Parasha – 61 BERÉCHIT 5783

A la sortie du mois de Tichri si riche en enseignements et en émotion nous recommençons la lecture de la Torah à partir de la Paracha Beréchit !

Chaque nouvelle lecture doit être enrichie de dimensions supplémentaires. Nous ne pouvons pas nous contenter de lire la Torah avec les yeux de notre enfance, ou avec le regard de l’année précédente…

Hachem n’a pas créé le temps comme une simple succession d’évènements, mais comme une progression de l’ensemble de la Création, et de chaque individu en son sein.

Le premier mot de la Torah, “Beréchit” est couramment traduit par : “au commencement”, sans chercher un message supplémentaire à ce mot. Cette attitude est appuyée sur notre habitude des textes humains dont la rédaction est “conventionnelle”, répondant aux normes de la littérature. Dans la Torah, qui véhicule le Message de Hachem, chaque lettre est comptée, chaque mot comporte un enseignement !

Le Midrach (Beréchit Rabah, 1, 1) introduit la Paracha par un verset de Michlé (8, 30) : “Vaéhyé ètslo amone” (j’ai été auprès de Lui “Amone”). Chlomo HaMélekh s’exprime au nom de la Torah, qui se présente comme “partenaire” de Hachem dans la Création, avec diverses facettes données au mot “Amone” par lequel la Torah est désignée.  

Le mot “Amone” peut être relié au mot “Oumane” (artisan). La Torah se définit ainsi comme “l’outil”, le “plan d’architecte, par lequel Hachem a construit le Monde.

Rabbi Yerou’ham Leivovitz (Daat Torah Chemot, p.221) souligne qu’il n’est pas concevable de croire que les Mitsvot sont “accidentelles”, ou qu’elles proviennent de circonstances de fonctionnement du Monde. Il donne comme exemple que ce n’est pas du fait que l’Homme vient au monde au moyen de parents qu’existe une Mitsva de “Kiboud Av Vaém” (respect de parents) !

Au contraire ! c’est parce que Hachem a préalablement inscrit cette Mitsva dans la Torah, qu’Il a créé le Monde sous cette forme, où chacun vient au monde par l’intervention des parents, auxquels il devra dédier son respect.

Le Malbim analyse le mot “Beréchit”, et souligne que dans le Lachone Hakodèch, un autre mot signifie également le “début” : “Te’hila” – commencer. Il remarque que le mot “Beréchit” est issu de la racine “Roch” (tête). “Te’hila” vient en rupture avec le passé, démarrage, tandis que “Beréchit” est tourné vers l’avenir !

C’est également ce qu’exprime le verset (Yechaya, 46,10) : “Il annonce depuis le début, la fin …). Là également est utilisé le mot “Réchit”, qui indique la “tête”, le début tourné vers l’avenir. Hachem programme le fonctionnement du Monde.

Rav Chimchon Raphaël Hirsch souligne que le verset d’introduction de la Torah, « Beréchit bara Elokim » vient enseigner que le Monde a été créé à partir du néant.

La Torah réfute ici la thèse de ceux qui soutiennent que la matière de base du Monde était préexistante.   

C’est le fondement de toutes les idéologies “idolâtres” jusqu’à ce jour. (Il convient bien évidemment d’inclure dans ce qualificatif d’idolâtrie toutes les “philosophies”, comme “l’évolutionnisme” qui ne reconnaissent pas, sous quelque forme que ce soit, cet enseignement premier de la Torah que Hachem a créé le Monde “ex-nihilo” avec Son but !).

Leur démarche nie la “Liberté” absolue de Hachem face au Bien et au Mal, en prétendant que la matière originelle est antérieure à Son intervention, et donc totalement indépendante de Sa volonté …

Ils se “fabriquent” ainsi une divinité “à responsabilité limitée” qui doit composer avec la “qualité” de son matériau de base et ses imperfections, (et en particulier les défauts du comportement humain …) !

La Torah nous enseigne donc ici que le Monde répond totalement à la Volonté créatrice de Hachem.

Le Monde tel que Hachem l’a créé ne comporte aucun défaut, si infime soit-il !

La possibilité donnée à l’Homme de fauter participe à cette perfection en tant que condition indispensable au “libre arbitre”, la capacité de choisir le mal, qui donne toute sa valeur au choix du bien !

En récitant le Kaddish tous les jours, nous renouvelons cette prise de conscience, en affirmant que Hachem mène la Création et l’Homme à leur accomplissement ultime.

Rav Hirsch exprime ainsi le lien entre “Beréchit “-“Tête” (le “début”), et “A’harit” (la “fin des temps”).

Rabbi Yerou’ham Leivovitz (Daat Torah, Beréchit 1, 1)   remarque que ce verset du commencement de la Création, complété par la chaîne des générations (Moché Rabénou a vu son père Amram, qui avait connu Yaacov Avinou, lequel a côtoyé Avraham Avinou, qui a connu Noa’h, dont le père Lèmekh a connu Adam Harichone ; 7 générations depuis le Premier Homme !!) nous apporte une compréhension sereine du Monde dans lequel nous vivons.

A l’opposé, les tenants des “théories” fumeuses de l’évolution doivent affronter le spectacle de l’échec de cette prétendue évolution ! Un monde où les hommes ne “croient” pas à l’existence de la Manne dans le désert, au regard des progrès scientifiques qui font penser qu’encore un peu et la mort elle-même sera vaincue … A quoi auraient donc “servi” tous ces “millions…” d’années supposés depuis le démarrage de cette “fameuse” évolution ?!

[Si, dans le cadre des périodes “historiques” dont l’humanité a gardé le souvenir, le “progrès” n’a pas apporté de résultats plus “convaincants” (violence, guerres, désordres sociaux de toutes sortes, insécurité écologique et sanitaire, et inégalités généralisées dans l’humanité …), que penser du prétendu passé ?! Et encore plus, que peut-on augurer de l’avenir d’un tel Monde ?!]

Rabbi Yerou’ham insiste sur l’importance d’étudier la Torah régulièrement, sans interruption, semaine après semaine afin d’acquérir une démarche ordonnée dans la vie. De cette manière, chacun accède à un regard complet ou il trouve lui-même sa place en tant qu’anneau dans la chaîne des générations.

Rav Yossef Salant (Beér Yossef, Beréchit,1, 1) cite le Midrach rapporté par Rachi : “Beréchit … pour la Torah qui s’appelle “Réchit” (Tête), pour Israël qui s’appelle “Réchit” (la Tête). Il rapporte, de plus, la Guemara (Chabat 88) qui enseigne que Hachem a “mis une condition” à la Création : “Si les Bené Israël acceptent (lors de Maamad Har Sinaï) la Torah, vous (les créatures) vous maintiendrez. Et sinon, Je vous ramène au “Tohou vavohou” (l’état initial du Monde au moment de la Création).

Rav Salant souligne que la validité d’une condition est liée au fait qu’elle doit être exprimée préalablement à l’action qu’elle encadre. Il explique que le mot “Beréchit” doit ainsi être compris comme la première Parole Divine qui définit l’existence de la Torah en préambule à la Création.

Rav Dessler (Mikhtav MéEliahou, III, p.200) explique qu’initialement l’humanité entière était destinée à accomplir la Avoda (le Service de Hachem).

Après la déchéance qui mena au Maboul (le déluge), ce but fut attribué à Noa’h et ses fils, les ancêtres de l’ensemble de l’humanité.

Cet objectif global fut abandonné lors de la construction de la Tour de Bavel, lorsque l’humanité voulut mettre à profit l’unité, la Mida (démarche) de ‘Hessed (Don gratuit), élément fondamental de la Création, pour accaparer le Monde physique, en se détournant du but spirituel de la Création.

Hachem sanctionna cette démarche en dispersant l’humanité, leur “‘Héssed” n’ayant qu’une dimension superficielle et intéressée.

Depuis, le Monde est en état de conflit permanent (voir l’actualité …), pour qu’une telle unité uniquement tournée vers la réussite matérielle ne le mène pas à l’échec de l’objectif de la Création, le lien à Hachem.  

L’ensemble de l’humanité a ainsi perdu sa place dans le programme principal de l’Histoire, et n’a plus que le rôle “accessoire” de “faire tourner” le monde.

Chaque nation a reçu ses caractéristiques spécifiques dans l’équilibre général.

Le rôle essentiel spirituel de “Servir” Hachem, est resté l’apanage des descendants de Chem et Ever (fils et arrière-petit-fils de Noa’h.

Toutefois, même leurs descendants sombrèrent dans l’idolâtrie, jusqu’à ce qu’apparaissent les Avot (Patriarches) Avraham, Its’hak et Yaacov, auxquels fut confiée la responsabilité de mener la Création à son but de reconnaissance de Hachem.

Rav Meïr ‘Hadach (Or ‘Hadach, p.28) cite la Michna (Sanhédrin, 37a) qui décrit le processus par lequel le tribunal responsabilise les témoins, avant de recevoir leur témoignage. Après leur avoir souligné les divers éléments de gravité des conséquences d’un témoignage dans une affaire capitale, les juges concluent en disant : “C’est pourquoi l’Homme a été créé unique … c’est pourquoi chacun doit se dire “pour moi le Monde a été créé !”.

Rav ‘Hadach développe que le témoin, et de même chaque homme, doit se dire : “Je suis important comme un Monde entier, et je ne vais pas “m’exclure” du Monde par une faute !”. Et ainsi, par cette motivation, l’homme arrive à se retenir de fauter. Chacun de nous doit être conscient de porter la responsabilité entière de la Création, et de son devoir d’en justifier pleinement l’existence.

Nous pouvons trouver une illustration de ce principe dans le verset par lequel le père explique à son fils l’importance des Mitsvot du Seder de Pessa’h (Chemot 13,8) : “pour cela Hachem m‘a fait (les miracles) lorsque je suis sorti d’Egypte !”. Dans la Haggadah que nous récitons le soir de Pessa’h nous soulignons que “cela” dans le verset désigne les éléments du Seder, la Matsa et le Maror que nous nous préparons à manger. Il ressort de là que nous disons à l’enfant que pour cette Matsa et ce Maror que je vais consommer ce soir Hachem a accompli tout le processus grandiose de la Sortie d’Egypte … Une Mitsva unique d’un seul homme justifie Toute la Création et sa “réactualisation” lors de la Sortie d’Egypte !

Ces quelques éléments d’explications nous guident pour nous permettre de lire la Torah sur la base de nos acquis des Yamim Noraïm – les “Jours impressionnants” de Tichri, où nous avons fait, chacun, les comptes de notre existence passée et à venir …

Nous pourrons ainsi retrouver l’accès à la seule vraie “fierté” justifiée, d’être conscients que nous sommes, collectivement et individuellement, dépositaires de l’Histoire authentique du Monde.  

שבת שלום !

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Rav Eliezer RISSMAK     Yechiva OHALE YAACOV    
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