Rav Shaoul David BOTSCHKO – 097 – Choftim – 5786

Choftim

De la Eglá Arufá au mois d’Eloul

À la fin de la paracha, nous découvrons le rituel de la génisse décapitée (eglá arufá), accompli lorsqu’un homme est retrouvé assassiné sans que le meurtrier ne soit identifié. Les membres du grand tribunal (le Sanhédrin) siégeant dans la ville la plus proche du lieu du crime doivent alors faire cette déclaration publique : « Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux ne l’ont point vu » (Deutéronome 21, 7).

Commentant ce verset, Rachi précise :

« « Nos mains n’ont pas versé » – Est-il venu à l’esprit que les sages du tribunal sont des assassins ? Non, cela signifie plutôt : nous ne l’avons pas vu et nous l’avons laissé repartir sans provisions et sans escorte. »

Puis, les prêtres prononcent la prière : « Accorde l’expiation à ton peuple Israël ».

À la lumière de ces mots, une question fondamentale s’impose : si le Sanhédrin a parfaitement rempli sa mission, sans négliger aucun membre de sa communauté, et qu’il peut l’affirmer en toute conscience, pourquoi requiert-il une expiation pour un drame étranger à sa faute et à son action ? Que pouvait-on exiger de plus de sa part ?

Cet enseignement révèle une vérité profonde : le peuple d’Israël forme un tout indivisible. Lorsqu’un meurtre est commis en son sein, il s’agit d’une blessure infligée au corps tout entier, et ce, même en l’absence de négligence manifeste. La responsabilité morale des dirigeants et des sages est vertigineuse ; ils sont comptables de la moindre défaillance morale au sein de la société, appelés à veiller sans cesse bien au-delà du strict devoir légal.

À ce sujet, le Tana dé-bé Eliyahou (Rabba, chap. 12) formule ces accents vibrants :

« Et si tu te demandes pourquoi les soixante-dix mille hommes de Guiv’at Binyamin ont trouvé la mort, c’est parce que le grand Sanhédrin… aurait dû ceindre ses reins de cordes de fer, retrousser ses vêtements au-dessus des genoux, et parcourir toutes les villes d’Israël… pour enseigner au peuple la droiture et les voies de l’existence (dérekh eretz), jusqu’à l’ancrage définitif d’Israël sur sa terre. Or, ils ne l’ont point fait ; à peine entrés dans le pays, chacun s’est empressé de regagner sa vigne, ses celliers et ses champs, en se disant : « Sois en paix, ô mon âme », soucieux d’éviter toute fatigue superflue. »

Si le tribunal avait failli à sa tâche, l’expiation elle-même eût été vaine. Mais précisément parce qu’il a accompli son devoir avec rigueur, tout en subissant le drame d’un meurtre sur son territoire, il demeure lié à cette détresse collective et requiert, pour cela même, l’expiation divine.

À l’aube du mois d’Eloul, cette page nous invite à une introspection essentielle : quelle part d’action et de réparation pouvons-nous investir, dès aujourd’hui, pour la guérison de notre société tout entière ?

Shaoul David Botschko