Parasha – 265 – ‘Houkat – 5786

בס »ד

Nous voici arrivés à la dernière année du séjour des Bené Israël dans le désert ! 

La Paracha ‘Houkat décrit de nombreuses péripéties dont celle de la contestation manifestée par les Bené Israël lorsqu’ils durent s’éloigner à nouveau des frontières de la Terre d’Israël après le refus du Roi d’Edom de les laisser traverser son pays vers la Terre que Hachem leur avait promise (Bamidbar 21, 4-9). 

Le verset (5) dit : « Le Peuple parla contre Hachem et contre Moché : Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte, pour mourir dans le désert ?! Car il n’y a ni pain ni eau, et notre personne se dégoute du pain « léger » ! ». Le pain « léger » dont il s’agit est la Manne, qui s’absorbait intégralement dans les organes. Ils disaient que cette Manne finirait par gonfler dans leurs entrailles !? Existe-t-il un être humain qui introduit (des aliments), et ne sort pas (des excréments) ?! (Rachi). 

Considérons le contexte général de la fin du séjour des Bené Israël dans le désert. Le Haamek Davar explique (19, 5) que les conditions d’existence des Bené Israël changeaient progressivement au cours de la dernière année dans le désert, afin de les préparer aux nouvelles modalités de « fonctionnement » qui seraient les leurs après l’entrée en Erets Israël. Ils devaient passer d’une existence totalement miraculeuse à un monde apparemment régi par les lois de la nature. Le Nissayon (épreuve) de vivre dans un contact manifeste permanent avec Hachem, qui était la règle pendant les quarante ans dans le désert avait pour but de préparer les Bené Israël à voir la Présence de Hachem dans les moindres détails du quotidien ordinaire. C’est pourquoi Hachem interrompit la production d’eau du Puits de Miryam après sa mort, pour que les Bené Israël se préparent aux efforts nécessaires pour obtenir la Berakha dans la vie « naturelle » en Erets Israël. 

De même, après la disparition d’Aharon, les Ananim (Nuées) qui protégeaient le campement des Bené Israël, disparurent temporairement, entrainant des changements dans les conditions de déplacement dans le désert.

Bien que le Puits de Miryam et les Ananim, dus au mérite d’Aharon, soient revenus par le mérite de Moché Rabénou, ces bienfaits ne revinrent pas simplement sans transition et diminution de leur apport. Nos commentateurs expliquent de diverses façons les nouvelles difficultés que les Bené Israël durent affronter au cours de cette période. 

C’est à la lumière de ces précisions que nous pouvons percevoir partiellement les Nissyonot (épreuves) auxquelles ils étaient confrontés, et les « circonstances atténuantes » qu’il convient de leur reconnaitre relativement à leurs fautes, toutes relatives à leur niveau exceptionnel. 

Avant d’analyser leur préoccupation et leur faute, voyons la manière dont Hachem sanctionna leur erreur, et la façon dont la punition fut enrayée

Le verset (6) dit : « Hachem envoya contre le Peuple les serpents « brûlants », et ils mordirent le Peuple : et mourut une grande population d’Israël ». Puis le verset (7) montre la réaction des Bené Israël à la sanction: « Le Peuple vint vers Moché et ils dirent : « Nous avons fauté car nous avons parlé contre Hachem et contre toi ; prie Hachem qu’Il écarte de nous le serpent ; et Moché pria pour le Peuple ». Toutefois la prière de Moché ne suffit pas, et Hachem dicta une démarche complémentaire pour réparer la faute et guérir les Bené Israël (8-9) « Hachem dit à Moché : « Fais-toi un « saraf » (« brûlant ») et place le sur un « ness » (poteau) ; et ce sera, quiconque sera mordu, il le verra et vivra. Moché fit un serpent de cuivre et le plaça sur le « ness » ; et c’était si le serpent mordait un homme, il observait le serpent de cuivre et il vivait ». 

Rav Chalom Noa’h Bérézowski (Netivot Chalom, p.123) soulève plusieurs questions au sujet de ce passage. Alors qu’à chaque faute des Bené Israël, Moché Rabénou priait Hachem, et Hachem agréait sa prière, pourquoi, ici, y eut-il besoin de la confection du serpent de cuivre ?! De plus, pourquoi celui qui était mordu devait-il « observer » le serpent, faute de quoi il ne vivrait pas ?! 

La Guemara (Roch Hachana 29a) dit : « lorsque les Bené Israël regardaient vers le haut, et soumettaient leur cœur à leur Père Qui est dans le Ciel, ils étaient guéris, et sinon, ils étaient gangrénés ».

En quoi cette faute était-elle différente de toutes les fautes d’Israël dans le désert, pour lesquelles lorsqu’ils faisaient Techouva et priaient Hachem, Hachem les agréait ; et ici, même après qu’ils aient dit « nous avons fauté », et qu’ils aient prié, ils avaient encore besoin « d’observer » le serpent ?!

Rav Its’hak Zeev Yadler (‘Houmach Tiférèt Tsion, Bamidbar 21, 9) ajoute une question supplémentaire : pourquoi dans le verset 8, Hachem dit :  » il le verra », la simple « vue » du serpent de cuivre suffisait, et dans le verset 9 il est dit :  » il observait », ce qui dénote un regard plus appuyé ?

Rav Yadler répond en disant que Hachem qui sonde les cœurs savait que leur Techouva n’était pas encore complète. C’est pourquoi Il ne les guérit qu’à l’aide du serpent de cuivre, afin qu’ils réfléchissent que leur guérison était surnaturelle. Cela les amenait à faire une Techouva complète. 

Pour la seconde question, Rav Yadler explique que la différence était entre ceux qui avaient été mordus avant, et qui avaient fait une Techouva complète, pour lesquels il suffisait d’un simple regardet ceux qui avaient été mordus après, ce qui témoignait qu’ils n’avaient pas été amenés à la Techouva par la morsure des autres et la mise en place du serpent de cuivre. Ceux-là ne pouvaient être guéris que par une « observation » plus attentive du serpent pour soumettre pleinement leur cœur à leur Père qui est au Ciel, comme l’exprime la Michna dans la Guemara Roch Hachana. Rav Yadler explique encore que le « ness » sur lequel Moché Rabénou plaça le serpent n’était pas un « poteau », mais un véritable « Ness » (Miracle), comme l’énoncent les ‘Hakhamim dans le Midrach (Bamidbar Rabah, 19, 23). 

Pour comprendre la nécessité d’une réparation supplémentaire qui devait être effectuée au moyen de la vue du serpent, en plus de la prière de Moché Rabénou, Rav Bérézowski explique que la gravité de la faute consistait dans le fait de ne pas accepter la Volonté et la Direction du Créateur. Les Bené Israël s’étaient plaints du manque de nourriture et de boisson, alors qu’ils disposaient de la Manne et du Puits (de Miryam). Ils exprimaient ainsi une insatisfaction de la « manière » dont Hachem répondait à leurs besoins. Le « menu » n’était pas « à leur convenance » …

Rav Bérézowski explique que l’objectif de notre existence est que le Juif soit « satisfait de sa part » (Michna Avot 4, 1), comme son Créateur le guide. La faute la plus grave est d’être en contestation avec Hachem, et de souhaiter autre chose que ce que Hachem lui a destiné. 

Il explique que c’était là l’essence des dix épreuves d’Avraham Avinou. A la différence de Nissyonot (épreuves) comme la fournaise de Nimrod, ou de la Akédat Its’hak (la « Ligature » de Its’hak sur l’Autel) où l’épreuve était dans l’action, la majorité des Nissyonot qu’a affronté Avraham Avinou consistaient dans sa « réaction » intérieure aux évènements. Les faits étaient au-delà de son contrôle, et tout ce qui restait à sa décision était d’accepter la manière dont Hachem conduisait son existence, plutôt que de s’insurger contre une situation pénible. C’est en réponse à cette faute d’insatisfaction des Bené Israël que Hachem a envoyé les serpents

Le Serpent qui avait provoqué la faute d’Adam et ‘Hava en les incitant à douter de la bienveillance sans réserve de Hachem (Beréchit 3, 1-5) fut puni par le fait de manger « de la terre » pour toujours (Beréchit 3, 14). Hachem lui signifiait par cela qu’Il ne voulait plus « avoir à faire à lui », ni à ses « demandes » pour la subsistance : « trouve partout tes besoins sans Me solliciter ! » La Guemara (Taanit 8a) souligne que le serpent, bien que n’ayant aucun besoin matériel, mord sans nécessité. Il manifeste ainsi son ingratitude fondamentale. C’est pourquoi la punition des Bené Israël qui avaient montré leur insatisfaction face à Hachem consistait dans la morsure du serpent … 

Rav Bérézowski souligne qu’en introduisant cet épisode par : « l’âme du Peuple s’essouffla dans le chemin » (21, 4), c’est-à-dire que la difficulté les fit trébucher, la Torah vient nous apprendre que même dans les circonstances les plus difficiles, l’objectif est que le Juif accepte la Volonté de Hachem telle qu’elle est, sans la moindre contestation !

Rav Sim’ha Zissel Ziv (‘Hokhma OuMoussar, I, p.136) cite le Targoum (Traduction-explication de la Torah basée sur les paroles des ‘Hakhamim) qui traduit différemment la contestation des Bené Israël face à Hachem et face à Moché. Concernant Moché Rabénou, il traduit par « querelle », tandis que face à Hachem il traduit par « indignation », qui consiste en un sentiment intérieur d’injustice non exprimé

Rav Sim’ha Zissel souligne que le Targoum vient ainsi « limiter » la faute : les Bené Israël n’en sont pas arrivés jusqu’à des « récriminations » formulées. La Torah leur reproche toutefois ces sentiments au même titre que s’ils les avaient exprimés, car face à Hachem, la pensée équivaut à la parole. Il conclut, comme Rav Bérézowski, que l’épreuve consistait dans le fait d’accepter pleinement la démarche de Hachem, conscients qu’Il ne nous prodigue que des bienfaits illimités, même lorsqu’Il nous soumet à des épreuves. 

Rav Sim’ha Zissel tire de cet épisode la leçon que telle est également notre mission dans l’existence : savoir reconnaitre, comme Avraham Avinou, le ‘Hessed (bienfait gratuit sans fin) de Hachem dans toutes les circonstances de notre existence.

Les Nissyonot (épreuves) auxquelles nos ancêtres prestigieux furent confrontés nous ont ouvert la voie de la vie en harmonie intégrale avec la Volonté de Hachem