בס »ד
lLe second jour de Yom Tov de Chavouot qui s’ajoute ce Chabat en dehors d’Erets Israël entraîne cette année un décalage de lecture hebdomadaire entre Erets Israël et les communautés extérieures.
En Erets Israël nous lisons la Paracha Nasso, tandis qu’en dehors d’Erets Israël on lit un passage relatif à Yom Tov. La Paracha Nasso sera lue le Chabat suivant quand en Erets Israël sera lue la Paracha Behaalotekha …
Ce décalage se poursuivra jusqu’au Chabat où on lira en Erets Israël la Paracha Balak, tandis qu’en dehors on lira les deux Parachiot ‘Houkat et Balak.
La Fête de Chavouot vient à nouveau conclure la période du Omer depuis Pessa’h.
Rav Dessler cite plus d’une fois (voir Mikhtav MeEliahou, II, p. 21) les paroles de son Maître Rav Tsvi Hirsch Broydé qui enseigne que nos « Fêtes » ne sont pas de simples « commémorations » d’évènements « historiques », mais des « étapes » dans le temps.
Le Temps ne s’écoule pas sur l’homme, mais l’homme évolue dans « l’espace » du temps (même si c’est toujours dans le même sens, le retour étant impossible …).
Ainsi chaque moment de notre année fixé par la Torah est un « rendez-vous » avec une « station » qui possède ses caractéristiques particulières. Chaque semaine, nous atteignons la « station Chabat » qui nous apporte le même influx que le premier Chabat de la Création. De même les Moadim (« Fêtes ») que la Torah nous ordonne sont autant de « Stations » où nous bénéficions du « climat » spécifique du moment.
Dans la Tefila, nous définissons Chavouot comme « moment du Don de notre Torah ». Toutefois la Torah n’est pas « donnée » gratuitement, mais doit s’acquérir, que ce soit dans l’accomplissement des Mitsvot, ou dans l’acquisition de sa connaissance, au prix d’efforts considérables et permanents.
Par ailleurs, dans la Hagadah du soir du Seder de Pessa’h nous disons, parmi les quinze étapes de notre Délivrance d’Egypte : « S’Il (Hachem) nous avait approchés devant le Mont Sinaï, et ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi… ». Que signifierait la « Station » devant le Mont Sinaï sans le Don de la Torah ?!
La Guemara (Chabat 146a) nous apporte un élément de réponse, en expliquant que le « Na’hach » (le « Serpent ») qui séduisit ‘Hava pour manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance, introduisit en elle une « Zouhama » (« souillure »).
Les Bené Israël qui se tinrent face au Mont Sinaï : « Passka Zouhamatan » (furent libérés de cette « souillure »), tandis que le reste des hommes restèrent porteurs de cette « souillure ». (La Guemara (Avoda Zara 22b) donne une illustration des implications de cette souillure dans le comportement, la tendance à la zoophilie).
Ainsi l’acquis essentiel, la préparation à Matane Torah, le Don de la Torah, est la « libération » des conséquences de la faute de Adam et ‘Hava, suite à « la Station devant le Mont Sinaï » …
Quelle est la nature de cette « souillure » ? Comment les Bené Israël en ont-ils été libérés ? Et comment devons-nous vivre le passage annuel à cette « Station » Chavouot où nous devons renforcer notre libération personnelle de cette souillure ?
Dans Vaet’hanan, le Maguid MiDouvna explique le Midrach relatif au verset dans Devarim (4, 7) : « Car quel est le Grand Peuple qui a Hachem proche de lui ?! » : « Car lorsqu’ Adam fut créé, il était très proche de Hachem ; puis lorsqu’il fut détourné par le « Na’hach », il fut chassé du Gan Eden, et Hachem l’éloigna. Lorsque les Bené Israël se tinrent face au Mont Sinaï, leur souillure se retira, et ils étaient proches de Hachem au point de pouvoir recevoir la Torah qui exige la Tahara (Pureté) et la proximité à Hachem ».
En quoi consiste cette « proximité » à Hachem ?
Rav Ye’hezkel Sarna (Dalyot Ye’hezkel, III, p.215) explique qu’il n’y avait plus le moindre écran qui freinait les Bené Israël d’accomplir la Parole de Hachem. Ils étaient affranchis de toute servitude spirituelle, prêts à agir immédiatement, comme les Mal’akhim, à la différence des serviteurs qui doivent d’abord entendre l’ordre pour évaluer leur capacité à y obéir !
Rav Yehouda Leib ‘Hasman (Or Yahel, Torah, Emor) explique que lorsque les Bené Israël se sont tenus face au Mont Sinaï, leur perception de Hachem s’est affinée au point que toute idée de faute les a quittés.
Rav Avraham Grodzinski (le Machguia’h de la Yechiva de Slabodka, qui fut assassiné pendant la Choa) (Torat Avraham, p.6) analyse les paramètres de la « Grandeur ». Il souligne divers domaines où s’expriment la souillure de la faute ou son absence. La Guemara (Sanhédrin 57a) dit que chez les non-juifs, la pénalisation du vol s’applique jusqu’à moins que la valeur d’une « Perouta » (la valeur minimum légale dans les règles de la Torah), car ils ne sont pas susceptibles de renoncer même à une valeur aussi infime.
Rav Grodzinski explique qu’il ne s’agit pas d’une « critique » de leur approche, mais le constat qu’il n’est pas dans la nature humaine de céder si peu que ce soit.
Ce n’est que par l’accession des Bené Israël à un niveau de vécu différent que les ‘Hakhamim définissent par « Le Peuple d’Israël, ils sont « Ra’hmanim bené Ra’hmanim » (Les Bené Israël sont bienveillants fils de bienveillants) que la notion de « renoncer à une valeur infime » est apparue. Il cite également la Guemara Avoda Zara (citée plus haut). Il précise qu’il ne s’agit pas de « qualités » ou de traits de caractère, mais d’une tendance profonde qui échappe presque au choix de l’individu, mais qui constitue une « noblesse » innée qui traverse les générations.
Telles sont les caractéristiques du Peuple de Hachem définis par les ‘Hakhamim comme « Ra’hmanim, Baychanim, Gomlé ‘Hassadim » (bienveillants, « réservés », prodiguant le ‘Hessed – la générosité gratuite). Ce sont les conséquences de la présence face au Mont Sinaï.
Rav Yossef Tsvi Salant (Beér Yossef, p.68) explique que c’est le fait de « stationner » face au Mont Sinaï depuis Roch ‘Hodech Sivan jusqu’au jour du Don de la Torah qui a agi sur les Bené Israël pour les « affiner », et les purifier et les « sanctifier » jusqu’au niveau des Mal’akhim (« Anges ») du fait de la Chekhina (Présence Divine) qui se manifestait sur la Montagne.
Cette explication justifie cette déclaration qui nous interpelle dans la Hagadah de Pessa’h : « S’Il nous avait approchés devant le Mont Sinaï, et ne nous avait pas donné la Torah cela nous aurait suffi… ».
Rav Salant cite encore le Colbo (un Livre de Halakha de l’époque des Richonim) qui dit que « Passka Zouhamatan » signifie que tout doute relatif à « l’Unicité » de Hachem les abandonna, car ils virent Sa Gloire sans équivoque. Rav Salant explique que cet acquis des Bené Israël à partir du Mont Sinaï resta (même après la faute du Eguel) et perdure à travers les générations. C’est au point que la Guemara dit (Nedarim 20) : « Quiconque n’a pas la « gêne sur son visage », c’est-à-dire la « réserve » qui caractérise les Juifs, certainement ses ancêtres ne se sont pas tenus au Mont Sinaï ! (Il faut peut-être comprendre : « il a perdu le lien avec ses ancêtres » puisqu’il lui reste des proches qui ne méritent pas cette « critique » acerbe … C’est l’explication que j’ai reçue de Mon Rav, Rav ‘Haïm Yaacov Rottenberg zatsal, relativement à un texte comparable …).
Rav Moché Ye’hiel Epstein développe abondamment dans son ouvrage Beér Moché la notion de la « Zouhama » de la faute initiale, et sa réparation lors de Maamad Har Sinaï (« Station » face au Mont Sinaï).
Il définit la faute (Beér Moché Bamidbar p.503) comme un manque de « Temimout » (intégrité) et de Yacherout (droiture). La faute consiste dans le fait de faire des « calculs » (Beér Moché Devarim, p.649) comme le dit le verset (Kohélèt 7, 29) « Dieu a fait l’Homme droit, et ils ont cherché des calculs nombreux ! ».
Adam et ‘Hava avaient voulu augmenter le mérite de leur Avoda à Hachem en amplifiant le niveau de l’épreuve (en introduisant en eux le Yetser Hara, le Penchant du Mal) (Voir également Mikhtav MeEliahou de Rav Dessler, II, p.137). C’est en cela que se situait la faute !
L’Homme ne doit pas faire des calculs personnels face à la Mitsva de Hachem. Il doit simplement obéir !
Lorsque les Bené Israël ont dit « Naassé venichma » (Nous ferons et nous écouterons) au moment de Matane Torah, sans s’interroger sur la mesure des Mitsvot, et sur leur capacité à les accomplir, ils ont alors restauré leur intégrité dans la relation à Hachem. C’est la définition de « Passka Zouhamatan » !
Rav Epstein explique encore (Beér Moché Chemot, p. 77 ; 741 ; Vayikra p.65 ; 517) que la faute est la « Gaava »(l’orgueil) et sa réparation, la « Anava » (« Modestie », « Réserve »). La faute consiste dans l’affirmation par l’Homme de sa propre analyse face aux enjeux qu’il affronte. La réparation réside dans le fait de comprendre la place réelle de l’Homme face à Hachem, sans « calculs » personnels, dans une soumission sans restriction aucune.
Il ressort de ces explications que les efforts des Bené Israël pendant les sept semaines qui ont suivi la Sortie d’Egypte, puis la contemplation du Mont Sinaï pendant la semaine qui précéda le Don de la Torah, la perception claire de leur « infériorité » absolue face à Hachem les firent accéder à une réelle perception de la Présence de Hachem dans leur existence, qui purifia leur personne de la « Gaava », source de toutes les tendances à « s’affranchir » du » Joug » de Hachem.
Le Maharcha (Guemara Avoda Zara 3a) souligne que selon ce que la Guemara dit (Chabat 86b) que le Don de la Torah eut lieu le Chabat, il s’avère que la Torah a été donnée le cinquante-et-unième jour après la sortie d’Egypte. Or la Torah nous prescrit de fêter Chavouot le cinquantième jour du Omer ?! Il répond que nous fêtons, non le jour où Hachem nous exprima les Dix Commandements, mais la veille, le jour où les Bené Israël atteignirent le niveau de préparation nécessaire pour recevoir la Torah !
C’est ce niveau que nous sommes appelés à raviver en nous à Chavouot qui est, non pas le Jour où nous avons « appris » la Torah, mais le Jour où nous avons atteint le niveau de préparation indispensable pour accéder à la Torah.


