Parasha – 269 – Devarim – 5786

בס »ד

La Paracha commence avec le « discours » que Moché Rabénou adresse aux Bené Israël à la fin de leur périple de quarante ans dans le Désert, au seuil de l’entrée en Erets Israël. Moché Rabénou rappelle aux Bené Israël les erreurs qu’ils ont commises au cours de cette période, afin de les mettre en garde contre une répétition des mêmes fautes. 

La première faute que Moché Rabénou souligne est l’envoi des Meraglim (les Explorateurs) (Bamidbar 13, 1-14, 45) et le découragement des Bené Israël face à l’entrée en Erets Israël qui suivit leur rapport défavorable (Devarim 1, 22-45). Moché Rabénou reproche aux Bené Israël l’initiative de l’envoi des Meraglim. De plus, il leur rappelle que suite au décret de Hachem de les maintenir quarante ans dans le désert, jusqu’à l’extinction totale de cette génération, avant d’amener la génération suivante en Erets Israël, ils ont essayé de braver l’interdiction de Hachem et d’aller à l’assaut du pays sans le soutien de Hachem qui leur avait été retiré (1, 41-45). 

Ce rappel semble « insignifiant » en comparaison de la faute essentielle de l’envoi des Meraglim et de la réaction de désespoir qui a suivi leur rapport. Si après près de quarante ans, nous pouvons comprendre le rappel de la faute principale, il semble plus difficile de comprendre l’importance de ce qui semblerait un détail accessoire dans cet épisode ?! 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch explique (1, 41) que Moché Rabénou reproche aux Bené Israël d’être passés d’une faute (le découragement suite au rapport des Meraglim) à une autre faute, non moins grave. Après s’être découragés de conquérir Erets Israël avec l’aide de Hachem (1, 26-28), ils décidèrent de guerroyer juste à la force de leurs armes … 

Une telle attitude n’est pas moins corrosive que le manque de confiance en l’aide de Hachem !

Ces reproches sont représentatifs de l’ensemble des paroles de Moché Rabénou dans notre Paracha relativement aux situations de conflits éventuelles avec les nations

Les exemples abondent dans cette Paracha :

– Moché Rabénou rappelle (2, 2-8) aux Bené Israël leur confrontation aux descendants d’Essav (Edom). Après des pérégrinations prolongées aux alentours du Mont Séïr (fief d’Essav) (2, 1), Hachem avait ordonné (2, 3) : « penou lakhem tsafona ! » (Traduit par : « tournez-vous vers le Nord »). 

Nos ‘Hakhamim (Midrach Devarim Rabah, 1, 19) attribuent à ce verset un sens plus profond, au-delà d’une simple indication géographique : « Si vous voyez qu’il (Essav) cherche à s’attaquer à vous, ne lui faites pas face, mais détournez-vous de lui jusqu’à ce que son « monde » passe. 

C’est le sens de « penou lakhem tsafona ! ». … Et vers où devons-nous fuir ? Il (Hachem) leur dit : « Si vous voyez qu’il s’attaque à vous, fuyez vers la Torah !« . Le Midrach explique que  » tsafona » désigne la Torah. 

Rav Its’hak Zeev Yadler explique (Tiférèt Tsion 1, 17) que nous devons comprendre que le coup qui nous est porté ne provient pas d’Essav, qui n’est que le « bâton », mais de Hachem pour nous purifier de nos fautes. Essav ne fait que remplir son « rôle ». Rav Yadler ajoute que « fuir » vers la Torah ne concerne pas celui qui déborde d’entrain pour la Torah, qui « court » vers la Torah. « Fuir » vers la Torah ne concerne que celui qui s’y résout face à la « colère » de Hachem … 

Rav Zaydel Epstein explique (Héarot, p. 16) que ce Midrach signifie que si nous nous consacrons à l’étude de la Torah il n’y a pas place à une quelconque agressivité des nations …

Rav Yaacov Neyman (Darké Moussar, p.211) cite la Guemara (Nedarim 81a) : « Pourquoi la Terre (d’Israël) a-t-elle été dévastée ? (Lors de la destruction du Bet HaMikdach) … parce qu’ils n’ont pas dit de Berakha avant l’étude de la Torah ! … ». Cette réponse étonnante appelle explication ! 

Rav Neyman cite Rav Israël Salanter qui souligne qu’on ne dit pas une Berakha pour ce qui n’est que la préparation à une Mitsva, mais seulement pour ce qui est une Mitsva « en soi ». En ne disant pas de Berakha, ils manifestaient qu’ils percevaient l’étude de la Torah comme une simple condition à l’accomplissement des Mitsvot. Ceci revient à « déconsidérer » la Torah elle-même ! 

Rav Neyman s’étonne toutefois sur la gravité de cette faute au point de justifier la désolation d’Erets Israël et la Galout (exil) ?! Il rapporte le texte de la Berakha sur l’étude de la Torah : « Qui nous a choisis parmi tous les peuples et nous a donné Sa Torah … ». La conscience de l’identité particulière du Peuple de Hachem qui a reçu de Hachem la Torah exclut toute tentation de rapprochement aux mœurs des nations. On ne peut pas s’intéresser aux nations, tout comme on ne « jalouserait » pas les êtres vivants. La conscience de la grandeur particulière d’Israël exprimée dans la Michna : « Les Bené Israël sont chers (à Hachem) comme ils sont appelés Fils …parce que leur a été donné l’outil précieux … par lequel a été créé le Monde ! » (Avot 3, 18) est la condition du lien à Erets Israël, lieu de la Présence Divine particulière. Sans cette perception nous perdons le droit à Erets Israël !

– Moché Rabénou continue et dit aux Bené Israël : « … Vous passez à la frontière de vos frères les enfants d’Essav, qui réside à Séïr ; et ils vous craindront, et vous vous garderez abondamment ! » (2, 4). Quel est le sens de cette affirmation ?! 

Rav Zalman Sorotskin (Oznaïm LaTorah 2, 4) explique que le fait de voir les ennemis nous craindre incite naturellement à les attaquer. C’est face à cette tentation que Moché Rabénou met les Bené Israël en garde : « briser » les élans qui n’ont pas lieu d’être …

Rav Tsvi Hirsch Ferber (Kerem Hatsvi, p.15) remarque que Hachem prescrit à Moché d’adresser cette mise en garde au « peuple ». La Torah désigne les « grands » par le titre « Israël », et les franges inférieures de la population par le terme « le peuple ». Les Juifs de haut niveau n’ont pas besoin d’avertissement pour s’abstenir de provoquer les nations. Seuls les hommes de petite dimension spirituelle nécessitent un tel rappel. La force des Bené Israël réside dans la voix de la Torah, et non dans la puissance du poing. Lorsque Chimon et Lévi massacrèrent la ville de Chekhem (Beréchit 34, 25-29), Yaacov Avinou dit (35, 2) : « Retirez les divinités étrangères qui sont en votre sein … », car c’est de l’idolâtrie de croire dans la force du poignet 

Moché Rabénou avertit les Bené Israël (Devarim 2, 5) : « Ne vous attaquez pas à eux, car Je ne vous donnerai pas de leur terre jusqu’à « le pas de la plante de pied », ce que Rachi traduit par : « jusqu’à ce que se réalise la promesse de la venue du Machia’h » … 

Rav Ferber souligne que lorsque des Juifs se sont associés aux révolutionnaires qui ont renversé le Tsar, le résultat a été la persécution par les communistes, puis les massacres des nazis …

Rav Yossef Tsvi Salant (Beér Yossef p.194) explique que la crainte a pour effet de déclencher l’agressivité de celui qui a peur, et fera tout pour se défendre. C’est pourquoi le danger en est amplifié pour celui qui inspire cette peur. Rav Salant en déduit la leçon pour les générations d’éviter d’inspirer la crainte aux nations, car cela les amènerait à faire tout pour se protéger d’Israël … Il relie cette explication au Midrach cité ci-dessus. 

La suite de la Paracha complète (2, 8-12 ; puis 17-23) les considérations de la Torah face aux autres nations auxquelles les Bené Israël étaient confrontés à la fin du séjour dans le Désert. Face à Moav et Amon, les Bené Israël doivent savoir que Hachem a octroyé à ces peuples leurs territoires, et qu’il n’est pas dans le pouvoir d’Israël de s’emparer de leurs terres. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch souligne (2, 5) que tout comme la Torah dit (Devarim 32, 8) que Hachem a fait acquérir aux diverses nations leurs territoires, ainsi le verset dit ici que les descendants d’Avraham (Essav) et de sa famille, les descendants de Lot (Moav et Amon) ont reçu leurs pays en « héritage » … Nous devons nous rappeler en permanence que les conquêtes ne se font que par la Volonté de Hachem …

Par contre lorsque les Bené Israël sont confrontés à Og, Hachem dit à Moché Rabénou (3, 2) : « Ne le crains pas … ». Og était un géant, comme le souligne le verset (11). Cela aurait semblé suffisant pour le craindre. Pourtant, Rachi explique la crainte de Moché Rabénou autrement (3, 2) « Moché craignait que Og ne bénéficie du mérite d’avoir rendu service à Avraham Avinou en l’informant de la captivité de son neveu Lot par les Rois » (Beréchit 14, 13). Nous voyons ici un rapport au réel très différent de nos sentiments « naturels ». Moché Rabénou ne mesure pas le danger en termes de force physique, mais de mérites qui pourraient faire « pencher la balance ». Nous voyons une préoccupation comparable de Moché Rabénou lors de la confrontation à Kora’h et ses associés. Moché Rabénou demande à Hachem (Bamidbar 16, 15) de ne pas agréer l’offrande que Datan et Aviram ont apportée au seuil de la confrontation. Ibn Ezra précise que Datan et Aviram étaient des hommes de grand niveau, et que, malgré leur démarche injustifiée, Hachem aurait pu leur épargner provisoirement la juste punition par le mérite de leur offrande. Moché Rabénou craignait que l’absence de sanction de cette faute occulte l’impact que devait impérativement produire l’issue spectaculaire de cette épreuve. 

Nous voyons à travers ces éléments de la première Paracha du Sefer Devarim les paramètres d’une démarche saine face aux diverses confrontations d’Israël avec les nations. 

La leçon essentielle qui s’impose à nous est : « penou lakhem tsafona ! » –  » fuyez vers la Torah ! »