Parasha – 64 Vayéra 5783

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La Paracha Vayéra montre une nouvelle étape du cheminement d’Avraham Avinou. Elle décrit les évènements survenus après qu’Avraham avait fait la Brit Mila à l’âge de 99 ans, (voir fin de la Paracha précédente), et va jusqu’à la Akéda (la “ligature”) de Its’hak Avinou sur l’Autel en tant que Korbane (offrande) à Hachem alors qu’Avraham est âgé de 137 ans (Rachi 23,2 sur le décès de Sarah).

Dans la Paracha précédente, Lekh Lekha, nous avions appris que la dimension particulière d’Avraham se définit par sa Emouna.

Les premières étapes de sa démarche étaient marquées par sa prise de conscience de la présence du Créateur dans le quotidien de Sa Création.

Le Midrach raconte qu’Avraham a considéré le monde comme un palais illuminé (ou selon d’autres commentaires “en flammes”), et s’est étonné : “Un tel palais peut-il être abandonné par Son Constructeur ?!” (Beréchit Raba 39,1). (Les commentateurs qui expliquent “illuminé”, considèrent que la constatation d’Avraham se rapportait à la perfection du fonctionnement régulier du Monde. Ceux qui expliquent “en flammes”, disent que cela vise les déprédations causées au monde par le comportement des Rechaïm (mécréants).)

Avraham concrétisa sa perception en répandant abondamment ses enseignements pour ramener les hommes à la conscience de la Présence du “Maître” du Monde. Comme nous l’avons vu, cela l’amena à la confrontation avec le Roi Nimrod, qui dirigeait l’humanité dans le refus de reconnaissance de Hachem.

Le conflit atteignit son point culminant lorsque Nimrod précipita Avraham dans la fournaise, pour sanctionner son opposition au monde de “l’ouverture” qu’il préconisait.

Il n’y a donc “rien de neuf sous le soleil”… l’Histoire a tendance à se répéter !

Les “progressistes” de toutes époques, y compris aujourd’hui en Israël et dans le monde, ont toujours pratiqué les mêmes méthodes “musclées”, comme Nimrod, pour imposer la “liberté” aux populations réticentes …. 

C’est à la suite de cette longue démarche d’Avraham que Hachem S’adressa à lui (Beréchit 12,1-3) à l’âge de 75 ans, pour lui ordonner de quitter son environnement où il avait propagé son projet de vie avec succès, pour partir vers un pays totalement étranger à son contexte d’origine.

Ce fut là le premier pas d’Avraham qui répondait à un ordre dicté par Hachem et non-plus un cheminement spontané basé sur ses convictions personnelles.

La Paracha Lekh Lekha développe cette première étape dans une vie dirigée par la Mitsva de Hachem.

Il ne s’agit plus d’un parcours basé sur des convictions personnelles, mais de la soumission réelle à l’Autorité de Hachem.

La Paracha se termine avec la Mitsva de Brit Mila, Mitsva qui scelle la différence face au monde des “idées personnelles” de “pseudo-liberté” d’opinion des hommes. Mais également un Brit (une Alliance) qui couronne le lien indissoluble et éternel entre Hachem et Avraham et ses descendants !

Un Brit n’est pas une simple déclaration de principe sans conséquences !

Ce n’est pas, comme ce qui a lieu dans le domaine humain général, où, que ce soit au niveau individuel ou collectif, les “alliances” ne tiennent que le temps des intérêts. Dès lors que les intérêts à l’origine d’une alliance n’existent plus, l’alliance est rompue sans complexes.

A l’opposé, chaque Brit mentionné dans la Torah, depuis celui, que Hachem conclut avec Noa’h après le Maboul (Déluge) (Beréchit 9,9) en continuant avec la Brit Mila que Hachem conclut avec Avraham, et jusqu’aux Britot mentionnés dans la Torah avec les Bené Israël, tous sont au niveau de l’éternité que le “Partenaire”, Hachem, représente. Tout comme Hachem est Eternel, ainsi un Brit scellé avec Lui est éternel.

Le Brit entre Hachem et les Bené Israël est donc “ferme et définitif”, et ne peut pas être altéré en quelque dimension que ce soit. Tout comme chez Avraham, le Brit est issu de sa Emouna, lien indissoluble à Hachem, il en sera de même pour les descendants d’Avraham (c’est-à-dire parmi ceux qui seront issus de lui, ceux qui justifieront de cette appellation (Beréchit 21, 12 ; “car dans Its’hak sera appelée pour toi une descendance” ; “Dans Its’hak” et pas “tout Its’hak”, ce qui exclut Essav ; Guemara Nedarim 31a).

La Paracha Vayéra vient entamer une nouvelle étape de l’élévation d’Avraham : la soumission à Hachem non seulement de ses actes, mais jusqu’à ses élans et sentiments.

La Paracha commence sur la “visite” que Hachem fit à Avraham au troisième jour après sa Mila, pour le “réconforter”. Toutefois, simultanément à une révélation de Hachem, qui représente la concrétisation du niveau acquis par la Mila, Avraham montre à ce moment-là sa véritable grandeur.

Pour commencer, Avraham souffre réellement plus de la privation de faire ‘Héssed due à l’absence de passants à accueillir (18, 1 avec Rachi) que des suites de la Mila. Et lorsqu’arrivent les trois “visiteurs” (qui sont en réalité des Mal’akhim-Anges, envoyés spécialement par Hachem sous l’apparence d’êtres humains), Avraham privilégie l’accomplissement de la Mitsva sur le cadeau de la “Présence Divine” qui lui est octroyée juste à ce moment (18, 3 – voir Rachi).

Il ne s’agit cependant absolument pas d’une “contradiction” entre le niveau élevé de la Révélation de Hachem et l’accomplissement apparemment inférieur de l’hospitalité accordée à des personnages apparemment ordinaires.

Rav Chimchon Pinkus (Tiférèt Chimchon, p. 181) souligne qu’Avraham sollicite préalablement Hachem : “Ne T’éloigne pas de Ton serviteur” !

Et tout au long de l’accomplissement de sa Mitsva d’accueil des visiteurs, Avraham reste “devant Hachem” (18, 22).

Avraham manifeste ainsi sa soumission totale et inconditionnelle à Hachem. Ce n’est pas une simple “acceptation” des Mitsvot de Hachem. C’est une réelle “absorption” du lien qui fait que Avraham n’a plus d’aspiration personnelle en dehors de ce qui correspond à la Volonté de Hachem.

Cette “résonnance” s’exprime encore dans la suite, dans son intervention pour prendre la défense des villes de Sedom et Amora dont Hachem lui annonce le destruction (18, 17-21).

On aurait pu croire que Avraham se réjouirait de l’annonce que lui fait Hachem de la disparition de ceux qui représentaient l’antithèse de sa démarche.

Avraham concrétisait au plus haut point la Mida de ‘Héssed (Don gratuit) “calquée” sur ce que Hachem manifeste comme Sa Volonté dans la Création (Pa’had Its’hak de Rav Hutner, Roch Hachana, p.39-40). Et à l’opposé, ces villes avaient mis en place un système “protectionniste” pour repousser les étrangers, “parasites” de leur opulence.

La Michna (Avot 5,13) dit : “celui qui dit : ce qui est à moi est à moi, et ce qui est à toi est à toi … c’est la Mida de Sedom !”.

Avraham aurait dû donc se réjouir de leur disparition qui renforcerait son influence. Au lieu de cela, Avraham va jusqu’à “lutter” face à Hachem (Rachi 18, 23) pour les sauver. Ce n’est pas par esprit de “système”, d’attachement personnel au ‘Héssed, un comportement qui est totalement étranger à Avraham, serviteur de Hachem.

Mais Avraham a perçu que Hachem ne lui a fait cette annonce que pour l’inciter à prier pour eux, concrétisant ainsi l’abnégation totale de tout “intérêt” personnel.

Même dans l’accomplissement des Mitsvot, nous ne sommes pas à l’abri de motivations personnelles (Voir Oznaïm LaTorah, 18, 23). Et le comportement d’Avraham nous enseigne qu’il est possible d’y échapper.

Plus loin, la Paracha (21, 9-14) relate l’épisode du renvoi de Hagar et Yichmaël : Sarah constate que le comportement de Yichmaël le fils qu’Avraham a eu de Hagar est en rupture avec l’atmosphère de la maison d’Avraham.  (Hagar est la fille du Roi Par’o, que celui-ci a donné comme servante à Sarah à la suite des Nissim (Miracles) qui ont accompagné la séquestration de Sarah dans son palais ; 12, 14-20 ; Par’o s’est dit : il est préférable pour ma fille d’être servante dans une telle maison, plutôt que princesse ailleurs …).

Il va de soi que les faits sont décrits par la Torah avec “un verre grossissant”, et que Yichmaël était réellement le fils d’Avraham et n’avait rien d’un “voyou de banlieue”, comme une lecture superficielle nous le suggère. Toutefois ses tendances l’écartaient de la conformité avec la démarche d’Avraham, et constituaient un danger pour l’épanouissement d’Its’hak, dont la destinée était de prolonger l’élan d’Avraham dans le monde.

Sarah attira l’attention d’Avraham sur ce problème et lui suggéra d’éloigner Hagar et Yichmaël.

Hachem confirma à Avraham le bien-fondé de cette demande, et celui-ci accomplit immédiatement cette action.

Rachi (21,11) explique que la peine d’Avraham mentionnée dans le verset était due essentiellement au fait que Yichmaël dévie de son chemin. Ici à nouveau, nous voyons Avraham dominer ses sentiments avec une maîtrise “surhumaine” !

Mais l’apogée de cette grandeur se manifeste à la fin de la Paracha, dans le Nissayone (épreuve) de la Akéda (la “ligature” de Its’hak sur l’autel) (22,1-19).

L’épreuve n’était évidemment pas si Avraham accomplirait la Mitsva de Hachem. La question ne pouvait certainement pas être pour Avraham d’accepter d’offrir son fils à Hachem ou de refuser ; Hachem est à chaque instant Maître de l’existence de chacun …

L’épreuve était totalement au niveau des sentiments. Mais pas, comme nous le concevrions, des sentiments “naturels” d’affection paternelle !

Rav Chalom Noa’h Bérézovski (Netivot Chalom, p.115) explique que le Nissayone était, comme nos ‘Hakhamim le disent, qu’Avraham n’a pas eu de question sur les actions de Hachem, qui apparemment se contredisaient (comme nous l’avons cité plus haut). Il a agi avec intégrité de son cœur.

Rachi nous rapporte les paroles qu’Avraham adresse à Hachem immédiatement après le Nissayone (22, 12). Avraham dit à Hachem : “Je vais développer devant Toi mes paroles : Hier, Tu m’as dit : “Car en Its’hak sera appelée pour toi une descendance. Ensuite, Tu as dit : “Prends, de grâce, ton fils …”. Maintenant, Tu me dis : “Ne portes pas la main sur le jeune homme !”.

Rav Guedaliahou Schorr (Or Guedaliahou, p.50) rapporte la question des commentateurs : pourquoi Avraham a-t-il attendu ce moment pour poser cette question, et non avant l’action elle-même ?

Il cite l’explication de Rav ‘Haïm MiBrisk :  Rav ‘Haïm repousse la réponse que c’était pour éviter ce qui aurait semblé une démarche “intéressée” (pour éviter de devoir accomplir cette Mitsva …), car ce serait une explication clairement indigne du niveau d’Avraham !

Rav ‘Haïm MiBrisk explique que toute la latitude que nous avons de poser des questions et d’analyser la Torah elle-même est liée au fait que la Torah nous a été donnée dans ce but, afin de développer la compréhension profonde de la Torah. Aussi, l’analyse a ses règles, et à ce titre, certains passages de la Torah échappent à cette Mitsva d’analyse, et il est même interdit de s’y livrer.

Ce cas se présente lorsque deux versets semblent se contredire, et il faut alors attendre de voir un troisième verset trancher la question pour pouvoir enfin permettre à notre intellect d’investiguer sur le sujet.

Ce fut le cas pour Avraham relativement aux deux “paroles” de Hachem (deux versets…) jusqu’à ce que Hachem lui dise de suspendre son action (troisième “verset” …).

Il ressort de cette explication qu’à aucun moment Avraham n’a eu la moindre question personnelle, due à ses sentiments, sur la Mitsva que Hachem lui a ordonnée. Tout est pour lui sujet de Mitsva, jusqu’au questionnement sur les messages apparemment contradictoires que Hachem lui a adressés ; ce questionnement représente pour Avraham uniquement l’équivalent d’une analyse de la Torah, sans la moindre trace d’affect.

Le Sfat Emet (année 5639) explique qu’Avraham était confronté dans cette épreuve à l’annulation de tout le projet de réalisation de la Création que Hachem lui avait annoncé par les mots “Co yihyé zar’èkha” (Ainsi sera ta descendance…).

Tout le développement de la Création devait passer par la descendance d’Avraham.

En accomplissant l’offrande de Its’hak à Hachem, Avraham rompait tout ce programme. C’est ce qu’exprime Avraham en disant “nélkha ad co” (nous irons jusqu’à “co”) avant d’avancer vers l’endroit de la Akéda avec Its’hak. C’est-à-dire qu’il s’agit maintenant pour Avraham de compenser par avance ce manque. Il doit donc “investir” son action de toute la puissance destinée initialement à être amenée dans le monde par ses descendants.

Le Sfat Emet dit qu’en vérité Avraham met une telle puissance dans sa pensée lorsqu’il se prépare à accomplir la Mitsva de Hachem et que c’est son élan qui s’investira plus tard dans tous les actes de ses descendants, donnant ainsi à toutes nos Mitsvot la puissance nécessaire pour amener la Gueoula ultime.

Ce n’est que grâce à la perfection de la Emouna qu’a atteint Avraham au moment de la Akéda que nous détenons les moyens de notre mission. Et c’est pour cette raison que nous rappelons constamment ce mérite.

Il ne s’agit pas d’un simple “souvenir”, ou d’un “Joker”… comme on se plait à le croire, mais d’une qualité profonde acquise par Avraham, et dont nous avons hérité. Toutes les étapes de la progression des Avot (Patriarches) constituent autant “d’investissements” d’aptitudes qui sont “léguées” en “héritage génétique” spirituel aux Bené Israël pour toutes les générations.

Cette Paracha concrétise ainsi un nouveau niveau dans la Emouna d’Avraham Avinou !

Voici une étape de plus dans la construction de notre identité de Peuple de Hachem. La Torah nous livre ici les clés de l’accès à la véritable Emouna, lien profond de l’âme avec notre Créateur.

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Rav Eliezer RISSMAK     Yechiva OHALE YAACOV    
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