בס »ד
La Paracha s’ouvre sur la « Ma’hlokèt » (la contestation) de Kora’h face à Moché Rabénou (Bamidbar 16, 1-35). Kora’h entraina un grand nombre de responsables parmi les Bené Israël dans une contestation publique de la répartition des fonctions « publiques » par Moché Rabénou, accusant Moché Rabénou d’avoir pris ces décisions de sa propre initiative, et non sur l’ordre de Hachem.
Rachi (16, 1) cite les ‘Hakhamim qui expliquent que l’origine de la revendication de Kora’h se situe dans la nomination d’Elitsafan Ben Ouziel comme Prince de la famille de Kehat des Leviim, Kora’h considérant que cet honneur lui revenait en priorité. Toutefois, dès lors que Kora’h « partit en guerre » contre la « direction » de Moché Rabénou, il étendit sa contestation à la charge de Cohen Gadol d’Aharon qu’il décida de revendiquer pour lui-même.
Cet épisode qui pourrait sembler de prime abord être d’ordre « social », et même « politique », ne trouve sa place dans la Torah qu’au titre de ses racines profondément plongées dans les niveaux spirituels les plus élevés de l’Histoire de la Création. Comme pour tous les « récits » de la Torah, gardons-nous d’une lecture superficielle qui serait une réelle profanation de la Torah. Comme nous l’avons vu plus d’une fois, la Torah ne « s’occupe » pas de « petites gens » ! Tous les personnages décrits dans la Torah, aussi bien défavorablement que de façon laudative, sont des hommes de grande « envergure » dont les actes et les motivations se situaient dans les « Hauteurs » de la Création, positivement ou négativement.
Dans le Dvar Torah sur cette Paracha (année 5776) nous avions souligné la remarque du Ari Zal que la fin des mots « Tsadik catamar yifra’h » (Le Tsadik fleurira comme le palmier ; Tehilim 92, 13) forme le nom Kora’h !
De plus nous voyons que la démarche de Kora’h était liée à l’avenir de notre Peuple ainsi qu’au passé.
Rachi remarque que le verset qui énumère l’ascendance de Kora’h (16, 1) s’arrête à Lévi, sans remonter à Yaacov Avinou. Rachi rapporte qu’alors que Yaacov bénissait ses fils (Beréchit 49, 1-28), il dit relativement à Chimon et Lévi (auxquels il reprochait l’agression de la ville de Chekhem : « Dans leur secret que ne vienne pas ma personne, et dans leur assemblée que ne s’associe pas mon « Cavod » ! » (Beréchit 34, 25-31). Yaacov Avinou prenait la « précaution » de rester à l’écart de deux épisodes où des descendants de Chimon et Lévi agiraient dans l’avenir de façon nuisible au Peuple de sa postérité.
La démarche de Kora’h est également « enracinée » dans l’avenir, comme le rapporte Rachi (Bamidbar 16, 7). Rachi cite que nos ‘Hakhamim expliquent que, pour « étayer » ses mérites à la grandeur de Cohen Gadol, Kora’h s’était « appuyé » sur ce qu’il avait perçu par Roua’h HaKodech (l’Inspiration Divine, légèrement en dessous de la Nevoua – Prophétie) que Le Navi Chemouel serait un de ses descendants.
Chemouel vécut à la jointure de l’époque des Choftim (« Juges ») et celle des Rois ; Chemouel lui-même reçut de Hachem la mission d’oindre les deux premiers Rois, Chaoul et David.
Le verset : « Moché et Aharon parmi Ses Cohanim, et Chemouel parmi ceux qui proclament Son Nom … » (Tehilim 99, 6), met en parallèle Chemouel avec Moché et Aharon, soulignant ainsi la grandeur de Chemouel. Kora’h voyait dans ce descendant exceptionnel une confirmation de ses propres qualités, et donc du bien fondé de ses revendications. Rachi conclut que Kora’h n’avait pas « vu » que ses fils auraient fait Techouva avant la fin de sa rébellion, et que de leur mérite serait issue la grandeur de Chemouel.
Ces notions sont clairement bien au-dessus de notre accès ; il ressort toutefois que la démarche de Kora’h s’inscrivait, bien que de façon « négative », dans la continuité de l’Histoire.
Considérons ici la facette relative à Yaacov Avinou qui est particulièrement surprenante. En quoi le fait de mentionner ou pas le nom de Yaacov Avinou relativement à cet épisode change-t-il quoi que ce soit pour Yaacov Avinou ?! Est-ce comme le fait d’être cité dans un article de journal en rapport avec un fait divers embarrassant ?! Yaacov Avinou est-il sensible à de telles préoccupations ?! Et la Torah est-elle le lieu de telles considérations ?!
Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm Bamidbar, p.343) développe la notion de « Zekhout Avot » (Le Mérite des Ancêtres). Cette notion est mentionnée à divers niveaux, et principalement relativement à nos Pères, Avraham Its’hak et Yaacov. Nous nous réclamons abondamment de ce Zekhout dans nos Tefilot.
Mais en quoi consiste ce Zekhout Avot ? Serait-ce un « joker » que nous pouvons brandir face au risque de sanction pour nos fautes ?!
Rav Friedlander cite son Rav, Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou I, p. 14) qui explique qu’il s’agit des » acquis » spirituels, essentiellement dans les Midot (les traits de personnalité) que les Avot ont « travaillés » et nous ont transmis comme des « caractères génétiques acquis transmissibles ».
Rav ‘Haïm MiVolozin (Roua’h ‘Haïm, commentaire sur Pirké Avot) sur la Michna (5, 3) relative aux dix Nissyonot (épreuves) développe également qu‘Avraham Avinou a surmonté ces dix épreuves en tant que notre « Père », pour nous préparer l’aptitude à surmonter les mêmes Nissyonot. C’est pourquoi dans cette Michna, il est appelé « Avinou » (notre Père), différemment de la précédente Michna où il est appelé simplement « Avraham ».
Dans ce sens, Rav Friedlander explique que ces « caractères acquis » ne sont pas des « mécanismes » automatiques qui nous sauveraient de l’épreuve de la Be’hira (Libre Arbitre) en déclenchant des réactions programmées en nous. Il s’agit seulement d’aptitudes affinées qui placent la Be’hira à un niveau supérieur, permettant une élévation générale de l’homme.
Un homme non « porteur » de ces « gênes » voit les enjeux de son existence se situer dans des alternatives « primaires », comme voler ou ne pas voler, ou pour quelqu’un né dans une famille de voleurs « voler à main armée » ou ne pas prendre le risque d’être amené à tuer etc. … Celui qui a reçu le Zekhout Avot affronte de manière comparable des épreuves plus « raffinées », dans le domaine de la Avoda (Service de Hachem) que ce soit au niveau des actions qui ne concernent que son contact personnel avec Hachem, ou dans des situations impliquant également son attitude face à autrui …
Rav Friedlander explique que l’homme peut utiliser positivement les « caractères hérités » en allant dans le sens que Hachem « attend » de lui, ou, au contraire, s’approprier ces moyens pour les exploiter à son avantage personnel. C’est relativement à ces acquis qu’il transmettait à ses descendants (nous tous, Juifs !) que Yaacov Avinou a prié que son « Cavod », ses qualités acquises, ne soient pas impliqués dans la démarche de Kora’h.
Ainsi le « capital » légué par Yaacov risquait de servir aux intérêts personnels de Kora’h dans sa contestation face à Moché Rabénou.
Rav Reouven Karelnstein (Ye’hi Reouven, p.231) cite que Yaacov Avinou avait développé la Mida de Emeth (« Vérité ») comme en témoigne le verset : « Tu octroies le Emeth à Yaacov … » (Mikha 7, 20).
Il rapporte au nom de Rav Yossef Sloutsker que Yaacov se souciait essentiellement de Kora’h lui-même. Il ne voulait pas que son « hérédité » de descendant de Yaacov aggrave sa faute, comme ce serait le cas d’un « fils de bonne famille » qui aurait été pris en flagrant délit de vol …
Rav Karelnstein ajoute une explication différente : Lorsqu’un homme faute, il ne porte pas atteinte exclusivement à sa propre personne, mais également à ses ascendants. La chaine des générations est comme un arbre avec un tronc, des branches principales, secondaires, et des rameaux fins. Lorsqu’un problème affecte un des rameaux, l’atteinte remonte jusqu’aux niveaux supérieurs.
Yaacov Avinou, qui était le « tronc » du Peuple Juif, craignait que la « maladie » ne remonte de Korah jusqu’à lui-même. L’atteinte aurait alors « infecté » plus généralement l’ensemble du Peuple.
Rav Karelnstein ajoute que tout « défaut » qui se manifeste dans un « rameau » provient d’une source, quoiqu’infime, dans les racines. Yaacov Avinou pria pour qu’aucune trace des « dérives » de Kora’h ne provienne de lui, et que leur faute ne soit pas fondée sur des « manques » hérités de lui.
Ces explications trouvent un écho dans le commentaire du Or Ha’Haïm, qui explique que Hachem créa l’Homme initialement sous la forme d’un « plan » dans lequel étaient incluses toutes les branches appelées à en sortir. La faute d’Adam abima tous ses descendants, jusqu’à ce que les Avot (nos Patriarches) réparent ces séquelles, une génération après l’autre jusqu’à Yaacov. Selon que la faute de Kora’h atteindrait ou non la racine dans Yaacov, cette faute serait « réparable », laissant une place à l’éternité pour Kora’h, ou « irréparable », laissant Kora’h exclu du Olam Haba …
Le Ramban explique pareillement la chaine des générations dans la Paracha Nitsavim, sur le verset : « … de peur qu’il n’y ait parmi vous une racine qui fera germer (des herbes amères) … » (Devarim 29, 17).
Le Ramban explique qu’il s’agirait de quelqu’un qui est actuellement encore dévoué à Hachem, mais il y a au fond de son cœur une légère faiblesse qui se développera en un réel écart dans l’avenir chez ses descendants. (Bien sûr, il ne s’agit pas d’absoudre le descendant de ses fautes, mais d‘associer l’ancêtre dans la responsabilité du fait de son manque infime …).
La Paracha parle clairement de fautes à des niveaux qui nous sont imperceptibles du fait de notre infériorité face à ces personnages. Toutefois, comme pour tous les enseignements de la Torah, nous devons actualiser la leçon à notre réalité.
La Paracha nous dévoile ainsi une facette importante de l’impact de nos fautes, même les plus « personnelles ». Notre Peuple, issu des racines profondes des Avot, poursuit sa « croissance » au travers des générations, dans un mouvement « d’aller et retour » où les mérites et les fautes ont un retentissement en « amont » comme en « aval ».
Chacun de nous porte une responsabilité considérable, non seulement face à sa génération et à ses descendants, mais encore envers toute la Création !


