בס »ד
Les deux Parachiot que nous lisons ce Chabat sont consacrées aux diverses causes de Touma (« Impureté ») liées au corps-même de l’Homme.
La Paracha Tazria ouvre sur le sujet de la Touma due à l’accouchement, puis traite des cas de « Tsaraat » (taches corporelles traduites inexactement par « lèpre », alors que ce sont des évènements totalement « hors nature » liés à diverses fautes).
La Paracha Metsora complète les lois de « Tsaraat » avec le processus de purification, puis enchaîne sur les cas de Touma dus aux écoulements génitaux.
Nos ‘Hakhamim (Vayikra Rabah, 14, 1) introduisent la Paracha Tazria par le verset : « Arrière et avant Tu m’as formé, et Tu as placé sur moi Ta paume » (Tehilim 139, 5). Le Midrach cite diverses explications de ce verset. – « Si l’homme est « zokhé » (traduit habituellement « mérite »), il « hérite » des deux Mondes, celui-ci et celui « Qui Vient », c’est ce que signifie « Tu m’as formé « arrière et avant » (« arrière » représentant le Monde auquel on a un accès complet après avoir quitté celui-ci où nous évoluons « avant » …).
– Une autre explication applique les termes « arrière et avant » aux jours de la Création, « arrière » désignant le dernier jour de la Création au cours duquel Adam Harichone fut créé, « avant » se référant au début de la Création : « … et « l’esprit » de Dieu soufflait à la face de l’eau … (Beréchit 1, 2) « , il s’agit là de : « l’esprit du Roi Machia’h ». Le Midrach explique que si l’homme est « zokhé » on lui dit : « tu as devancé » toute la Création, et sinon, on lui dit : « le moucheron t’a précédé » …
– Le Midrach conclut par l’enseignement suivant : « Rabbi Simlay a dit « de même que la formation de l’Homme est venue après celle des animaux domestiques, les bêtes et les volatiles, ainsi sa Torah est exprimée après les animaux domestiques, les bêtes et les volatiles. C’est ce qu’exprime le verset à la fin de la Paracha précédente : « Ceci est la Torah (Loi) de l’animal et du volatil, et de toute vie animale … » suivi du verset de notre Paracha : « Une femme lorsqu’elle enfantera… » (Chemini, 11, 46).
Ces commentaires appellent explication…
Quel est le lien entre ces notions et les circonstances de la naissance ?!
Commençons par le rapport entre la chronologie de la Création et l’ordre des Parachiot de la Torah.
Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah, p.83) soulève la question : est-ce que le Midrach souligne un simple rapport formel ?!
Il répond qu’il s’agit d’une notion fondamentale : la Torah et la Création sont « une » (seule entité) ! Lorsque nos ‘Hakhamim disent (Guemara Makot 23b) que la Torah comporte 613 Mitsvot, 248 Mitsvot « positives » correspondant aux 248 éléments du corps de l’Homme, et 365 interdits correspondant aux nerfs de l’Homme, ce n’est pas un simple « signe de rappel ». Il s’agit ici d’une réalité fondamentale : toute la Torah est « englobée » dans la création de l’Homme. Chaque élément du corps « est » une Mitsva, et chaque nerf « est » un interdit !
Mais alors, si la Torah est déjà présente dans l’Homme du moment de sa création, que vient ajouter la Torah que nous avons reçue ?! La réponse est que dans son essence globale, la Torah est effectivement en nous, mais la Torah que nous recevons et accomplissons développe les « détails » qui sont inclus « globalement » en nous.
Rabbi Yerou’ham explique ainsi la Guemara (Youma 28b) qui dit qu’Avraham Avinou a accompli toute la Torah. Et le Midrach (Beréchit Rabah 95, 3) explique qu’Avraham a appris la Torah « de lui-même ». C’est-à-dire que quiconque connaitrait profondément (comme Avraham …) la formation de l’Homme, connaitrait sa Torah. C’était là la grandeur exceptionnelle d’Avraham Avinou : il scruta jusqu’au plus profond de son être et perçut la dimension de Torah résidant dans chaque détail.
C’est ce que nous enseigne Rabbi Simlay dans le Midrach : « Le fait que la Torah de l’Homme (les règles de Touma) soit enseignée après les règles relatives aux animaux, est lié au fait que sa création initiale a eu lieu après celle des animaux.
Rav Sim’ha Zissel Broydé (Sam Derakh, p. 56) rapporte que chaque détail de la Torah décide du fonctionnement du Monde dans ses moindres détails. Nos ‘Hakhamim disent (Zohar Tan’houma 161, 2) que la Torah est le « Plan » de la Création. A ce titre, la Torah est la racine et la source du moindre détail dans la conduite du Monde. C’est ce que vient souligner Rabbi Simlay dans le Midrach.
Rav Reouven Karèlnstein (Ye’hi Reouven, p.104) s’étonne : alors que les animaux sont soit définitivement « purs » (consommables), soit « impurs » (interdits), l’Homme alterne des états de Tahara (pureté) et de Touma (impureté) ?!
Il rapporte les paroles de Rav ‘Haïm MiVolozin (Nefech Ha’Haïm, I, 6) qui explique que l’Homme a été créé en dernier afin que chaque élément de la Création « participe » à sa formation. Toutes les potentialités existantes dans toutes les créatures du Monde sont inclues dans l’Homme. A ce titre, l’Homme est défini comme « le Monde en petit ».
C’est ce que vient nous apprendre Rabbi Simlay dans le Midrach : L’homme a été créé en dernier afin de combiner en lui tous les êtres, tout comme la Torah qui s’applique à lui « englobe » toutes les facettes de toutes les créatures. Il a donc des aspects de Tahara comme les animaux « purs », et des aspects de Touma comme les animaux « impurs ».
Rav Karèlnstein explique encore (p.106) le Midrach : « Si l’homme est « zokhé » on lui dit « tu as devancé » toute la Création, et sinon, on lui dit « le moucheron t’a précédé » … ». Que veut dire « être Zokhé » ou pas ?! Si l’homme est « zokhé » comment devance-t-il toutes les créatures ?! Il cite les paroles de Rav Itsélé de Pétersbourg : Le verset (Beréchit 2, 7) dit que Hachem a créé l’Homme à partir de deux composantes : la « Terre » pour le corps, et le « souffle de vie », pour l’âme !
Être « Zokhé » signifie non pas « mériter », (comme la traduction courante), mais être « zakh » « limpide », sans « trouble ». C’est-à-dire être conscient que l’essentiel de son être est la Nechama, l’âme ».
L’homme qui vit pleinement cette réalité met totalement le corps au « service » de la Nechama et porte en lui une « part » de « l’esprit » de Dieu qui soufflait à la face de l’eau … », c’est « l’esprit du Roi Machia’h », l’accomplissement ultime de la Création.
Si, par contre l’homme base l’essentiel de sa vie sur l’aspect « corporel » de ce monde ci, alors, même s’il accomplit concrètement les Mitsvot dans l’espoir d’acquérir ainsi « une part de Gan Eden » (« Paradis »), il reste un être matériel (sans attache profonde à sa dimension spirituelle), à propos duquel il est « dit » que le moucheron l’a effectivement devancé dans la Création matérielle.
Rav Karèlnstein conclut que l’homme qui fait de la matérialité l’essentiel de son existence scelle son statut comme appartenant au monde matériel. Il est alors « postérieur », « inférieur », au moucheron, c’est-à-dire que sa dimension matérielle est inférieure à celle des moindres créatures …
Par contre celui qui considère la vie matérielle comme un outil pour accéder à la grandeur spirituelle confirme son appartenance aux « Mondes supérieurs » et justifie sa place « avant » toutes les créatures.
Rav Guedalyahou Schorr (Or Guedalyahou, p.35) développe pareillement les enseignements du Midrach, « arrière et avant Tu m’as formé, et Tu as placé sur moi Ta paume », « arrière » désignant le dernier jour de la Création où fut créé Adam Harichone, « avant » se référant au début de la Création (Beréchit 1, 2) « … et « soufflait à la face de l’eau … », c’est « l’esprit du Roi Machia’h ». Ce Midrach s’applique au corps et à la Nechama, et au fait que chaque élément précédent dans les jours de la Création a participé à la « confection » du corps de Adam Harichone.
Rav Schorr cite une variante du texte du Midrach qui remplace « l’esprit du Roi Machia’h » par « l’esprit de Adam Harichone ». Il explique que les deux ont en commun d’être des Nechamot « globales » qui contiennent l’ensemble des Nechamot (l’un à l’origine de la Création, l’autre à son aboutissement).
La fin du verset « Tu as placé sur moi Ta paume » explique comment deux réalités aussi opposées que le corps et la Nechama peuvent coexister : par le fait que Hachem les maintient ensemble !
Rav Schorr cite que le Netsiv (Commentaire de Chir HaChirim) explique les quatre niveaux de la Création, le « minéral », le végétal, l’animal et l’être humain. Le « minéral » reste toujours inaltérable. Par contre, le végétal coupé du sol se flétrit et devient inférieur au minéral. De même l’animal qui perd la vie pourrit jusqu’à dégager une odeur nauséabonde. L’être humain qui perd sa particularité, la raison, devient inférieur à tous. Rav Schorr ajoute que selon les paroles du Kouzari (2, 44) il y a encore un cinquième niveau : Israël, porteur d’une Nechama attachée à Hachem. Un Juif qui perd sa qualité de Nechama de « l’esprit » de Dieu … » de l’origine de la Création, devient inférieur à tous, et on lui « dit » « le moucheron t’a précédé » !
Ces Midrachim introduisent le début de notre Paracha, qui traite de la Touma résultant de la naissance. A la naissance, le corps, défini par le Midrach comme « arrière » désignant le dernier jour de la Création où fut créé le corps d’Adam Harichone », est complet. Dans cette dimension matérielle il est susceptible de justifier la remarque « le moucheron t’a précédé », s’il ne reconnait pas la primauté de la Nechama. C’est ce manque spirituel qui entraine la Touma de la mère, qui n’a pas d’équivalent chez les êtres qui ne possèdent pas la potentialité de la Nechama attachée à Hachem.
Toutefois, face à ce risque que le corps prenne « le dessus », la Torah nous indique immédiatement la « réparation » (12, 3) : « Et le huitième jour sera circoncis la chair de son prépuce ».
Par cet acte, on soumet le corps à la Nechama qui pourra révéler la Présence de Hachem dans Sa Création.
Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p. 172) relie « Zakha » du Midrach à la racine « Zakh »- « Limpide ». La « Gaava »(l’orgueil) fait écran. L’homme qui bride son orgueil et sait être « translucide » à la Présence Divine, accède à la véritable grandeur dédiée par Hachem à Adam Harichone.
Rav Epstein ajoute que le terme « Zakhar » (« Mâle ») qui définit le nouveau-né dans le verset (12, 2) est apparenté au terme « Zékher » (« Souvenir »). L’Homme doit se rappeler en permanence la Présence de son Créateur et les Mitsvot qu’Il lui dicte. C’est le sens du verset : « Une femme qui enfantera et accouchera d’un « Zakhar… » !
La Paracha complète ainsi les directives de la Paracha précédente pour accéder à l’accomplissement de l’être créé par Hachem pour amener la Création à sa pleine réalisation.


