Parasha – 267 – Pin’has – 5786

בס »ד

La Paracha porte le nom de Pin’has. 

La fin de la Paracha précédente nous fait le récit de l’intervention de Pin’has (fils d’Elazar, fils d’Aharon) qui s’est opposé au comportement licencieux qui s’était répandu parmi les Bené Israël suite à l’entreprise de « séduction » programmée par les Moavites sur le conseil de Bil’am. 

Hachem punit les Bené Israël par une plaie qui emporta 24000 hommes parmi les Bené Israël (Bamidbar 25, 9). 

Zimri, un « Prince » parmi la Tribu de Chimon, voulant atténuer la responsabilité des hommes de sa tribu, s’était associé à la démarche de « libération des mœurs », et avait présenté à Moché et à l’ensemble des Bené Israël une Midianite avec laquelle il était parti s’isoler dans sa tente (Bamidbar 25, 1-6). Alors que les Bené Israël ne savaient comment faire face à cette audace, et se contentaient de pleurer, seul Pin’has eut l’inspiration de réagir et suivit Zimri et transperça le couple dans son intimité (25, 7-8). Il accomplit ainsi la règle que ceux qui sont animés d’un sentiment d’emportement pour « l’Honneur de Hachem » sont appelés à frapper sur place celui qui s’unit à une non-juive. 

Cette règle n’est pas l’ouverture à une « loi de la jungle » ! 

Elle est extrêmement limitée dans son application : 

– Celui qui l’accomplit doit être exclusivement animé d’un emportement « pour (l’honneur de Hachem », sans la moindre trace de sentiment personnel. 

– Cette sanction ne peut s’exécuter qu’au moment de l’union du couple. Mais immédiatement après qu’ils se soient séparés, il n’y a plus de sentence de mort sur le délinquant. De plus ce n’est pas une réelle sentence de mort, au point que si le délinquant se retourne contre son « agresseur », il est dans son droit et n’est pas considéré comme meurtrier …

Lors de son intervention, Pin’has était donc en position de danger considérable. Il n’avait a priori aucune chance d’en sortir vivant, même s’il atteignait son objectif, car les hommes de la tribu de Chimon ne le laisseraient pas repartir indemne. 

Au début de notre Paracha, Hachem proclame que Pin’has a sauvé les Bené Israël de l’anéantissement qui les menaçait suite à la faute collective de la fin de la Paracha précédente. 

En « récompense », Hachem octroie à Pin’has Son « Alliance de Chalom ». Cette « faveur » est accompagnée de « l’alliance de Kehouna (la fonction de Cohen) éternelle » pour lui et ses descendants (25, 11-13) : « C’est pourquoi dis : Je lui donne Mon Alliance de Chalom … ».  (Pin’has, bien que petit-fils d’Aharon, n’était pas Cohen jusque-là, seuls les descendants « à venir » après la nomination d’Aharon étant destinés à cette fonction. C’est donc uniquement par le mérite de son action que Pin’has est devenu Cohen. De plus, cette faveur fit que la majorité des Cohanim Guedolim étaient descendants de Pin’has …)

La valorisation particulière de Pin’has ne s’arrête pas à ces « faveurs » dont le sens simple des versets ne précise pas la portée. Le Targoum Yonathan (Traduction explication de la Torah en Araméen) traduit : « Je lui décrète Mon Alliance de Chalom, et Je ferai de lui un Mal’akh (« Ange ») éternel, et il vivra éternellement pour annoncer la Gueoula (Délivrance) à la fin des temps ! 

Cette affirmation coïncide avec le verset : « Je vous enverrai Eliah (Eliahou) le Navi (Prophète) avant la venue du Jour de Hachem grand et redoutable » (Mal’akhi 3, 22). C’est l’annonce de la Gueoula (Délivrance) Ultime qui conclut les livres des Neviim (Prophètes). 

Quel est le lien avec l’intervention « vigoureuse » de Pin’has, qui ne semble pas avoir de rapport avec la récompense de la « longévité » ni avec le « sauvetage » des Bené Israël de l’anéantissement ?! 

De plus, la mission d’Eliahou HaNavi en préparation de la Gueoula est définie dans le verset : « Et il ramènera le cœur des pères sur les fils, et le cœur des fils sur leurs pères, de peur que Je ne vienne et que Je frappe la Terre d’anéantissement » (Mal’akhi 3, 24). Là encore apparait un rôle « positif », « Il ramènera le cœur … », comparable à ce que verset dit relativement à Pin’has (Bamidbar 25, 11) : « Pin’has … a éloigné Ma colère de sur les Bené Israël…et Je n’ai pas anéanti les Bené Israël … ». 

Or Eliahou HaNavi lui-même a exercé un rôle « vigoureux » comparable à celui de Pin’has, comme le Navi le décrit : « Comme est « vivant » Hachem Dieu d’Israël … il n’y aura pas de rosée et de pluie si ce n’est selon ma parole ! » (Melakhim I, 17, 1). Cette déclaration était adressée par Eliahou à A’hav, Roi du Royaume d’Israël, promoteur de l’idolâtrie dans son Royaume, qui venait de souligner que la Kelala (malédiction) de Moché (dans la Torah, Devarim 11, 16-17)) contre la Terre en cas d’idolâtrie ne s’était pas réalisée. 

Le Prophète Eliahou réagit au ‘Hilloul Hachem (profanation du Nom de Hachem) en exprimant ce décret. Plus tard (Melakhim I, 18, 19-40), après trois ans de sècheresse, Eliahou convoqua tout le Peuple à une confrontation avec les « prophètes » d’idolâtrie, dans laquelle les deux « partis », les idolâtres et Eliahou devraient préparer un sacrifice. Le parti qui recevrait le feu du Ciel serait alors reconnu comme étant le seul véridique ! 

A l’issue de ce « test », les Bené Israël proclamèrent par deux fois : « Hachem est HaElokim ! », revenant ainsi à la fidélité sans réserve à Hachem. 

En conclusion de cet épisode, Eliahou ordonna aux Bené Israël de se saisir des « prophètes de Baal » et il les exécuta. 

Pin’has et Eliahou eurent en commun de réagir au ‘Hilloul Hachem. Ceci explique la continuité soulignée par nos ‘Hakhamim entre leurs existences, et leur « longévité » qui s’étend jusqu’à la fin des temps. Tous deux sont définis comme « Mal’akhim » (« Anges ») pour souligner leur retrait de l’existence matérielle naturelle, en accédant à la vie spirituelle intégrale. Or tous deux sont décrits comme ayant un rôle « pacificateur » ?!

Quel est le lien entre les deux dimensions apparemment opposées, la réaction violente au ‘Hilloul Hachem et le Chalom, de chacun de ces deux personnages de l’Histoire ?

Comment comprendre leur rôle « éternel » qui s’étend jusqu’à la Gueoula Ultime ?

Sforno explique que le Chalom octroyé à Pin’has consiste dans la libération de l’emprise du Mal’akh HaMavèt (L’Ange de la Mort).  La mort est due aux « conflits » entre éléments antagonistes dans l’organismePin’has s’étant élevé au-dessus de cette réalité naturelle, il n’était plus vulnérable à ce phénomène général. Sforno explique que la Kapara (« Réparation ») effectuée par Pin’has au profit des Bené Israël consiste dans le fait qu’il a « pris cause » pour Hachem devant eux, et a ainsi réparé leur passivité face à la faute de Zimri par leur silence face à son intervention. 

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p.644) cite le Baal HaTourim qui relie la déclaration de la récompense de Pin’has (25, 12) « C’est pourquoi dis … ! », à la déclaration que Hachem adresse à Moché Rabénou au seuil de la Sortie d’Egypte : « C’est pourquoi dis aux Bené Israël : Je suis Hachem ! Et Je vous sortirai… » (Chemot 6, 6).

Sforno explique que le rôle de Pin’has et d’Eliahou poursuit la mission de Moché Rabénou d’inculquer aux Bené Israël la conscience de « Anokhi », « Je », qui introduit le Premier Commandement : « Je suis Hachem … ! ».

De même le verset (Malakhi 3, 22) commence par « Anokhi » : « Je vous enverrai Eliahou … ! ». 

Le rôle du Machia’h, qui sera introduit par Eliahou HaNavi, consiste à faire pénétrer dans le cœur des Bené Israël la conscience de « Anokhi Hachem Elokèkha ! ». C’est donc le prolongement de la proclamation des Bené Israël au Mont Carmel avec Eliahou : « Hachem Hou HaElokim ! ». 

Rav Epstein ajoute au nom du Ari Zal que c’est également le sens de l’affirmation que Eliahou résoudra les difficultés dans l’étude formulée dans la Guemara (« téykou » = « Tichbi (Eliahou) Yetarets Kouchyot Ouba’yot » : « Tichbi (Eliahou) résoudra les difficultés et les questions »). Un certain nombre de questions non résolues sont ponctuées dans la Guemara par cette expression « téykou ». Toutes les difficultés rencontrées dans l’étude de la Torah représentent autant d’obstacles à la perception claire de la Volonté de Hachem dans la Torah. La Gueoula Ultime implique une clarté totale de la connaissance de la Torah. 

Rav Chalom Noa’h Bérézowski (Netivot Chalom p. 153) explique le sens du mot Chalom comme « Chlémout », « accomplissement ». Le Chalom ne se résume pas à la « non-belligérance » ! 

La Création est pleine de « mélange de Bien et Mal », contradictions issues de la faute d’Adam Harichone. 

Le Chalom est l’accomplissement total de la Création qui ne se réalisera que par la séparation du Bien et du Mal. Il n’y aura alors plus aucune opposition dans la Création.

Rav Bérézowski cite le Maharal (Derekh ‘Haïm, Avot 1) qui explique que la Chlémout comporte trois composantes : être « entier avec son Créateur, entier avec ses prochains, et entier avec soi-même.

Lorsque les aspirations du « cerveau » et du « cœur » divergent, il y a « querelle » à l’intérieur. 

Par son abnégation dans son intervention pour sauver le Peuple Juif de l’anéantissement, Pin’has a atteint ce niveau d’accomplissement personnel. Il a accédé ainsi au niveau de Chalom ultime représentant la Gueoula. C’est en cela que la mission de Pin’has-Eliahou est éternelle, jusqu’à l’aboutissement de la Création. 

Rav Eliachiv (Divré Aggada, p. 314) développe que le Chalom est le « récipient » de la Berakha. Le Chalom qui mène à la vraie Berakha ne peut être que celui qui suit l’exemple d’Aharon : « Sois des disciples d’Aharon : qui aime le Chalom, qui poursuit le Chalom, qui aime les créatures et les rapproche de la Torah ! » (Michna Avot 1, 12). 

Le « Chalom » de mensonge, superficiel, des nations, qui prépare l’affrontement, n’est pas le Chalom ! 

Dans l’enseignement suivant (p.316), Rav Eliachiv explique la notion de « ceux qui font l’action de Zimri (le « Prince ») qui amena la Midianite devant Moché Rabénou pour le braver, et revendiquent une récompense comme Pin’has ». Il explique que Zimri, voyant que la visite des Bené Israël dans le camp des Midyanites amenait deux fautes, l’immoralité et l’idolâtrie, imagina « résoudre » le problème en limitant à une faute unique d’immoralité en amenant les Midyanites dans le camp des Bené Israël, supprimant le risque d’idolâtrie. C’est ce genre de « solutions » que la Torah exclut par la présentation de cet épisode. Zimri est conspué par la Torah, et Pin’has reste l’exemple véridique du Chalom !

C’est ce Chalom que Pin’has-Eliahou nous apportera pour préparer la Gueoula avec la venue du Machia’h, en « ramenant le cœur des pères sur les fils, et le cœur des fils sur leurs pères » !