Pinhas est Élie : Entre zèle destructeur et zèle constructeur
L’alliance de Pinhas : Un zèle pour sauver
À la fin de la paracha de Balak, nous rencontrons Pinhas, qui fait preuve de zèle pour le nom de D-ieu et tue Zimri ben Salou ainsi que la femme midianite. Son acte audacieux a réussi à apaiser la colère du Saint, béni soit-Il, et au début de notre paracha (la paracha de Pinhas), D-ieu lui accorde Son « Alliance de Paix » (Beriti Shalom). Cette alliance sert de témoignage divin indiquant que l’intention sincère de Pinhas ne découlait nullement d’un instinct de violence ou d’un zèle mesquin, mais d’un pur désir de sauver le peuple d’Israël de la plaie qui s’était déclarée à la suite des fautes de débauche avec les filles de Midian.
Nos Sages (He’hakhamim) nous enseignent que « Pinhas est Élie » (Pinhas hou Eliyahou). Et en effet, chez le prophète Élie également, nous trouvons un zèle immense pour D-ieu, comme en témoigne le verset :
« Il entra là dans la caverne, et y passa la nuit. Et voici, la parole de l’Éternel lui fut adressée en ces mots : Que fais-tu ici, Élie ? Il répondit : J’ai déployé mon zèle pour l’Éternel, le D-ieu des armées ; car les enfants d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels, et ils ont tué par l’épée tes prophètes ; je suis resté, moi seul, et ils cherchent à m’enlever la vie » (I Rois 19, 9-10).
Sachant que Pinhas est Élie, il nous apparaît clairement que l’intention d’Élie dans son zèle – tant lorsqu’il décréta l’arrêt des pluies que lors de ses actions merveilleuses et dramatiques au mont Carmel – était unique : empêcher le peuple d’Israël de persister dans sa mauvaise voie, afin de le sauver d’une destruction totale, à D-ieu ne plaise.
La leçon de la caverne : L’Éternel n’est pas dans le fracas
Cependant, malgré la pureté de l’intention d’Élie, D-ieu lui fait comprendre que cette voie n’est plus appropriée. C’est ainsi que la suite de l’événement dans la caverne est décrite :
« L’Éternel dit : Sors, et tiens-toi dans la montagne devant l’Éternel ! Et voici, l’Éternel passa. Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui fendait les montagnes et brisait les rochers : l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre : l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, une voix de fin silence» (ibid. 11-12).
Et c’est précisément au sein de cette voix de fin silence (Kol Demama Daka) que se trouve l’Éternel.
À travers ce dévoilement, D-ieu enseigne à Pinhas-Élie une leçon historique : ce n’est que dans des cas extrêmement rares, à une époque où la présence divine est totalement manifeste et visible (comme à l’époque du désert), que la voie pour arrêter la colère de D-ieu passe par un acte radical d’atteinte physique et de mise à mort. Dans les autres temps et pour les générations futures, il faut canaliser et orienter ce même zèle pour l’Éternel des armées vers une tout autre voie – celle de la « voix de fin silence ».
Un zèle de construction et de connexion
À quoi ressemble un zèle de « voix de fin silence » lorsque les enfants d’Israël résident sur leur terre ? Il se manifeste par la construction et par l’esprit :
- Un acte de bonté (Hessed) et de générosité supplémentaire.
- Un cours de Torah de plus pour diffuser la lumière.
- L’établissement d’une nouvelle institution éducative ou d’une école.
- La tenue d’un stand supplémentaire qui rapproche et présente la beauté du judaïsme par des voies agréables.
Voilà le véritable zèle qui est exigé de nous. Il n’est pas destiné à détruire, à ravager ou à creuser le fossé, mais il exige de notre part un don de soi dans une activité constructive, afin que la gloire de D-ieu et le respect de Ses commandements deviennent le patrimoine de tous, par amour et par volonté.
C’est uniquement par cette voie que nous éviterons, à D-ieu ne plaise, la ruine d’Israël, comme le résume le prophète Malachie dans sa prophétie sur le retour futur d’Élie :
« Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur, auquel j’ai prescrit en Horeb, pour tout Israël, des préceptes et des lois. Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l’Éternel arrive, ce jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, de peur que je ne vienne pas détruire le pays » (Malachie 3, 22-24).
Le Saint, béni soit-Il, nous enseigne ici une idée fondamentale : le zèle et l’enthousiasme intérieur sont des forces positives et cruciales, mais il est de notre devoir de les diriger, avec un dévouement immense, vers le rapprochement des cœurs. C’est la seule et unique voie qui n’entraîne pas la destruction, mais qui édifie la stature spirituelle de la nation et hâte la délivrance complète. Pinhas est Élie.
Shaoul David Botschko
