בס »ד
Pessa’h de nouveau « à notre porte » !
La fête de notre Délivrance initiale nous accueille avec son cortège de Mitsvot, de Minhaguim (coutumes), une atmosphère incomparable qui nous accompagne d’une année à l’autre tout au long de l’existence.
Le point culminant est bien évidemment la soirée du Séder, avec la récitation de la Hagadah et les explications du sens de ce rendez-vous renouvelées chaque année.
Mais au-delà des sentiments qui nous relient à la multitude de nos frères Juifs de par le monde qui vivent tous en résonance ce moment précieux, quel « acquis » devons-nous « emporter » de cette « fête » ?
La Hagadah répond elle-même à cette question en concluant la première partie du Séder par ces mots : « A chaque génération l’homme a l’obligation de se voir lui-même comme s’il était sorti d’Egypte, comme il est dit : « Tu développeras pour ton fils ce jour-là : « Pour cela Hachem a fait (les prodiges) pour moi à ma sortie d’Egypte … » (Chemot 13, 8).
En quoi consiste cette obligation de se voir « comme (si nous étions) sortis d’Egypte » ?
Devons-nous tout simplement essayer de « remonter le temps » et nous représenter la vie quotidienne en Egypte d’antan en esclavage, puis la Délivrance de cette servitude ?!
Est-ce vraiment le confort d’avoir échappé aux brimades et persécutions des égyptiens qui doit nous réjouir après de si nombreuses générations ?!
Quel peuple au monde pourrait-il garder une telle mémoire et des sentiments significatifs après toutes les péripéties de l’histoire au fil des siècles ?!
De plus ce passage de la Hagadah est suivi de la Mitsva : « C’est pourquoi nous avons l’obligation de reconnaitre, de louer etc. … Celui Qui a fait pour nos Pères et pour nous tous ces Nissim (Miracles) … ! ».
Ces phrases introduisent la lecture des deux premiers paragraphes du Hallel (le reste sera lu après le repas, accompagné de la quatrième coupe de vin du Séder).
Il ne s’agit pas simplement d’émotion « nostalgique » mais d’un souvenir concret ! Cette « commémoration » comporte une implication « active » : exprimer notre « reconnaissance » à Hachem par la lecture du Hallel.
Dans le Dvar Torah sur la Paracha Tsav lue Chabat dernier, nous développions les deux sens de la notion de « reconnaissance » : « reconnaitre » une réalité, et manifester notre « reconnaissance » pour un bienfait reçu. Les deux sens sont complémentaires, car la reconnaissance « stérile » d’un fait, sans en tirer une application pratique dans notre vécu est « insensée », indigne du comportement d’un être doué de raison. Et aucune gratitude ne se justifie si on n’éprouvait pas un « manque » quelconque précédemment, qu’un bienfait sera venu combler.
Jusqu’où s’étend l’obligation de gratitude et en quoi consiste-t-elle concrètement ?
Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm Moadim II, p.323) analyse le verset : « Et afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et de ton petit-fils …et que vous sachiez que Je suis Hachem ! » (Chemot 10, 2).
Les prodiges des 10 Plaies était donc destinés à fonder la Emouna d’Israël en Hachem.
Toutefois, Rav Friedlander ne s’arrête pas là. Il souligne qu’il ne s’agit pas d’une Emouna purement « philosophique » sans implication pratique. Il cite le premier des 10 Commandements : « Je suis Hachem ton Dieu Qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison des esclaves ! » (Chemot 20, 2).
Rav Friedlander rapporte les paroles du Ramban (Chemot 10, 2) qui commente que Hachem ayant racheté les Bené Israël de l’esclavage d’Egypte, ils doivent reconnaitre Hachem comme Dieu Auquel ils doivent « service », comme le dit le verset : « Car à Moi les Bené Israël sont « Avadim » (Serviteurs), ce sont Mes « Avadim » que J’ai sortis du pays d’Egypte ; Je suis Hachem votre Dieu ! » (Vayikra 25, 55).
Rav Friedlander remarque encore que lorsque Hachem a annoncé la Sortie d’Egypte à Moché Rabénou, Il lui a dit : « Lorsque tu sortiras le Peuple d’Egypte, vous servirez Dieu sur cette Montagne (le Mont Sinaï) » (Chemot 3, 12). Cela signifie que l’acceptation de la Torah est définie comme « service ». Il rapporte l’explication de Sforno que l’acceptation du « joug » de la Torah consiste à prendre sur soi d’accepter toute la Torah comme « joug » et non par « convenance » …
Rav Friedlander apporte une illustration de ce que signifie « accepter le joug de la Torah » au-delà de la raison humaine. Il cite les versets : « Ton argent tu ne le lui donneras pas avec intérêt … Je suis Hachem votre Dieu Qui vous a sortis du pays d’Egypte ! » (Vayikra 25, 37-38). Nos ‘Hakhamim commentent (Psikta Zoutreta, Paracha Behar) : « A partir de cela ils ont dit : « Quiconque accepte sur lui le joug de la Mitsva de Ribit (interdiction du prêt avec intérêt) accepte sur lui le joug de la Royauté Céleste … « . Je suis Hachem votre Dieu Qui vous a sortis du pays d’Egypte » afin que vous acceptiez sur vous la Mitsva de Ribit … Quiconque renie la Mitsva de Ribit renie la Sortie d’Egypte ! ».
Rav Friedlander cite le Maharal (Netivot Olam, Netiv HaTsedaka, 6) qui explique la particularité de la Mitsva de Ribit qui justifie qu’elle soit considérée comme l’illustration par excellence de la soumission sans réserve à Hachem. C’est parce que l’emprunteur lui-même est non seulement volontaire pour payer un intérêt pour le prêt, mais il est de plus avantagé par ce prêt qui lui permet d’investir et de faire des bénéfices ; et face à cela, le prêteur quant à lui a un réel manque dans l’immobilisation de son capital. Aussi, dans le respect ou non-respect de cette Mitsva s’exprime spécialement l’acceptation ou le refus du « Joug de Hachem » !
Rav Friedlander cite encore le passage de la Torah (Devarim 6, 20-21) où est mentionnée la question du ‘Hakham (le fils sage parmi les 4 fils mentionnés dans la Hagadah). Ce « fils » interroge son père sur les diverses catégories de Mitsvot, et la réponse qu’il reçoit se résume à qualifier toutes les Mitsvot de « ‘Houkim » (Décrets) sans raison accessible à l’Homme. Il s’agit ainsi d’un engagement sans réserve à servir Hachem.
Le Sifté ‘Haïm conclut son analyse en remarquant que Moché Rabénou, qui est la référence du lien le plus fort avec Hachem, est défini dans le verset comme « Eved Neeman » (le Serviteur fidèle) (Bamidbar 12, 7).
La Torah décrit son départ de ce monde : « …Mourut là-bas Moché le Serviteur de Hachem » (Devarim 34, 5).
Rav Ye’hezkel Sarna (Dalyot Ye’hezkel, III, p.207) développe que l’essentiel de la Sortie d’Egypte consiste dans l’entrée « au Service de Hachem. Il rapporte le Midrach (Cho’har Tov, Tehilim 113) sur le verset du Hallel : « Louez ! Serviteurs de Hachem » qui décrit la confrontation de Par’o avec Moché et Aharon lors de la Makat Bekhorot (La plaie de la mort des premiers nés). Par’o pris de panique chercha alors désespérément Moché et Aharon pour leur demander d’intercéder auprès de Hachem pour échapper à cette plaie effrayante. Ils lui dirent : « Tu veux écarter la plaie de sur toi (Par’o lui-même était premier né, et craignait de suivre le sort des autres Bekhorot égyptiens), dis : « Vous êtes libres ; vous êtes dans votre « domaine » ; vous êtes les « Serviteurs de Hachem » ! Par’o obtempéra et ajouta : « Vous êtes les « Serviteurs de Hachem » ; Vous devez Le louer pour le fait que vous êtes Ses Serviteurs, comme il est dit dans le verset : « Louez ! Serviteurs de Hachem ! ».
Rav Sarna explique que nos ‘Hakhamim précisent que l’entrée dans le Service de Hachem est la conclusion de la sortie de l’asservissement à Par’o. Aussi l’essentiel du Hallel ne célèbre pas la sortie de l’autorité de Par’o, mais notre entrée sous l’autorité absolue de Hachem.
Rav Sarna ajoute que dans la Tefila du Chabat nous disons : « Que se réjouisse Moché de la part qui lui a été donnée, car « Eved Neeman » (Serviteur fidèle) Tu l’as appelé … ». Nous voyons ici que loin d’être un « poids » pour l’Homme d’être « asservi » à Hachem, nous soulignons dans la Tefila que c’est une source de réjouissance sans pareille.
Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat ‘Hokhma OuMoussar I, p.131) explique que notre Mitsva de célébrer la Sortie d’Egypte n’est pas l’acquis de la Emouna par les Nissim (Miracles) qui l’ont accompagnée. L’objectif est l’acceptation de la « Avdout » (Service) de Hachem. Certes la Emouna a sa place dans cela, car c’est par elle qu’on arrive à recevoir sur soi la Avdout, mais il faut faire de la Avdout l’essentiel de notre but. Rabbi Yerou’ham souligne que toutes les Mitsvot s’articulent uniquement autour de ce principe. Aussi lorsqu’on dit dans la Hagadah » : « A chaque génération l’homme a l’obligation de se voir lui-même comme s’il était sorti d’Egypte », il s’agit d’arriver à ressentir la reconnaissance à Hachem au point qu’elle s’exprime par l’acceptation de la « Avdout ».
Rabbi Yerou’ham cite le Ramban (Devarim 6, 13) qui explique que l’obligation de « Servir » Hachem consiste en ce que les ‘Hakhamim ont dit : « Et que toutes tes actions soient faites « LeChem Chamaïm » – « au Nom du Ciel », c’est-à-dire que même les besoins élémentaires du vécu quotidien soient accomplis pour le Service de Hachem (Michna Avot, 2, 12).
Toutes les explications de nos Maitres de toutes les générations convergent vers le fait que l’essentiel de notre objectif de la soirée du Séder de Pessa’h est de nous approcher autant que possible de la dimension de Eved (Serviteur) qui n’a d’autre préoccupation dans toutes ses activités que de servir Hachem. C’est par l’acquisition de ce niveau que nous pourrons accéder enfin à la véritable Gueoula (Délivrance) !


