin de la « sécurité routière » dans la vie :
Nous ne venons au Monde que pour développer et protéger notre lien à Hachem, et seules la Torah (Son étude permanente) et les Mitsvot, Tefilline et Mezouza, qui accompagnent notre existence quotidienne peuvent garantir cet objectif !


