Parasha – 66 Toldot 5783

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La Paracha Toldot est la seule Paracha dédiée à Its’hak Avinou.

Quel contraste avec les autres Avot (Patriarches), Avraham et Yaacov, auxquels la Torah a consacré plusieurs Parachiot !

Rav Yaacov Kamenetski (Emet LeYaacov, p.140) explique que chacun des Avot a développé une Avoda (Service de Hachem) spécifique :

– Avraham Avinou propagea la Emouna à partir de la Mida (démarche) de ‘Héssed (don gratuit). Il enseignait que Hachem se manifeste à nous par le don de l’existence et de tous les moyens de subsistance. Ce message trouvait facilement des adhérents.

– La Avoda de Yaacov était basée sur l’étude de la Torah, et la recherche du Emet (la vérité profonde de la Volonté Divine). Bien que moins populaire que la démarche d’Avraham, le langage de Yaacov attirait néanmoins une certaine adhésion, le sentiment d’opposition entre le Emet et le Chéker (mensonge) étant accessible à chacun.

…Cependant, la Avoda d’Its’hak, fondée sur la conscience du Din (la Justice absolue) et de la retenue dans les actions pour leur conserver une valeur profonde totale, était difficile d’accès, n’attira pas “les foules” et ne produisit pas un impact marquant sur son environnement. Rav Kamenetski souligne que l’influence d’Its’hak dans la construction de l’avenir d’Israël n’est toutefois pas moindre.

De tous temps, nos ‘Hakhamim ont souligné que notre Avoda est fondée sur la somme des Midot héritées des Avot.

Entre le début (25, 19-34) et la fin (27, 1-28, 9), la Paracha est essentiellement occupée par des péripéties “matérielles” concernant Its’hak Avinou !

Le récit des forages de puits d’Its’hak, et l’hostilité des Pelichtim à ce propos (18-22) qui semblent être des sujets sans intérêt spirituel, contiennent en vérité des enseignements remarquables !

La Torah ne nous livre jamais des faits banals, et encore moins relativement aux Avot !

Le Ramban explique que chaque geste des Avot constituait la base de la construction des générations à venir (Beréchit 12,6 ; 26,20).

Rav Its’hak Ayzik Scherr (Léket Si’hot Moussar, p. 103) relie le forage des puits de Its’hak à la démarche générale des Avot qui s’attachaient à la Mida de ‘Héssed par laquelle Hachem se manifeste à nous dans la Création, comme nous l’avons déjà souligné dans nos Divré Torah.

Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah, p.170) voit dans les difficultés d’Its’hak avec les Pelichtim le signe annonciateur de l’avenir d’Israël, exposé en permanence à l’hostilité des nations.

Rav Moché Feinstein (Darach Moché, p.18) déduit de ce récit les “règles” qui régissentce genre de conflits : le premier puit s’est appelé “Essek” (argument) car le conflit était appuyé sur des “raisons”, même si elles étaient fallacieuses … Le second reçut le nom de “Sitna” (haine) car une fois amorcée la querelle, il n’est plus nécessaire de “se cacher” derrière des prétextes à la haine …

Its’hak ayant constaté la haine inextinguible des Pelichtim, ne voulut plus s’attarder à cet endroit, et même après qu’un troisième puits ait pu être creusé sans contestation, et qu’il l’ait nommé “Re’hovot” (élargissement), il ne voulut plus s’appuyer sur des miracles pour séjourner dans cet endroit dangereux.

Il quitta donc cette contrée pour retourner à Beér Chèva, lieu de résidence déjà “confirmé” chez les Avot.

Cette analyse, à première vue “politique” et pragmatique, est en réalité un enseignement profond que toutes les générations passées savaient appliquer, et que les “conceptions modernes” ont considéré et continuent à considérer comme une manifestation de faiblesse …

Rav Zalman Sorotskin (Oznaïm LaTorah, 26,15) formule cette remarque : combien d’usines et d’entreprises considérables furent détruites par les ennemis d’Israël au fil des générations, au détriment de leur propre pays, uniquement parce que ces affaires appartenaient à des Juifs ! Et le tout, sous couvert des “meilleures” raisons, comme les Pelichtim qui justifièrent l’obturation des puits laissés par Avraham par le risque qu’ils soient utilisés par des armées ennemies dans leur chemin vers leur terre (Rachi, 26,15)…

Rav Sorotskin poursuit son analyse des évènements, et souligne que même un “Juif” unique (Its’hak Avinou) était “de trop” pour les Pelichtim, quand bien-même il ne devait sa réussite qu’à ses efforts dans l’agriculture, sans le moindre lien avec “l’exploitation” de leur économie, comme c’est régulièrement l’accusation des ennemis d’Israël.

Plus loin (26,29), Rav Sorotskin attire notre attention sur le fait qu’Avimélekh se “vante” de n’avoir fait que du bien à Its’hak, en le “renvoyant en paix”, c’est-à-dire sans lui faire de mal (“juste” en s’emparant des puits que ses serviteurs avaient creusés !) …

De tous temps, les Juifs ont été chassés de leur lieux de résidence, après avoir été spoliés de leurs biens, et ils devaient être contents de sortir “vivants” de cette épreuve ! Et, comme l’a souligné plus haut Rav Sorotskin, l’attitude appropriée face à de tels évènements est dans l’exemple de notre Patriarche Its’hak !

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (26,15) voit dans l’existence d’Its’hak le début de la Galout (Exil) que Hachem avait annoncée à Avraham pour ses descendants (15,13). Et lorsqu’Avimélekh renvoie Its’hak, Rav Hirsch détecte là (26,16) la “Main” de la Providence Divine qui sauve de tous temps les descendants d’Its’hak du danger de la réussite matérielle, susceptible de les détourner du but réel de notre Peuple, l’héritage d’Avraham Avinou (18, 18-19).

Jusqu’ici nous avons découvert les explications “pratiques” des leçons de notre Paracha.

Rabénou Be’hayé (26,15) remarque qu’après avoir creusé à nouveau les puits laissés par Avraham son père, Its’hak leur attribua des noms identiques à ceux que leur avait donnés Avraham. Il dit que le fait que la Torah fasse état de ce détail montre que c’était un mérite pour Its’hak d’être resté fidèle aux voies de son père. Il voit en cela une incitation, à fortiori, à ne pas dévier des chemins de nos pères et de leurs recommandations. Il ajoute que c’est peut-être cela qui valut à Its’hak de ne pas avoir besoin de changer de nom, comme les autres Avot (Avram-Avraham ; Yaacov-Israël).

A un niveau plus profond, le Ramban relie les puits aux trois “Beth HaMikdach” (Temple) :

– Le premier Beth HaMikdach, qui fut construit par Chlomo HaMélekh, fut l’objet de tensions permanentes (“Essek”) au fil des siècles, jusqu’à sa destruction par Nevou’hadnétsar.

– Le second Beth HaMikdach, construit au retour de la Galout (Exil) à Bavel, fut sujet à l’animosité des nations encore avant sa réalisation, au temps d’A’hachvéroch, et, tout au long de son existence, l’histoire d’Israël fut marquée par la Haine (“Sitna”), jusqu’à sa destruction finale par les romains.

– Le troisième puits, nommé “Re’hovot”, représente le troisième Beth HaMikdach, dont nous attendons la venue bientôt de nos jours, et qui sera fait sans la moindre contestation, accompagné de l’élargissement de nos frontières par Hachem …

Quel est le lien entre des “simples” puits, fournissant de l’eau, et le Beth HaMikdach ?

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p.538) rapporte le Midrach (Beréchit Rabah 64,7) selon lequel un de nos Maitres relie les puits aux Degalim (les campements des Bené Israël dans le désert) qui entouraient le Michkan (le Tabernacle) Siège de la Présence de Hachem au sein des Bené Israël. 

Une autre opinion rattache ces puits aux cinq Sefarim (Livres) de la Torah.

Rav Epstein voit ici la manifestation que les actions des Avot étaient dirigées vers les générations à venir, au point que même des choses apparemment banales comme les besoin matériels humains d’eau ont, en réalité, une portée éternelle.

Chaque détail dans les actes des Avot est un enseignement vivant pour leurs descendants.

Nos ‘Hakhamim décrivent fréquemment la Torah en termes “d’eau”.

Rav Epstein souligne la différence entre “Bor” (une citerne) qui reçoit les eaux de ruissellement, et “Beér”, un puits qui recèle une source profonde. Il cite la Guemara (Avoda Zara, 19a) qui analyse le verset : “Bois de l’eau de ta citerne, et des eaux qui s’écoulent de ton puits” (Michlé 5, 15). Au début : bois de ta citerne et à la fin : de ton puits.

Rav Epstein explique qu’au début l’homme ne contient que ce qu’il a reçu comme enseignement de Torah. Ensuite, ayant intégré les enseignements de ses Maîtres, il devient lui-même une source d’eau vive de Torah.

Dans un sens comparable, Rav Chalom Noa’h Bérézovski (Netivot Chalom, p. 172) définit l’affrontement entre Its’hak Avinou et les Pelichtim relativement aux puits comme représentant la lutte des forces “négatives” dans la Création contre l’épanouissement de l’action des Avot pour établir la Présence Divine dans le Monde, et particulièrement dans les jours de la semaine. C’est ainsi que le septième puits correspond au Chabat, source de la Berakha pour tous les autres jours, de même que le septième puits.

Toutes ces explications ne sont qu’un faible échantillon de la richesse contenue dans un morceau apparemment “anodin” de la Torah.

De plus, toutes ces explications ne sont que des facettes complémentaires et non “concurrentes” du message de notre Torah éternelle.

Les explications “pratiques” ne viennent pas en opposition aux commentaires profonds, mais participent de l’entité de la Torah. Il n’est pas plus question de cantonner la portée de la Torah à ses sens “ésotériques” que de la limiter à un niveau matériel. Tout comme notre personne est l’association de notre corps et de nos dimensions spirituelles profondes, ainsi est la Torah qui est “l’âme” de la Création.

Une fois de plus, l’occasion nous est donnée, dans l’étude de cette Paracha, d’approfondir notre approche de la Torah et de capter son implication dans notre quotidien, tant au niveau concret que dans ses dimensions si élevées. 

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Rav Eliezer RISSMAK     Yechiva OHALE YAACOV    
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