בס »ד
La Paracha Terouma nous définit la confection du Michkan (Tabernacle) qui sera suivi par le Beth HaMikdach (Temple), comme lieu de « rencontre » entre les Bené Israël et Hachem.
Divers « meubles » sont disposés dans le Michkan, la Menorah (le Candélabre), où on allume des lumières chaque soir (Chemot 25,31-40), le Choul’han (la Table) sur lequel est placé le Le’hem Hapanim (les « Pains de proposition ») de Chabat en Chabat (25, 23-30), et le Mizbéa’h Hazahav (L’Autel en Or), sur lequel le Ketorèt (l’Encens) est consumé matin et soir (30, 1-10).
Avant la description de ces éléments, la Torah mentionne le Aron (le Coffre qui contient les Lou’hot – les Tables des 10 Commandements) (25, 10-22), qui est destiné à être placé dans le Kodech HaKodachim (le « Saint des Saints ») où seul le Cohen Gadol est autorisé à pénétrer pour accomplir la Avoda (Service), et seulement une fois par an, le jour de Yom Kippour.
La Guemara (Bava Batra 99a ; Youma 21a) dit que l’emplacement du Aron HaKodech dans le Kodech HaKodachim ne prend pas de place. C’est-à-dire que si on mesurait depuis le Aron HaKodech jusque chaque mur, on trouve de chaque côté la moitié de la largeur du Kodech HaKodachim, sans diminution pour la longueur du Aron qui fait 2,5 Amot (environ 1,5 m).
Ce fait est clairement en opposition avec les lois de la nature !
Comment comprendre l’utilité d’un tel Ness (Miracle) ?!
Et pourquoi ce Ness se manifestait particulièrement pour le Aron HaKodech, plus que pour les autres éléments du Michkan ?!
Le Maharal (‘Hidouché Aggadot, Bava Batra 99a) explique que le Aron HaKodech est distinct de tout le Michkan dans son niveau et sa Kedoucha. Et pour toute chose qui est distincte de la matérialité, il ne convient pas qu’elle ait des « dimensions » du tout. Il ajoute que le Aron HaKodech devait être « au milieu » du Kodech HaKodachim. Or le milieu ne peut être qu’un point sans épaisseur, car sinon ça ne s’appelle pas « milieu » !
Le Keli ‘Hèmda (début de la Paracha) développe la notion du Aron HaKodech et le fait qu’il n’occupe pas d’espace. La Torah emploie le pluriel : « Et ils feront un Aron … » (25, 10) qui différencie le Aron HaKodech des autres éléments du Michkan pour chacun desquels il est dit : « Tu feras ».
Le Keli ‘Hemda rapporte que le Ramban explique cela par le fait que tous les Bené Israël doivent participer à la confection du Aron. Or il est évidemment impossible que chacun aide physiquement à cet ouvrage ! Aussi le Ramban dit que certains aidèrent concrètement au travail, d’autre offrirent de l’or à cette fin ; et enfin, ceux qui ne pouvaient pas aider, et ne possédaient pas d’or pouvaient « aider » par leur volonté de vouloir participer … Le Keli ‘Hèmda déduit de là qu’une réalisation qui peut se faire par la pensée ne nécessite aucun espace physique. C’est pourquoi le Aron n’occupait pas de place dans l’espace du Kodech HaKodachim car le Aron avait une essence totalement spirituelle, sans la moindre dimension matérielle.
Quelle était la place d’un tel fait dans la réalisation du Michkan ?
Le Maharal (seconde introduction à Guevourot Hachem) explique que les Nissim (Miracles) doivent répondre à un certain « ordre », même s’il est différent de celui qui s’applique à la « nature ». Ainsi, les phénomènes « naturels » et « miraculeux » participent d’une même notion d’un Monde régi par le Créateur unique.
Le Chem MiChmouel (Année 675) explique que le Monde est dirigé par Hachem selon deux « mécanismes », un « naturel », et l’autre « miraculeux ». Toutefois il existe encore une « direction hybride », où la nature ne s’altère pas pour l’un tandis qu’elle s’altère pour un autre, ce qui constitue deux contraires dans un seul domaine. Par exemple, l’emplacement du Aron HaKodech n’occupe pas d’espace, alors qu’il possède lui-même une dimension(longueur, largeur, hauteur …).
Erets Israël est qualifiée par les ‘Hakhamim (Guemara Guitin 57a) de « terre-cerf » car, à l’instar de la peau du cerf qui se rétracte et ne peut plus recouvrir sa chair après qu’il a été écorché, ainsi Erets Israël contient aisément sa population nombreuse, mais se « rétrécit » lorsque les Bené Israël partent en Galout (Exil).
De même, dans le Beth HaMikdach, les Bené Israël qui étaient « serrés » lorsqu’ils étaient debout, étaient « à l’aise » lorsqu’ils se prosternaient (Michna Avot 5, 5).
Rav Chimchon Pinkus (Tiférèt Chimchon Chemot, p.312 ; Nefech Chimchon Chabbatm p. 71) développe que le Beth HaMikdach était une « échelle », un pont, qui reliait les « Cieux » (Spirituels) à la Terre que Hachem avait donnée aux hommes.
De prime abord, la Avoda (Service des Cohanim) semblait très « physique » avec l’abattage des Korbanot (« offrandes »), leur écorchage, leur dépeçage, la combustion sur le Mizbéa’h (Autel).
Cependant, 10 Nissim (miracles) se manifestaient en permanence dans l’enceinte du Beth HaMikdach (Michna Avot 5, 5), qui témoignaient d’une dimension spirituelle, jusqu’à atteindre l’apogée avec, dans le Kodech HaKodachim,le Aron HaKodech, qui n’avait aucune emprise dans « ce » monde (matériel).
L’ensemble du Michkan représentait ainsi un pont entre les deux Mondes.
Rav Pinkus ajoute que lorsque le Cohen Gadol lui-même accomplissait la Avoda de Yom Kippour, il illustrait cette grandeur : le verset (Vayikra 16, 17) dit : « Et aucun homme ne devait être dans la Tente (le Michkan) » lorsque le Cohen Gadol y venait à Yom Kippour.
Le Midrach s’étonne : « Mais le Cohen Gadol n’est-il pas lui-même « un homme » ?! (Vayikra Rabah 21, 12).
Et le Midrach conclut que lorsque le Cohen Gadol atteignait l’apogée de sa Avoda dans le Kodech HaKodachim, il accédait au niveau d’un Mal’akh (« Ange ») ! Ainsi se réalisait le rôle « d’échelle » du Beth HaMikdach !
Les paroles de Rav Pinkus expliquent le rôle du Kodech HaKodachim dans le Ness (Miracle). Mais pourquoi spécialement dans le Aron ?
Rav Eliahou Schik (Ein Eliahou Bava Batra 99a) explique que c’est pour souligner que celui qui veut acquérir la Torah qui est abritée dans le Aron doit s’éloigner de toute « dimension » personnelle. Il doit s’éloigner de la Gaava(l’orgueil), et se considérer comme « inexistant » … Et il doit s’éloigner de tout désir de satisfaction physique comme la nourriture et la boisson … Il pourra ainsi être comme le Aron qui n’occupe pas d’espace dans « ce » monde.
Le Ben Ich ‘Haï (Ben Yehoyada Bava Batra 99a ; Youma 21a) explique que le Ness se manifestait dans le Aron où sont les Lou’hot (Tables des 10 Commandements) pour faire allusion à l’homme que tout ce qu’il dépense pour l’étude de la Torah ne se déduit pas de ce qui lui est dédié à Roch Hachana. Ainsi le Aron ne « prend pas de place » ! Il ajoute que les Kerouvim (figurines qui surmontent le Aron HaKodech) également n’occupaient pas d’espace dans le Kodech HaKodachim, car ils représentent la collectivité d’Israël. Ils montrent ainsi que les Bené Israël n’empiètent pas sur la part de Essav (le frère de Yaacov) à qui « ce » monde a été attribué en partage … Essav n’a donc aucune réclamation à exprimer ! Le Ben Ich ‘Haï ajoute que ces Nissim rappellent à chacun de ne pas mêler une intention matérielle dans l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot. (Ceci rejoint l’explication du Ein Eliahou ci-dessus).
Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché p.88) et Rav Chalom Schwadron (Lev Chalom, p.282) expliquent que tout comme le Aron HaKodech, le Talmid ‘Hakham (étudiant de la Torah) ne prend pas de « place » dans les besoins de son existence. Il vit « au-dessus » de la nature.
Rav Schwadron explique encore que le Ness du Aron enseigne que chaque Talmid ‘Hakham a accès à la couronne de la Torah sans qu’aucun n’empiète sur l’autre.
Ainsi, même si nous n’avons plus « l’échelle » du Beth HaMikdach, le Ness du Aron HaKodech doit nous servir de modèle de la perspective que nous devons donner à notre propre Avoda, en tendant vers « le Haut » !


