בס »ד
Behaalotekha
A la fin de la Paracha Behaalotekha (Bamidbar 12, 1-16) la Torah nous décrit une « faute » commise par Miryam et Aharon et la réponse de Hachem à leur « jugement » erroné sur Moché Rabénou.
La Torah dit : » Miryam parla, et Aharon relativement à Moché, au sujet de la femme « Couchite » qu’il avait prise, car il avait épousé une femme « Couchite ». Ils dirent : « Est-ce que « seulement uniquement » avec Moché que Hachem a parlé ?! N’est-ce pas qu’avec nous également Il a parlé ». Et Hachem « entendit ». Et l’homme Moché était très « anav » (« réservé »), plus que tout homme sur terre. »
La Torah décrit ensuite la réponse de Hachem à leur critique. Hachem les convoque « brusquement » puis s’adresse à Aharon et Miryam pour leur définir les différences fondamentales entre leur degré de Nevoua (Prophétie), et celui de Moché Rabénou, afin de leur souligner la faute qu’ils ont commise en parlant sur Moché …
Ce passage est obscur en lui-même, ainsi que sa place à cet endroit de la Torah ?!
Quelle était la nature de leur faute ?
De plus leur critique sur Moché n’est pas du tout explicite dans les versets !
Qui sont les personnages en cause ?
En quoi consiste l’intervention de Hachem ?
Gardons-nous, enfin, de commettre nous-mêmes une faute en « banalisant » cet épisode, et en le ramenant au niveau de nos propres erreurs !
Le terme « Couchi » qui désigne un peuple « noir de peau » étonne, dans la mesure où l’épouse de Moché Rabénou, Tsipora, était « Midianite » et non « Couchite » ?!
La Guemara (Moed Katane, 16b) explique que la Torah souligne par ce terme que tout comme un « Couchi » est remarquable par sa peau, ainsi Tsipora était « remarquable » par ses actions exceptionnelles …
Le Targoum (traduction explication en Araméen) explique que Miryam et Aharon critiquaient le fait que Moché Rabénou se soit séparé de son épouse, Tsipora. Ils arguaient (12, 2) que la Nevoua (Prophétie) ne pouvait pas justifier une telle démarche, puisqu’eux-mêmes recevaient la Nevoua, sans que cela les ait obligés à une telle démarche !
Rachi explique que Miryam avait pris l’initiative de cette discussion avec Aharon car elle avait compris d’une remarque de Tsipora que Moché Rabénou s’était séparé d’elle : lorsque Eldad et Médad « prophétisèrent » dans le camp (11, 26-29), Tsipora plaignit leurs épouses car ils allaient se séparer d’elles comme son propre mari s’était séparé d’elle.
Cette explication de Rachi justifie la place de cet épisode ici, alors que le retrait de Moché Rabénou de la vie conjugale datait en fait du Don de la Torah (Devarim 5, 27-28 ; Guemara Chabat 87a).
Aharon et Miryam ne critiquaient pas l’initiative de Moché Rabénou comme nous sommes, malheureusement trop habitués à le faire envers tout un chacun ! Ils analysaient ses actes dans un but constructif, pour en comprendre la justification, et même, selon certains Commentateurs, en sa présence…
Rav Avraham Its’hak Barzel (Iyouné Rachi) explique qu’ils s’étonnaient de la démarche de Moché au titre de la Mitsva de procréer, et également pour la souffrance, injustifiée selon eux, infligée à Tsipora.
Hachem leur répondit en soulignant la différence fondamentale entre leur niveau de Nevoua (Prophétie) et celui de Moché Rabénou, qui justifiait une disponibilité de chaque instant : « … Si quelqu’un parmi vous accède à la Nevoua de Hachem, par une « apparence » Je Me fais percevoir, dans un « rêve » Je lui parle. Il n’en est pas ainsi pour Mon Serviteur Moché, dans toute Ma « Maison » il est fiable. « Bouche face à Bouche » Je lui parle, et une « vision », et non des « énigmes », et « l’Image » de Hachem il contemple. Et pourquoi n’avez-vous pas craint de parler sur Mon Serviteur, sur Moché ?! » (12, 6-8).
Rachi explique que par ces paroles Hachem distingue « Moché » de « Mon Serviteur » pour souligner qu’il y a ici une double faute au titre de deux « qualités » : le fait qu’il s’agisse du « Serviteur » au plus haut niveau de Hachem, et la grandeur spécifique de Moché.
Rachi ajoute que Hachem critiquait leur démarche ainsi : si leur propos était dû à l’impression d’une « erreur » d’appréciation » de Moché par Hachem, ce serait encore une faute bien plus considérable !
Sforno souligne que Hachem reproche à Aharon et Miryam qu’ils pensaient peut-être que Hachem « flatterait » Moché Rabénou, malgré une faute de comportement, soit, ils s’imaginaient qu’ils percevaient mieux les actes de Moché que Hachem Lui-même, ce qui aggraverait le reproche de Hachem à leur encontre …
Rav Yossef Yehouda Leib Bloch (Chiouré Daat, Goufa Chel Torah) explique le « Gouf » (« corps ») qu’est le texte de la Torah par rapport à la « Nechama », l’intériorité même de la Torah, aux niveaux les plus élevés de la Création. Il explique que dans certains cas, comme ce passage, les notions profondes de la Torah ne peuvent pas être « traduites dans le langage courant qui nous est accessible. Dans de tels cas, la Torah n’exprime dans sa forme « accessible » qu’une « allusion » aux notions visées.
La discussion d’Aharon et Miryam se situait en réalité dans des « sphères » spirituelles élevées : ils se trompaient sur la dimension réelle de Moché Rabénou, et il n’y a pas dans le « corps » de la Torah qui se présente à nous de termes pour exprimer le sens profond de leur démarche.
La « réponse » de Hachem à Miryam et Aharon ne consiste pas en une simple remontrance pour une faute, mais il y a ici des allusions touchant aux « secrets » de la Torah qui n’ont pas place dans « l’enveloppe » qu’est la forme « écrite » de la Torah. Le but est alors de nous apprendre, dans la mesure de notre perception, ce qui peut s’appliquer à notre dimension.
Rav Its’hak Ayzik Scherr (Leket Si’hot Moussar I, p.298) analyse cet épisode. Il souligne tout d’abord qu’une approche « simpliste » de la faute de Miryam serait de notre part une faute de « Lachone Hara » (Médisance) à l’encontre de Miryam ! Nous serions ainsi en « porte à faux » avec le but exprimé de ce récit de la Torah, comme il apparait du verset (Devarim 24, 9) « Souviens-toi de ce que Hachem a fait à Miryam … » qui nous met en garde contre le Lachone Hara, justement …
Rav Scherr ajoute qu’avant toute étude d’un texte de la Torah, il est indispensable de considérer la dimension réelle des Neviim (Prophètes), ainsi que de l’ensemble de la génération qui a reçu la Torah.
Nous avons l’habitude de définir les Neviim comme des « Mal’akhim » (« Anges »), ce qui ne résout aucunement la difficulté. En effet, savons-nous « à quoi ressemble » un Mal’akh ?!
De même, comment serions-nous à même de nous représenter les hommes qui ont « entendu » la « Voix » de Hachem au Mont Sinaï ?!
Le Rambam (Hilkhot Yessodé HaTorah, chapitre 7) définit l’essence de celui qui accède à la Nevoua (Prophétie).
Le Kouzari (I, 103) s’attache également à décrire la grandeur des Neviim et de la génération de Matane Torah.
Ces descriptions dépassent tout ce que nous pouvons imaginer comme grandeur et élévation !
Comment pourrions-nous alors comprendre les sentiments et les pensées de tels personnages ?!
Toute notre perception de ces éléments, comme également celle des paroles des versets (Chemot 19, 3 ; 24, 18) : « … et Moché « monta » vers Dieu… et Moché entra dans la « nuée » et monta vers la Montagne … », s’apparente aux « images d’Epinal » qui représentent les « Anges » avec « des ailes blanches » sortant du « pressing », et encore recouvertes du plastique de protection contre la souillure …
Rav Scherr nous ramène à une vision appropriée : nous, simples êtres humains, ne pouvons pas nous représenter simplement l’épisode de Miryam, comme les mots semblent le décrire, à la dimension d’hommes de notre environnement. La démarche de Miryam face à Moché consistait dans une étude approfondie des obligations d’un être de leur dimension de Neviim. Etant eux-mêmes Neviim, Miryam et Aharon s’interrogeaient sur la nécessité d’une démarche comme celle de Moché Rabénou ?
Rav Scherr remarque qu’il est totalement inconcevable que « Hachem entendit » puisse être compris au sens littéral.
Hachem Se serait-Il manifesté par Nevoua (Prophétie) pour sanctionner un véritable « Lachone Hara » (Médisance) ?!
L’intervention de Hachem doit être « découpée » en deux parties : la définition de la Nevoua particulière de Moché Rabénou, et ses différences avec celle des autres Neviim doit être comprise comme un « cours » de Torah profonde que Hachem octroie à Ses deux Neviim qui étaient les Guides de leur génération (par le mérite d’Aharon les Bené Israël bénéficiaient des « Anané Cavod », des Nuées spirituelles qui protégeaient le camp des Bené Israël ; et par le mérite de Miryam les Bené Israël furent abreuvés par le Rocher duquel l’eau s’écoula pendant quarante ans …).
Toutefois, comme nous le voyons au long de la Torah, Hachem est « exigeant » avec les Grands Tsadikim, et sanctionne particulièrement leurs erreurs les plus imperceptibles à notre regard. C’est la seconde partie de l’intervention de Hachem, en « sanctionnant » la faute …
Sous cet aspect, ce passage de la Torah et la leçon que nous devons en tirer, prennent une autre dimension : il ne s’agit plus de comparer nos « dérapages » de Lachone Hara à la « faute » de Miryam ! Nous devons apprendre ici les limites de notre « investigation » dans la Torah : nous avons, certes, la Mitsva d’approfondir notre étude de la Torah ; mais nous devons rester conscients des limites qui marquent la frontière entre ce qui nous est compréhensible et ce qui nous est totalement inaccessible.
Rav Guerchon Libman (« Rabénou », Talmid du Saba MiNovardok, fondateur des institutions « Ohr Yossef » à Armentières en France) développe dans son Deguel HaMoussar, (p.191) la différence fondamentale entre notre « Kin’a » (jalousie), et ce qui se définit comme « Kin’a » chez les Tsadikim.
Chez nous, la « Kin’a » est une simple jalousie de ce que « l’autre » accède à l’attention publique que nous voudrions nous approprier totalement.
Chez les personnages décrits dans la Torah, la « Kin’a » est d’une tout autre sorte. Même la tension entre Caïn et Hevel décrite dans la Torah ne peut pas être comprise comme un sentiment ordinaire. Ils étaient seuls sur Terre ! De qui auraient-ils pu recevoir de la considération ?
La concurrence entre eux que décrit la Torah ne pouvait se situer qu’au niveau le plus élevé du lien avec Hachem !
De même, lorsque Miryam parle avec Aharon sur Moché Rabénou, c’est l’aspiration à la perfection qui s’exprime par sa bouche !
Chez les personnages décrits dans la Torah, la « Kin’a » prend un autre sens !
La Paracha nous montre ici un modèle de grandeur pour nous mettre en garde contre la tendance à la médiocrité caractéristique du monde environnant, qui mène à toutes les bassesses.
Cet épisode souligne tout particulièrement comment au sein même de la « sanction » qui frappe Miryam, Hachem retarde le déplacement de tout le Peuple D’Israël pendant une semaine (12, 15) afin de nous montrer la grandeur réelle d’un Navi, sur lequel nous devons prendre exemple.


