בס »ד
Les deux Parachiot Vayak’el et Pekoudé concluent le Sefer Chemot que le Ramban définit dans son introduction comme étant le Séfer de la première Galout (l’Exil) et de la Gueoula (la Délivrance).
Le Ramban explique que même après être sortis d’Egypte, les Bené Israël n’ont été considérés comme délivrés de la Galout qu’une fois qu’ils sont revenus au niveau spirituel des Avot (nos Patriarches).
Ce n’est qu’après que les Bené Israël sont arrivés au Har Sinaï et qu’ils construisirent le Michkan (Tabernacle), et que Hachem fit résider Sa Chekhina (La Présence Divine) parmi eux, que les Bené Israël retrouvèrent la grandeur de leurs Pères, sur la tente desquels reposait la Présence Divine.
La Paracha Vayakhel décrit la confection effective du Michkan et la Paracha Pekoudé, les vêtements des Cohanim.
A la fin de la Paracha Vayak’el, juste avant de conclure avec l’enceinte de la Cour du Michkan, la Torah termine le passage dédié aux « meubles » du Michkan (Le Aron HaKodech, la Menora, le Choul’han, les deux Mizbe’hot) (Chemot 37, 1-38, 8), par le Kior (« Bassin ») qui était placé dans la Cour du Michkan pour que les Cohanim accomplissent avec son eau le « Kiddouch Yadaïm Veraglaïm », la sanctification des mains et des pieds avant toute Avoda (Service).
La Torah dit que le Kior fut réalisé avec les miroirs des femmes « Tsov’ot » qui s’assemblèrent à l’entrée de la Tente de « rendez-vous », (la tente de Moché Rabénou, avant que le Michkan ne soit érigé ; Ramban).
Rachi cite l’explication de nos ‘Hakhamim (Midrach Tan’houma Pekoudé, 9) sur la démarche de ces femmes : ces miroirs leur avaient servi en Egypte lorsqu’elles rejoignaient leurs maris sur les lieux de leur asservissement pour leur apporter de l’eau et des poissons qui étaient venus dans leurs seaux avec l’eau qu’elles puisaient. Elles se regardaient ensemble avec leur mari dans les miroirs pour attirer l’attention de leur mari sur elles afin d’assurer la pérennité du Peuple d’Israël.
Le Midrach explique que Moché Rabénou se mit initialement en colère à la vue de ces offrandes apparentées au règne des sens.
Hachem lui ordonna de recevoir avec honneur ces miroirs qui avaient contribué à la pérennité du Peuple d’Israël. Hachem dit à Moché : » Fabriques-en le Kior et sa base, avec lequel les Cohanim se sanctifient ! »Hachem dit à Moché que ces miroirs « Me sont plus précieux que tout (le reste des offrandes pour la confection du Michkan) ».
Rachi ajoute que le Kior avait comme fonction de ramener le Chalom (l’Harmonie, et non simple « paix » – non-belligérance comme il est compris généralement par erreur …) entre le mari et l’épouse qui a été soupçonnée d’adultère (Bamidbar 5, 11-31).
Toutefois, comme il ressort du Midrach, nos Commentateurs soulignent que la première fonction du Kior est le « Kiddouch Yadaïm Veraglaïm » (la sanctification des mains et des pieds des Cohanim avant de s’approcher du Michkan ou d’accomplir la Avoda (Service).
Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou, I, p. 230-231) souligne que par le fait de se défaire de leurs miroirs, les femmes du Peuple juif manifestaient un « recul » des appétits matériels, et donnaient ainsi tout leur cœur à Hachem. L’essentiel des offrandes pour le Michkan consistait dans le « don du cœur » plus que dans la valeur financière du don.
Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah, p.42) dit que la Kedoucha des Cohanim et l’harmonie entre le mari et sa femme sont issus de ce « recul » manifesté par ces femmes. Il souligne ici le principe général qu’il n’y a pas d’activité « répugnante » en soi, mais que tout repose dans l’intention ! La même action qui est impure du fait d’une intention impure se révèle être un facteur de Kedoucha lorsqu’elle est accomplie avec des pensées pures !
Rabbi Yerou’ham dit encore (Daat ‘Hokhma OuMoussar, I, p.91) que la valorisation particulière des miroirs que Hachem a exprimée à Moché Rabénou est une manifestation supplémentaire pour nous de ce que l’échelle de valeurs de la Torah échappe totalement à l’intellect humain. A l’instar des « simples » panneaux de bois des parois du Michkan dont l’impact dépassait largement leur importance matérielle, ainsi toute chose dans l’approche vers Hachem.
Nous voyons ici combien nous devons soumettre sans réserve notre « compréhension » à la Volonté de Hachem !
Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm Moadim, III, p.418-419) développe que le Kior, comme le Chabat, représente le « changement » de la matérialité en spiritualité. Les mêmes actions qui ont participé à la confection du Michkan sont celles qui nous ont interdites le Chabat (Guemara Chabat 70a). Il cite au nom de Rav Chimchon Raphaël Hirsch que le Michkan était la seule réalisation véritable que l’Homme ait pu accomplir. Toute activité humaine courante n’est « qu’assemblage » d’éléments créés par Hachem.
Par contre, de même que dans la Création Hachem a créé la matérialité « à partir » de la spiritualité qu’Il a créée initialement, ainsi l’Homme produit de la spiritualité « à partir » de la matière que Hachem met à sa disposition. (Toutefois la confection du Michkan ne repoussait pas le Chabat, car le Chabat est lui-même l’apogée de « l’intégration » de la Chekhina (Présence Divine) dans le Monde). Ainsi le Kior confectionné avec les miroirs entiers, sans les fondre (Rav Chimchon Raphaël Hirsch, Chemot 38, 8 ; Ramban), devint l’ustensile qui permit à ces femmes d’atteindre les plus hauts niveaux de Prophétie et de révélation de la Chekhina (Baal HaTourim 38, 8).
Rav Chimchon Raphaël Hirsch remarque (Chemot 30, 18-20) que le « Kiddouch Yadaïm Veraglaïm » complète pour les « outils » de l’action, les mains et les pieds, la « sanctification » qu’apportent au Cohen les vêtements de la Avoda. Tout comme un Cohen qui accomplirait la Avoda sans les vêtements définis par La Torah profane sa Avoda, en ne la soumettant pas aux « normes » de Kedoucha que Hachem dicte, ainsi un Cohen qui ne « sanctifie » pas par l’eau du Kior ses mains et ses pieds, qui ne sont pas couverts par les vêtements de la Avoda, profane sa Avoda.
La valeur de la Avoda ne réside pas dans la « générosité » de l’Homme qui « gratifie » Hachem de ses dons.
La Avoda consiste à soumettre toutes ses pulsions à Hachem !
C’est ce que manifeste la confection du Kior à partir des miroirs qui expriment l’extériorisation corporelle de l’Homme dans ses « sens » matériels. Non seulement cette dimension de l’Homme n’échappe pas à la Kedoucha, mais plus encore elle est l’essentiel de ce qui peut amener la Kedoucha par la libération du joug des pulsions physiques, en les orientant vers la Kedoucha (Rav Hirsch, 38, 8). La place du Kior qui vient sceller la confection du Michkan exprime tout l’objectif de cette réalisation !
La Parachat Ha’Hodech (Chemot 12, 1-20) que nous lisons ce Chabat en plus de la Paracha de la semaine est l’initialisation de notre lien particulier à Hachem. Avant même d’être délivrés de la Galout (Exil) d’Egypte, Hachem nous dicte les Mitsvot du mois de la Sortie, Nissan.
Le mérite du Korban (l’Offrande) Pessa’h était indispensable à la Gueoula (Délivrance), mais encore, avant le Korban Pessa’h, Hachem nous a donné la Mitsva de définir notre calendrier en fonction du rythme d’apparition de la Lune. Cette Mitsva est qualifiée par Rachi (Beréchit 1, 1) de « début » de la Torah, étant la première Mitsva reçue par le Peuple d’Israël.
En quoi cette Mitsva est-elle à ce point fondamentale ?!
C’est, comme nous l’avons vu ici relativement à la Avoda dans le Michkan, du fait qu’elle centre toute notre existence sur les fluctuations de notre attachement à Hachem. L’Homme n’est pas statique ! Son lien à Hachem fluctue selon ses efforts pour orienter toute son activité vers la Avoda (Service).
Rav Ye’hezkel Sarna (Dalyot Ye’hezkel, III, p.205) explique les quatre Parachiot que nous lisons en vue de nous préparer à Pessa’h :
– Chekalim, la Mitsva de donner chaque année le « Ma’hatsit haChekel », le demi-Chekel de participation à la Avoda collective dans le Beth HaMikdach (Temple), représente le ‘Hessed (Don gratuit) qui se fait sans différence entre riches et pauvres dans la Avoda.
– Zakhor, le souvenir de l’agression d’Amalek, représente le recul face au mal absolu (non-seulement extérieur à nous, comme Amalek lui-même, mais à l’intérieur de nous-même), condition préalable à toute approche vers Hachem.
– Para, la Vache Rousse dont les cendres purifient de la Touma (l’impureté) la plus contraignante, contractée au contact d’un cadavre, qui vise essentiellement la purification de notre cœur.
– Ha’Hodech, la Mitsva de subordonner notre existence à notre lien à Hachem.
Ha’Hodech constitue la véritable Gueoula, la Délivrance des contraintes de la nature que le rythme invariable du cycle solaire représente. La Gueoula essentielle réside dans l’affranchissement du joug de nos élans naturels, pour nous approcher de Hachem.
En préparation à la Gueoula Ultime, préparons Pessa’h, la libération de la vraie Galout, « l’Exil » intérieur dans l’asservissement à notre nature matérielle, pour retrouver le lien profond à Hachem qui caractérisait Adam Harichone avant la faute !


