Parasha – 248 – Pourim – 5786

בס »ד

Pourim revient avec ses « mystères » !

« Mystères » car tous les éléments de l’histoire de Pourim échappent à notre compréhension.

–  Les causes du décret Divin à la source du décret de Haman sont obscures, comme en témoigne la discussion entre les Talmidim (disciples) et Rabbi Chimon Ben Yo’haï (Guemara Meguila 12a) : 

– Les Talmidim proposent l’explication que les Bené Israël avaient participé au festin d’A’hachvéroch (le festin avait eu lieu à la troisième année du règne d’A’hachvéroch, et le décret de Haman fut pris à la douzième année, soit neuf ans plus tard …). 

Rabbi Chimon objecte que si c’est ainsi, seuls les Juifs de Chouchan (Suze – la capitale où s’était déroulé les festin) auraient dû être visés par le décret ?!

– Rabbi Chimon lui-même propose une autre raison pour laquelle Hachem laissa Haman prendre ce décret à l’encore du Peuple Juif : parce qu’ils s’étaient prosternés à la statue de Nevou’hadnétsar quelques dizaines d’années plus tôt. 

Les Talmidim de Rabbi Chimon objectent que dans ce cas, les Bené Israël ne méritaient pas que Hachem leur fasse un Ness (Miracle) comme celui qui s’est produit pour les sauver ?! 

Rabbi Chimon répond que la soumission à la statue de Nevou’hadnétsar n’était qu’apparente (dans leur cœur les Bené Israël ne reconnaissaient aucun pouvoir particulier à Nevou’hadnétsar qui soit en rupture avec leur Emouna en Hachem), c’est pourquoi le décret fut lui aussi « superficiel » …

*Les rôles de Mordekhaï et Esther dans cette « crise » semblent dépasser la compréhension :

– Comment comprendre qu’Esther, une Tsadéket d’une dimension spirituelle exceptionnelle, ait dû, pour participer au sauvetage de son Peuple, subir la proximité d’A’hachvéroch et vivre au palais pour le reste de ses jours, loin de ses proches ?!

–  Mordekhaï avait mis en garde les Bené Israël contre le fait de participer au festin d’A’hachvéroch, leur soulignant le danger que Hachem prenne un décret contre eux … Ce risque ne semblait pas s’être confirmé (9 années avaient passé …). 

Quel sens attribuer à la démarche de Mordekhaï qui provoquait systématiquement Haman en se mettant sur son chemin pour ne pas s’incliner devant lui (Maharal, Or ‘Hadach) ?! 

Et finalement ce fut Mordekhaï qui réussit à entrainer les Bené Israël dans un élan de Techouva collective qui fit pencher la balance (Meguilat Esther 4, 16-17).

*Le calendrier des évènements s’étale sur une dizaine d’années (depuis le festin qui eut lieu lors de troisième année du règne d’A’hachvéroch jusqu’à la confrontation finale avec les ennemis à la date prévue par Haman pour l’accomplissement de son décret). 

*Mais, plus encore, nos ‘Hakhamim rattachent ces péripéties à un lointain passé lorsqu’ils relient (Guemara Meguila 12b) l’apparition de Mordekhaï au fait que David Hamélekh n’avait pas exécuté Chim’i qui l’avait maudit, comme il en avait l’autorité du fait de son titre de Roi d’Israël, et la naissance de Haman au fait que Chaoul n’avait pas tué Agag, Roi d’Amalek, alors que Chemouel lui avait ordonné au nom de Hachem d’anéantir totalement Amalek. C’est ce qui donna la possibilité au Roi Agag d’engendrer un descendant avant que le Navi (Prophète) Chemouel l’exécute lui-même. 

Le lien établi entre Chaoul et les évènements de Pourim projette un nouvel éclairage sur les rôles de Mordekhaï et Esther.

La faute commise par le Roi Chaoul (Chemouel I, chapitre 15) est une énigme. 

Le premier Roi d’Israël, que le verset décrit (Chemouel I, 13, 1) « âgé d’un an, lorsqu’il régna …, ce que la Guemara (Youma 22b) explique ainsi « il était sans faute comme un enfant d’un an », comment a-t-il pu fauter si rapidement après son couronnement ?! En quoi consistait sa faute, qu’il a tellement tardé à reconnaitre face aux reproches du Navi Chemouel (Chemouel I, 15, 13-24) ?

Rav Ye’hezkel Sarna analyse les racines des diverses fautes (Daliot Ye’hezkel, I, p.256-266). 

Il commence par la faute du Eguel (Veau d’Or) suite à laquelle Hachem a dit aux Bené Israël : « Vous avez brisé « Naassé » (Nous ferons) (que les Bené Israël avaient proclamé au Sinaï ; Chemot 24, 7), soyez attentifs à « Nichma » (Nous écouterons) ! » 

Rav Sarna explique qu’il existe deux sortes de fautes : 

– Les fautes comme le Eguel (où les Bené Israël ne cherchaient qu’à remplacer Moché Rabénou, qui avait disparu, (comme l’explique le Ramban qu’il ne s’agissait pas du tout d’une rupture d’avec Hachem), qui sont des erreurs et non des fautes de « conception ».  

– Les fautes « d’idées », soit par « oubli » que « Nichma » ne signifie pas « entendre « intellectuellement », mais « accepter » et se soumettre, auquel cas l’atteinte au « Nichma » entraine avec elle le « Naassé » ; soit par altération du « Nichma », par mauvaise interprétation, où l’homme croit comprendre les paroles de la Torah ou du Navi différemment de leur signification réelle. Dans ce dernier cas l’atteinte se limite au « Nichma », puisque l’homme veut et croit accomplir la volonté de Hachem. 

Rav Sarna explique que la faute du roi Chaoul était de la dernière sorte. Il pensait véritablement avoir respecté la Parole Divine, et ce d’autant que l’interprétation qui consistait à réserver une partie du butin d’Amalek pour un Korban (Offrande) et l’exécution du roi d’Amalek Agag lui avait été suggérée par Doég HaAdomi, Grand du Sanhédrin (Rachi, Chemouel I, 15, 24). Ainsi la faute de Chaoul n’était pas un refus d’obéir à Hachem, mais l’adhésion à une « liberté d’interprétation » de la parole transmise par le Navi (Prophète) …

Rav Aharon Kotler (Michnat Rabbi Aharon III, p. 87-89) développe le lien entre la Yir’a (la « Crainte » de Hachem) et la « ‘Hokhma » (la Sagesse). Il explique que, comme le disent nos ‘Hakhamim (Michna Avot 3, 17), les deux notions sont étroitement liées. Il ne peut pas y avoir de Yir’a sans ‘Hokhma, car sans perception exacte de la réalité, la notion de Yir’a ne peut pas exister. Et une ‘Hokhma « théorique » qui n’implique pas d’application pratique n’a pas de sens (comme quelqu’un qui saurait que traverser au feu vert est dangereux, et le fait quand même …). 

Dans la mesure où Chaoul a dit à Chemouel : « Car j’ai craint le peuple (représenté par Doég), et j’ai écouté leur voix » (15, 24), il a ainsi porté atteinte à un niveau infime à la Yir’a de Hachem. C’est ce qui l’a empêché d’accomplir pleinement la Mitsva d’anéantir Amalek. 

Il ressort de là que le lien entre la faute de Chaoul qui a laissé Agag survivre une nuit, et les évènements de l’histoire de Pourim doit se situer dans cette même dimension. 

Les Bené Israël ont fauté de manière comparable, que ce soit en manifestant une soumission superficielle à Nevou’hadnétsar, ou en allant au festin d’A’hachvéroch, dans les deux cas par crainte des représailles.  Dans le cas du festin, ils n’avaient pas tenu compte de la mise en garde de Mordekhaï qui leur avait dit clairement de ne pas s’associer à ce festin. Cette manifestation célébrait ce que A’hachvéroch croyait être la fin définitive de tout espoir de Gueoula (Délivrance) de la Galout, A’hachvéroch allant jusqu’à utiliser les ustensiles du Beth HaMikdach qui provenaient du butin de Nevou’hadnétsar pour manifester la fin définitive du Peuple de Hachem. 

C’est ainsi que la faute de cette génération reproduisait et prolongeait celle de Chaoul. 

Cette crise ne pouvait alors se solutionner que par une prise de position radicalement opposée à celle qu’ils avaient prise dans leur faute !

Rav Moché Alchikh explique (Meguilat Esther 2, 10) qu’Esther ne révéla pas ses origines lorsqu’elle fut prise au palais d’A’hachvéroch car Mordekhaï avait perçu que l’agression de Haman était issue de la faute de Chaoul, et qu’elle devrait donc être réparée par des descendants issus de Chaoul. 

Le Gaon de Vilna explique à propos de ce même verset que bien que Mordekhaï avait ordonné à Esther de ne pas révéler son identité par crainte de représailles collectives contre les Juifs suite à son « insoumission » au décret royal de se présenter au palais, Esther avait poursuivi son obéissance même une fois que ce danger était écarté … C’est cette « discipline » absolue de respect d’une instruction sans se permettre d’interprétation personnelle qui est soulignée ici !

Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm II, p.186-197) développe les notions de « libre arbitre » et de destinée. Il explique la place du rôle dévolu à chacun dans l’Histoire du Monde. Au-delà du respect des règles de la Torah, chacun doit être à l’écoute de ce que Hachem attend de lui particulièrement. C’est ce que Mordekhaï accomplissait en ne se soumettant pas à Haman, et en le manifestant ouvertement. Telle était la destinée que Hachem lui avait attribuée, en tant que descendant de Binyamin qui ne s’était pas prosterné devant Essav comme ses frères, étant encore dans le ventre de sa mère Ra’hel (Beréchit 33, 1-7). 

Nous voyons ainsi que toute la trame des évènements de l’histoire de Pourim est axée sur la notion de « Nichma » qui avait été battue en brèche à nouveau par les Bené Israël, comme par le Roi Chaoul, et qui fut rétablie par le mérite de Mordekhaï et Esther qui réparèrent la faute de leur ancêtre !

Il apparait également ici que la trame de l’Histoire ne se limite pas à la génération considérée ici, mais s’étend sur des siècles. 

Nous sommes tous des maillons de la chaine de l’Histoire du Monde menant à la Gueoula (Délivrance) Ultime, et nous avons chacun notre place définie dans ce « concert » de la Création. 

Pourim n’est pas une « commémoration », mais un moment de recueillement pour réactualiser notre propre engagement envers Hachem : « Naassé veNichma » – Nous écouterons (réellement), et nous accomplirons !