Le lien entre le grand prêtre et le peuple.
Cette paracha nous enseigne que le meurtrier par inadvertance doit être exilé dans une ville-refuge d’où il n’a pas le droit de sortir – ce qui équivaut à une sanction de son acte, mais où il est en même temps protégé contre les intentions vengeresses de la famille de la victime qui n’a pas le droit de l’y poursuivre. Le meurtrier ne pourra rentrer chez lui qu’à la mort du grand-prêtre.
Pourquoi ?
Rachi (nombres 35, 25) propose deux explications.
D’une part, le meurtrier est l’antithèse du grand prêtre :
Le rôle du grand-prêtre est de faire résider la Présence divine en Israël et de prolonger les vies, alors que le meurtrier contribue à éloigner d’Israël la Présence et à raccourcir des vies. Il n’est donc pas digne de se trouver en présence du Cohen gadol.
Selon cette explication, la Thora veut insister sur la gravité du meurtre par inadvertance. Celui qui n’a pas été assez vigilant pour ne pas attenter à la vie d’autrui doit s’éloigner du grand prêtre qui personnifie l’amour du prochain et le respect de l’autre.
Lorsque nous prenons le volant de la voiture nous devons tous méditer cet enseignement et prendre conscience qu’en prenant sur la route des risques inconsidérés, voulant se rapprocher plus vite du but du voyage, on s’éloigne d’autant plus vite de Dieu.
D’autre part, la responsabilité du grand prêtre :
Autre explication : parce que le Cohen gadol aurait dû prier pour qu’un tel crime ne soit pas commis de son vivant (Makoth 11a).
Un lien mystérieux lie les chefs spirituels à leur peuple. En liant la liberté de l’assassin à la mort du grand prêtre, la Thora souligne la responsabilité de ce dernier. Par ses prières, par son exemple et son enseignement, il doit empêcher que des hommes ne respectent pas la vie d’autrui.
Ce lien est aussi porteur d’espoir : il nous enseigne que l’action des justes pour améliorer le monde peut être efficace. De cette efficacité, la responsabilité qui leur incombe est à la fois la rançon et la récompense.
Shaoul David Botschko
