בס »ד
La première Paracha du Séfer Vayikra est consacrée aux « Korbanot » (Offrandes).
La notion de « Korban » est surprenante : Hachem aurait-Il besoin de nos libéralités, alors que tout ce que nous pouvons Lui « donner » Lui appartient déjà ?!
Rav Chimchon Raphaël Hirsch souligne (Vayikra 1, 2) l’inadéquation des termes « sacrifice », dans certaines langues comme le français, qui véhiculent une idée « d’amputation » (comme dans les prix « sacrifiés » …), ou « d’offrande », comme dans les langues anglo-saxonnes, qui font allusion à un « bénéficiaire » de notre « cadeau » … Rav Hirsch explique que le « Korban », qui n’a sa place que dans la relation à Hachem, est loin de tous ces sens. Il est lié à la racine « Karev » (approcher), et désigne un mouvement de rapprochement !
Le but du Korban est la proximité avec Hachem !
Dans son introduction au Sefer Vayikra, le Ramban explique que les Korbanot doivent « réparer » les dégâts des fautes, afin qu’elles ne causent pas un retrait de la Chekhina (la Présence de Hachem).
Dans son commentaire du verset (Vayikra 1, 9) il cite l’explication du Rambam (Moré Nevoukhim) que les Korbanot, en s’appliquant aux animaux révérés par les idolâtres, visent à corriger les conceptions idolâtres qui sont des « maladies » de l’âme.
Le Ramban s’insurge contre cette explication « réductrice » du Korban, alors que le verset qualifie le Korban « de « pain » du feu, pour une « odeur agréable » pour Hachem, s’il est possible de s’exprimer ainsi …
Noa’h avait apporté des Korbanot à sa sortie de l’Arche, alors qu’il n’y avait encore aucun idolâtre sur Terre. Hével, le fils d’Adam Harichon apporta également un Korban que Hachem agréa. Le Ramban conclut que le rôle du Korban est de réparer les trois niveaux de l’initiative humaine, la pensée, la parole par le « Vidouï » (la reconnaissance des fautes qui accompagne la préparation au Service du Korban), et l’action par la Avoda (Service) du Korban. Il ajoute que les Korbanot sont dédiés (1, 8) à Hachem que nous reconnaissons par le « Nom » י-ה-ו-ה (qui désigne l’intervention de Création) et non à un quelconque des autres « Noms » qui expriment des perceptions plus « secondaires » du lien à Hachem.
Rav Guedalyahou Schorr (Or Guedalyahou, p. 3) aborde la notion de Korban, et développe les explications du Rambam et du Ramban. Il commence par remarquer que « l’appel » de Hachem à Moché (1, 1) est un appel à se rapprocher, comme dans le langage humain.
Le Sefer Chemot a fini sur le « Cavod » (l’ « Honneur ») de Hachem qui emplissait le Michkan (Tabernacle), c’est-à-dire la manifestation de la Chekhina (la Présence de Hachem).
Le Sefer Vayikra suit et enchaine avec l’appel de Hachem à Moché Rabénou. Le « Cavod » de Hachem exprimé dans la Paracha précédente représente l’influx venant « d’en Haut » vers le « Bas », vers notre monde. L’appel à Moché Rabénou au début de Vayikra demande l’initiative de l’Homme pour se rapprocher vers Hachem du « Bas » vers le « Haut » ! En quoi consiste cet élan de l’Homme ? Le verset (1, 2) précise : « Un homme lorsqu’il approchera « de vous »un Korban pour Hachem ». Il s’agit ici des Korbanot spontanés que l’homme doit approcher « lui-même ». Après avoir cité les opinions du Rambam et du Ramban, Rav Schorr développe que le Rambam ne peut évidemment pas ignorer les arguments du Ramban et « réduire » le Korban à une simple réfutation de l’idolâtrie ordinaire. Il explique que le Rambam ne vise pas l’idolâtrie « primaire », mais ses « dérivés », c’est-à-dire tout sentiment d’individualité qui anime l’Homme.
La Guemara (Avoda Zara 14b) dit que le traité sur l’idolâtrie d’Avraham Avinou comprenait 400 chapitres, et il ne s’agit pas de simples pratiques ordinaires de culte, mais de la moindre trace de « Co’hi veotsem yadi » (ma force et la puissance de ma main) qui constitue une véritable idolâtrie. C’est ainsi que doivent se comprendre les Korbanot des générations anciennes (Adam Harichon, Hevel, Noa’h …). Ils devaient combattre leur sentiment « d’indépendance » dans une existence « individuelle » qui laisse à l’Homme l’impression d’exister même « en dehors » de ce que Hachem leur donne la vie. Leurs Korbanot visaient à éradiquer tout sentiment erroné afin de se rapprocher de la conscience de l’Unicité de Hachem, Seule existence réelle.
Dans ce sens, la différence entre le Rambam et le Ramban s’estompe : le Rambam vise l’aspect « négatif », la réfutation de la moindre « autonomie » de l’Homme, tandis que le Ramban s’adresse à la dimension « positive » de « rapprochement » de soi-même et de l’ensemble de la Création vers Hachem.
C’est là le sens des paroles du verset : « Un homme lorsqu’il approchera « de vous », « présenter en offrande » à Hachem son « indépendance » illusoire. Le Ramban vise, lui, l’élan positif de rapprochement vers Hachem afin de relier toute la Création à sa « Racine » !
Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p. 27) explique aussi les termes : « Un homme lorsqu’il approchera « de vous » comme désignant l’abandon de l’imagination de l’indépendance, pour se positionner face à Hachem comme les moutons face à leur berger. Il cite le « Tania » qui assimile l’abdication de la volonté personnelle à la « Messirout Nefech » (l’abnégation de l’existence elle-même). En aliénant son existence et ses sentiments à la Volonté de son Créateur, c’est comme si l’homme avait réellement donné sa vie. Par cela l’homme atteint au niveau de « Adam » (1, 2) qui représente le niveau le plus élevé parmi les termes désignant l’être humain (« Ich », « Enoch », « Guever »).
Rav Epstein ajoute que le début du verset qualifie le Korban de « Pour Hachem » lorsqu’il « approchera « de vous », mais la suite du verset dit que si on n’atteint pas ce niveau de « se donner » soi-même, alors « Vous approcherez votre Korban » si le Korban qu’on apporte se résume à une action matérielle d’offrande de l’animal seulement.
Rav Chalom Noa’h Bérézovski (Netivot Chalom, p.9) rapporte le Midrach (Yalkout Chimoni Vaet’hanan) qui décrit que le Chema récité matin et soir remplace et dépasse les Korbanot que nous ne pouvons plus apporter, du fait que nous n’avons plus le Beth HaMikdach (le Temple).
Il demande en quoi le Chema s’apparente-t-il aux Korbanot ?! Il répond que par la Emouna (la reconnaissance) de l’Unicité de Hachem que nous exprimons par la déclaration « Chema Israël, Hachem notre Dieu, Hachem est Un ! », chaque Juif accepte de « donner » sa vie pour Hachem. Le « E’had » – « Un » du verset exprime plus encore que tout Korban que l’Homme ne possède rien lui-même, et ne dispose pas même de sa vie pour pouvoir considérer qu’il la « donne » à Hachem.
Rav Bérézovski dit que c’est la dimension de Korban qui dépasse la limite des générations, lorsque nous « approchons » devant Hachem notre propre existence : « un homme lorsqu’il approchera « de vous » !
Soumettre à Hachem toute sa matérialité et son « bouillonnement » intérieur, là est le but profond du Korban.
Rav Bérézovski applique le même principe à la Mitsva d’éliminer le ‘Hamets à Pessa’h. Le ‘Hamets représente l’individualisme, et la Matsa, la reconnaissance de ce que rien n’existe en dehors de Hachem. « Annuler » le ‘Hamets dans son cœur et le considérer comme de la poussière, au point que ce soit comme si on n’en possédait pas, c’est soumettre sa volonté personnelle à la Volonté de Hachem, et reconnaitre qu’on ne mange du ‘Hamets toute l’année que parce que Hachem en a décidé ainsi …
Ces définitions des Korbanot nous conduisent à l’analyse de Rav Wolbé (HaMitsvot Hachekoulot, chapitre 1) sur ce qu’est « l’idolâtrie ». Il explique que toute l’existence de l’Homme est rythmée par l’échelle de valeurs qu’il se donne. Au premier degré seront en cause les centres d’intérêt que l’homme s’octroie, ses ambitions et ses « fantaisies ». Rav Wolbé conclut en soulignant que même l’accomplissement des Mitsvot, et même avec la précision la plus grande, peut être assimilée à de « l’idolâtrie » en association avec la Avoda (le Service de Hachem), dans la mesure où l’homme se dédie aux Mitsvot en fonction du regard des gens. Sans des efforts constants pour se dévouer intégralement à Hachem, l’ensemble de l’existence peut se résumer à une vaste « idolâtrie » dans laquelle les aspirations personnelles de l’homme définissent une échelle de valeur où « le Monde » (c’est-à-dire tout ce qui mobilise l’Homme dans la vie) est au sommet à la place de Hachem.
Le Korban réel de : « Un homme lorsqu’il approchera « de vous » consiste à ramener toutes les activités du quotidien à leur juste valeur d’outils pour la Avoda à Hachem.


