בס »ד
La Paracha Tsav complète les règles relatives aux Korbanot (« Offrandes »).
La Torah mentionne en particulier la consommation de la Min’ha (l’Offrande de farine) par les Cohanim (Vayikra 6, 7-11). De même pour le ‘Hatat et le Acham (les Offrandes de réparation pour certaines fautes) (Vayikra 6, 19 ; 7, 6).
Rav Chimchon Raphaël Hirsch souligne que la consommation du Korban conclut la Avoda (Service), en montrant que même la satisfaction matérielle peut devenir une Avoda à Hachem lorsqu’elle est « sanctifiée » (6, 9-11).Cette consommation apparemment « ordinaire « n’éloigne pas en réalité l’homme du domaine du Beth HaMikdach (Temple). La consommation des Cohanim vient enseigner que même celui qui se tient sur le sol « profane » du quotidien doit rester attaché au Beth HaMikdach, et ne pas en détourner son attention
Plus loin la Torah nous enseigne les règles du Korban Chelamim (l’Offrande « d’harmonie ») dont une partie est consumée sur le Mizbéa’h (Autel), une partie consommée par les Cohanim, et une partie est consommée par celui qui a apporté ce Korban en compagnie de ses invités. Ce Korban est appelé « Chelamim » – ‘Harmonie, car il unifie tous les niveaux de la Création. Là encore la consommation, étendue aux « profanes » et non restreinte aux Cohanim, manifeste la grandeur de l’existence « ordinaire » lorsqu’elle est dédiée au lien avec Hachem.
Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p. 108) explique que le Korban Chelamim est exclusivement réservé aux Bené Israël, car les non-juifs ne peuvent pas concevoir que la consommation « ordinaire » de l’Homme puisse revêtir une quelconque Kedoucha. Ils ne peuvent amener que des Korbanot Ola (Holocauste) qui sont totalement consumés sur le Mizbéa’h.
Rav Chalom Noa’h Bérézovski souligne la différence entre le Korban Chelamim, initiative volontaire de l’homme, et les Korbanot obligatoires (Netivot Chalom, p.31). Il explique que la particularité de ce Korban réside dans le niveau du lien avec Hachem. Celui qui amène ce qu’il a l’obligation d’amener se reconnait comme « Eved » (Serviteur) de Hachem, tandis que la démarche « généreuse » sans obligation manifeste la relation d’un « fils » qui cherche à apporter « satisfaction » à son Père. C’est cette position face à Hachem qui constitue toute la grandeur spécifique des Chelamim.
Le premier exemple de Chelamim mentionné par la Torah est appelé « Toda » (Remerciement), et s’impose à quiconque a vécu un Ness (« Miracle ») particulier : la traversée de la mer ou du désert sans encombre, la libération d’un emprisonnement, ou la guérison d’une maladie grave. (Rachi, à partir de la Guemara Berakhot 54b basée sur le Chapitre de Tehilim 107). Parmi ceux qui recherchent un contact plus fort avec Hachem par un Korban Chelamim figure en bonne place celui qui a ressenti dans sa propre existence la présence bienveillante de Hachem et amène un Korban Toda pour reconnaitre le Ness (Miracle) qu’il a vécu.
Rav Hirsch explique (7, 12-14) la particularité du Korban Toda. Le Korban Toda est accompagné de quatre sortes de « pains » dont trois sont Matsa, c’est-à-dire à base de pâte non levée, et un groupe de pains est ‘Hamets, issus d’une pâte levée, les deux sortes de pâte contiennent la même quantité de farine.
Le ‘Hamets représente une situation d’indépendance de l’Homme, la maitrise de l’Homme sur son environnement. La Matsa est le pain issu du simple mélange de farine et d’eau cuit sans « processus » supplémentaire ; elle représente la subsistance élémentaire que Hachem dispense à l’Homme sans intervention complémentaire de la part de l’Homme. L’association du ‘Hamets et de la Matsa souligne que cette indépendance n’est qu’apparente, et n’est en réalité que Matsa face à Hachem.
Seule l’intervention de Hachem a sauvé l’homme d’un danger, et en le reconnaissant, l’homme s’engage à nouveau à dédier toute son existence et ses forces à la Avoda à Hachem. La complémentarité entre la Matsa et le ‘Hamets manifeste que, loin de compromettre la richesse de l’existence, la dépendance à Hachem donne toute sa valeur à notre situation sur Terre. Rav Hirsch ajoute que l’obligation de consommer le Korban et ses pains le jour-même où le Korban a été apporté (7, 15) souligne le lien étroit entre les deux « facettes » de l’existence, la vie « profane » et la Avoda à Hachem.
Rav Guedalyahou Schorr (Or Guedalyahou p. 13) rapporte le Midrach qui dit que à l’avenir tous les Korbanot seront annulés, sauf le Korban Toda qui gardera sa place (Vayikra Rabah, 9, 7). Rav Schorr souligne que la notion de Toda, « reconnaissance », comporte deux sens : d’une part, reconnaître un fait, et d’autre part, ressentir et exprimer la reconnaissance pour un bienfait. Il explique que les deux sens sont étroitement liés car la reconnaissance d’un bienfait passe par le sentiment que nous ne « méritions » pas cette générosité de Hachem à notre égard par nos actes.
Rav Schorr appuie son analyse sur le Midrach (Beréchit 71, 5) qui assimile les deux mouvements chez Léa Iménou et ses descendants. Léa elle-même avait exprimé sa reconnaissance à Hachem pour la part qu’il lui avait accordée dans la constitution du Peuple Juif, tandis que son fils Yehouda avait « reconnu sa responsabilité » face à sa bru Tamar (Beréchit 39, 26). Il conclut que c’est la fonction spécifique d’Israël de manifester sa reconnaissance à Hachem, comme le dit le verset : « Ce Peuple Je l’ai créé pour Moi, ils développeront Ma louange ! » (Yechaya 43, 21).
Rav Chimchon Pinkus remarque que le délai spécialement court pour la consommation du Korban Toda et ses pains oblige celui qui l’a amené à associer un maximum de convives, ce qui augmente la publication des bienfaits de Hachem, ce qui est le but de ce Korban (Tiférèt Chimchon, p.60).
Le Midrach dit qu’à l’avenir tous les Korbanot seront annulés sauf le Korban Toda (Vayikra Rabah 9, 7).
Rav ‘Haïm Zaytchik (Or ‘Hadach, p. 607) soulève la question de l’adéquation du Korban Toda à l’avenir, lorsque la Création aura atteint son accomplissement et qu’il n’y aura plus de situations difficiles. Il répond qu’effectivement il n’y aura plus de raisons « actuelles » de reconnaissance. Toutefois il restera à reconnaitre la dimension fondamentalement positive des évènements qui avaient paru en leur temps « néfastes » !
C’est là le sens du verset : « Lorsque Hachem ramènera le retour de Tsion, nous « étions » comme en rêve » (Tehilim 126, 1).
Lors de la Gueoula (Délivrance) ultime, les évènements, individuels ou collectifs, qui en leur temps semblaient « négatifs » se révèleront au regard de l’aboutissement de l’Histoire dans leur dimension réelle positive, reléguant la compréhension négative antérieure des évènements au niveau de « mauvais rêve » …
Cette notion de reconnaissance globale de l’Histoire se retrouve dans la déclaration qui accompagne la Mitsva d’amener les Bicourim (les Prémices) au Beth HaMikdach (Devarim 26, 1-11).
Le propriétaire des fruits s’adresse au Cohen en disant : « Et tu lui diras : Je déclare ce jour à Hachem ton Dieu que je suis venu vers la terre que Hachem a promise à nos ancêtres de nous donner ! » (Devarim 26, 3).
Cette phrase est surprenante car Hachem « sait » fort bien que « Je suis en Erets Israël ».
Et surtout que signifie une telle déclaration au fil des générations, des siècles après l’installation du Peuple Juif en Erets Israël ?! Rachi explique : « tu diras » : que tu n’es pas ingrat.
La suite de la procédure des Bicourim, avec la déclaration développée du propriétaire des fruits explique mieux le sens de cette « non-ingratitude » (Devarim 26, 5-10). En effet, le propriétaire des fruits reprend l’Histoire depuis les péripéties de la vie de Yaacov Avinou, les intentions néfastes de son oncle et beau-père à son égard, suite auxquelles Hachem a « programmé » l’exil de Yaacov en Egypte. Puis les souffrances des Bené Israël en Egypte, la Délivrance « spectaculaire » par Hachem afin de nous amener en Erets Israël.
Enfin le propriétaire dépose ses fruits « devant Hachem ».
Cette longue déclaration relie le destin individuel à l’Histoire collective, et donne ainsi une dimension grandiose à ce qui nous aurait semblé une « simple » offrande amenée au Beth HaMikdach.
En réalité, comme nous l’avons vu au fil des Parachiot, il n’y a rien de « minime » dans les actions du quotidien d’un Juif. Chaque geste, si infime soit-il, est chargé d’une valeur spirituelle profonde d’attachement à Hachem. Les Bicourim représentent un sommet de manifestation de « Toda », reconnaissance de notre soumission sans réserve à Hachem.
Le Chabat qui précède Pessa’h est appelé « Chabat Hagadol », le « Grand Chabat », en référence aux Bené Israëlqui rejetèrent vigoureusement l’idolâtrie des égyptiens au seuil de la Sortie d’Egypte.
Hachem ordonna aux Bené Israël de prendre un agneau le 10 Nissan, quatre jours avant de l’égorger comme Korban Pessa’h, et de l’attacher au pied de leur lit aux yeux des égyptiens dont l’agneau était la divinité.
Pourquoi ce fait est-il relié au Chabat où il eut lieu cette année-là, plutôt qu’à la date du 10 Nissan ?
C’est en raison de cette action particulièrement impressionnante où les Bené Israël eurent le courage de défier leurs oppresseurs, les égyptiens, dans ce qui leur était particulièrement cher, leur divinité, ce qui représentait la quintessence de leur soumission à Hachem. Ceci s’apparente à la dimension fondamentale du Chabat, symbole de reconnaissance de l’autorité absolue de Hachem sur l’ensemble de la Création, mais aussi sur chacun de nous individuellement.
Reconnaitre la Présence de Hachem « dans le Monde », tant que cela n’implique aucun changement dans son quotidien personnel, est relativement aisé… Mais agir pour manifester que par la Sortie d’Egypte nous sommes devenus les « Serviteurs de Hachem » et que c’est cela notre liberté, là réside le véritable Korban Toda.


