Parasha – 271 – Vaét’hanan – 5786

La Paracha Vaet’hanan comporte un passage fondamental de la vie de chaque Juif : le Chema ! (Devarim 6, 4-9)Le verset : « Chema Israël Hachem Elokénou, Hachem E’had ! » accompagne notre existence du début à la fin. Dès les premiers jours après la naissance, les enfants viennent réciter le Chema chaque soir au chevet du nouveau-né jusqu’à la Mila. Lors dela Mila le père du bébé proclame : « Chema Israël … » avant l’accomplissement de « L’Alliance » avec Hachem. Au chevet du mourant on proclame (ainsi que lui-même s’il est conscient …) « Chema Israël … ». Tout au long de notre existence nous récitons deux fois par jour ce passage de la Torah. Rav Wolbé rapportait qu’une rescapée de la Choa avait témoigné qu’aucune femme, même éloignée de la Torah, n’était entrée dans la chambre à gaz sans proclamer « Chema Israël … ».Rav Galinski raconte (Vehigadta) comment lui-même se trouva un jour en difficulté, au milieu d’un déplacement en URSS, dans une gare, sans possibilité de poursuivre son voyage, et sans documents valables, étant citoyen polonais. Il n’avait pas de train en partance, et le soir tombait, amenant le danger des rondes de police qui ne manqueraient pas d’entrainer son arrestation. Alors qu’il craignait ce qui allait lui arriver, il vit un vieil homme, cireur de chaussures, aux abords de la gare, et il se demandait s’il était Juif, et susceptible de l’aider. Mais il ne pouvait pas l’interroger, car, s’il n’était pas Juif, il ne manquerait pas de le dénoncer … Il s’approcha et dit : « Chema Israël … », à quoi l’homme répondit : « Baroukh Chem Kevod Malkhouto LeOlam Vaèd ! ». Le vieillard abrita Rav Galinski chez lui pendant 11 jours, jusqu’à ce qu’il puisse poursuivre son voyage. Pendant toute cette période, ils ne purent échanger aucune conversation, Rav Galinski ne parlant que le Yiddish, et l’homme ne parlait que russe et boukhari … Mais un contact profond s’était établi entre eux par le verset « Chema Israël … » !Rav Galinski raconte encore que lorsqu’il arriva en Sibérie en compagnie d’un groupe de jeunes qui avaient été déportés par la police russe pendant la Choa, la première chose que firent leurs géôliers fut de confisquer tous les objets de Mitsva, depuis les Tefilines jusqu’aux livres saints, pour les brûler. Abattus par ce malheur, les jeunes décidèrent de se réunir dans la soirée dans un bâtiment abandonné, afin de se réconforter mutuellement. Chacun avait droit à une minute et demie de parole. Rav Galinski choisit de mentionner le fait qu’on doit s’attarder sur le mot « E’had » lorsqu’on prononce le Chema, afin de se concentrer sur l’Omniprésence de Hachem dans le Monde. Cette obligation s’applique particulièrement à la dernière lettre du mot, le « Dalet » qui a la valeur « 4 », et exprime que Hachem est présent dans les quatre directions de l’espace. Rav Galinski souligna : « Pourquoi doit-on se concentrer sur ce point, davantage que sur l’Omniprésence de Hachem dans les Cieux et sur la Terre (représentée par la lettre « ‘Het » du mot « E’had » qui a la valeur « 8 », comme les « 7 » Cieux et la Terre) ?! ». Il répondit que c’est pour nous rappeler que Hachem nous accompagne partout, même aux fins fonds de l’Exil dans la plaine sibérienne … Ces paroles réchauffèrent les cœurs endoloris …Ces exemples viennent illustrer l’importance conceptuelle et affective de ce verset !Mais quel est le sens profond de ces mots qui possèdent un impact aussi puissant ?!En quoi les paroles du Chema sont-elles « au centre » de notre existence ?!Le Midrach approfondit les concepts liés à ce verset (Devarim Rabah, 2, 31-36). Nos ‘Hakhamim soulignent tout d’abord que Hachem nous a communiqué le sens de ces mots en introduction aux Dix Commandements, en proclamant qu’Il est « Hachem Elokhèkha, Qui t’a sorti d’Egypte … » c’est-à-dire que « Elokhim », qui désigne l’intervention de Hachem dans l’exercice de la Justice (Din), émane dans son essence de « Ra’hamim » (la « Miséricorde ») représentée par le « Nom » « Hachem », expression des bienfaits que Hachem nous prodigue. Puis le Midrach montre que les lois de la nature, désignées par le Nom « Elokhim » sont intégralement accomplies par la Volonté exclusive de Hachem, sans le moindre « intermédiaire » … (Commentaire Tiférèt Tsion). Plus loin, le Midrach rattache le verset Chema Israël au moment du départ de Yaacov Avinou de ce monde, lorsqu’il appela ses fils à son chevet (Beréchit 49, 1-2). Rav Its’hak Zeev Yadler (Tiférèt Tsion) explique que Yaacov exprima son inquiétude à ses enfants quant à leur aptitude à surmonter les épreuves de la Galout (Exil). Il ajoute encore que Yaacov Avinou « appela » « tous les Chevatim » (Tribus), c’est-à-dire non-seulement ses fils, mais aussi toutes les Nechamot (âmes) de leurs descendants au fil des générations. C’est cette conscience profonde que manifeste notre proclamation sans faiblesse au fil de nos épreuves individuelles et collectives. Nous nous adressons à « Israël, notre Père », dans la Mearat Hamakhpéla à ‘Hevron, et lui confirmons « Ecoute Israël (notre Père) Hachem Elokénou, Hachem est Un ! ». Nous sommes fidèles à l’engagement des Chevatim (Fils de Yaacov) !Rav Chimchon Raphaël Hirsch développe que l’appel du « Chema Israël … ! » (Ecoute Israël … !) s’adresse à chacun de nous pour raviver en lui la perception des Bené Israël lors de Matan Torah (Don de la Torah au Sinaï) où ils « virent » la Présence de Hachem dans la nature et dans l’Histoire. Il s’agit de comprendre profondément l’Unité de l’intervention de Hachem à travers les oppositions apparentes du fonctionnement du Monde, et des conflits internes dans notre propre personne. Ce n’est pas seulement que les faits « douloureux » « proviennent aussi « d’une source « favorable »… Mais en réalité « Elokénou » (l’expression de la Justice) qui semble défavorable, est réellement « Hachem », Celui qui nous prodigue tous Ses Bienfaits !Nos ‘Hakhamim (Guemara Berakhot, 13a) définissent ce passage comme « l’acceptation de la Royauté de Hachem », que nous proclamons dans la Tefila, avant le paragraphe suivant « Vehaya im chamo’a … (« Ce sera si vous écoutez Mes Mitsvot … « ) (Devarim 11, 13-21) défini comme « l’acceptation du « joug » des Mitsvot ».Rav David Powarski (Yichmerou Daat, p.260 ; Moussar VaDaat, I, Chap.3) explique que la proclamation « Chema Israël … ! » exprime la conscience de la Présence de Hachem non seulement dans les niveaux élevés de la Création, qui échappent à notre compréhension, mais également dans le fonctionnement du monde physique. C’est ce que signifie la « répétition » « Hachem Elokènou » (pour les « Mondes » élevés), et « Hachem E’had » (Il est Un jusque dans notre « Monde »). Il cite que Rav ‘Haïm MiBrisk explique que la première partie du verset « Chema Israël Hachem Elokénou » reprend le premier Commandement « Anokhi … » (Je suis Hachem …), tandis que la seconde partie du verset « Hachem E’had » correspond au second Commandement « Lo Yihyé lekha … » (Tu n’auras pas de divinités étrangères …). Rav Powarski explique que la Avoda (le « Service » de Hachem) réside non dans le fait de reconnaître Hachem « là où la pensée de l’Homme n’a pas accès », mais de reconnaître le Créateur « ici dans la Création » (le Monde de notre réalité quotidienne).Rav Chalom Noa’h Bérézowski (Netivot Chalom, p.30) s’interroge sur la différence exprimée par la Michna entre « l’acceptation de la Royauté de Hachem » et « l’acceptation du « joug » des Mitsvot ». « L’acceptation de la Royauté de Hachem » constitue également « l’acceptation du « joug » des Mitsvot » ?! Il répond que la proclamation « Chema Israël … ! » n’est pas exprimée comme les autres Mitsvot en tant que Commandement. Cette proclamation est une « information » adressée au Juif pour lui faire connaître son « essence ». La soumission intégrale à Hachem précède toutes les Mitsvot ! Toutes les Mitsvot ont été données au Juif. Mais ce verset définit ce qu’est le Juif, lui-même ! Pour un Juif, il n’existe qu’une chose : « Hachem Elokénou, Hachem E’had ! » Un Juif est totalement « soumis » à Hachem. C’est pourquoi dès le début du jour on récite le Chema par lequel le Juif se soumet à Hachem Unique existence. De même, à la naissance d’un Juif, on récite le Chema chaque soir auprès de son berceau. Lorsqu’il entre dans « l’Alliance », on proclame : « Chema Israël Hachem Elokénou, Hachem E’had ! ». A la fin de son existence, lorsqu’il quitte ce monde, on dit « Chema Israël Hachem Elokénou, Hachem E’had ! ». Car le Chema est le fondement du Juif, qui l’accompagne tout au long de sa vie. Avant que les ennemis de la Torah n’aient réussi à emmener les enfants Juifs dans un système d’où le Chema est banni, comme le souligne Rav Galinski qui a été confronté à des enfants qui ne savaient même pas répéter ce verset, tous les Juifs, même éloignés de l’accomplissement des Mitsvot étaient « pétris » de cette proclamation « royale ».Après la Choa, Rav Yossef Chlomo Kahaneman, Fondateur de la Yechiva Poniewiecz, s’attela à la tâche de sauver les enfants Juifs qui étaient encore retenus dans les monastères. Les dirigeants de ces institutions prétendaient n’avoir aucun pensionnaire Juif. Pour reconnaître les « siens », Rav Kahaneman entrait dans le réfectoire et clamait : « Chema Israël … », et les enfants Juifs, qui avaient été arrachés très jeunes à leurs familles, et ne souvenaient certaines fois pas clairement de leurs parents, complétaient : « Hachem Elokénou, Hachem E’had ! » contredisant ainsi les allégations des prêtres …Rav Chalom Schwadron rapporte l’épisode suivant : lorsque les Juifs renégats se mettaient au service, avec encore plus d’ardeur que les non-juifs, de la persécution de la Torah dans l’URSS naissante, un d’entre eux sortit un Sefer Torah dans la rue pour le piétiner et le profaner. Tout à son « exploit », il ne vit pas arriver une carriole qui le happa, et il passa sous ses roues. Dans ses derniers instants, avant de mourir, ce « renégat » se réveilla à son identité, et proclama : « Chema Israël Hachem Elokénou, Hachem E’had ! ».Ce fait rejoint le témoignage de Rav Wolbé cité au début de notre texte. Certainement il ne suffit pas de « mourir comme un Juif » pour être un Tsadik. Mais la vie d’un Juif ne commence et ne termine que dans une conscience aigüe de son identité et de son lien indissoluble avec Hachem !