בס »ד
La Paracha Michpatim qui est principalement dédiée aux règles régissant les relations entre individus, s’achève sur un rappel des évènements de Maamad Har Sinaï, la « station » des Bené Israël face au Mont Sinaï pour recevoir la Torah dans une manifestation exceptionnelle de la Présence de Hachem (Chemot 24, 1-18).
La Torah dit : « La Gloire de Hachem résidait sur le Mont Sinaï, et la « Nuée » le recouvrit (pendant) six jours. Et IL (Hachem) appela Moché le septième jour de l’intérieur de la « Nuée ». Et « l’Apparence » de la Gloire de Hachem était comme un « Feu dévorant » au sommet de la Montagne, aux yeux des Bené Israël. Et Moché vint au sein de la « Nuée » et il monta vers la Montagne. Et Moché fut dans la Montagne (pendant) quarante jours et quarante nuits. » (24, 16-18).
Les quarante jours mentionnés dans le dernier verset de la Paracha représentent la période pendant laquelle Moché « séjourna » dans la Montagne après Maamad Har Sinaï pour recevoir l’ensemble de la Torah avant de descendre le 17 Tamouz avec les Lou’hot (les Tables des Dix Commandements).
Moché rappelle ces évènements à la fin du séjour dans le Désert : « Lorsque je suis monté vers la Montagne pour prendre les Tables de Pierres, les Tables de l’Alliance que Hachem a conclue avec vous. Et j’ai séjourné dans la Montagne quarante jours et quarante nuits. Du pain je n’ai pas mangé, et de l’eau je n’ai pas bu. Et Hachem me donna les deux Tables de Pierres, écrites du Doigt de Dieu … » (Devarim 9, 9-11).
Ces descriptions, qui pourraient donner une impression « physique » des faits, soulèvent certaines questions !
Est-ce que le Don de la Torah nécessitait de « l’altitude », de telle sorte que Moché Rabénou « monta » au sommet de la Montagne qui, en fait, est décrite par nos ‘Hakhamim comme d’une hauteur modérée (Guemara Sota 5a) ?!
Rabbi Yerou’ham Levovitz (Daat Torah p.242) cite le Midrach (Chemot Rabah 28, 1) qui explique que Moché Rabénou s’éleva dans les Sphères Célestes à un niveaunormalement inaccessible aux êtres matériels. Il ne s’agit donc pas d’une ascension physique, mais d’une élévation spirituelle.
Pareillement la « Nuée » et le « Feu » sont essentiellement des réalités spirituelles, même si la Montagne, les feu et nuée matériels étaient également réels …
Mais quel était le but de ce « séjour » de quarante jours de Moché Rabénou dans la montagne ? Que devait-il accomplir pendant ce temps ?!
Rav Avraham Ibn Ezra écrit (Chemot 31, 18) : « Les hommes au « cerveau vide » s’étonnent : » Que faisait Moché Rabénou dans la Montagne pendant ces quarante jours et quarante nuits ? ». Et ils ne savent pas que s’il était resté là-bas avec Hachem, ce chiffre, et le double de son double d’années, il n’aurait pas pu connaitre un millième de l’action de Hachem et de Ses chemins, et le secret de toutes les Mitsvot qu’Il lui a ordonnées, car ils pensent que l’action est l’essentiel. Et ce n’est pas le cas ! Seulement le cœur avec l’action, et le cœur avec la parole …Et la source de toutes les Mitsvot est d’arriver à aimer Hachem de toute son âme, et à s’attacher à Lui. Et ceci n’est pas accompli s’il (l’homme) ne connaitpas l’action de Hachem dans les Mondes supérieurs et dans les mondes inférieurs, et qu’il (l’homme) connaisse Ses chemins (de Hachem) …Et il ne peut pas « connaitre » Hachem s’il ne connait pas sa personne et son âme et son corps, car quiconque ne connait pas l’essence de sa personne, quelle sagesse pourrait-t-il posséder ?! … » (fin de citation de Ibn Ezra, qui est développé plus bas par Rav ‘Haïm Fridlander).
Rabbi Moché Alchikh (Torat Moché, fin de la Paracha) explique que « dans la Nuée », Moché Rabénou a acquis une « existence » nouvelle du fait de son séjour dans la Montagne, au sein du »Feu dévorant ». Pour intégrer en lui la Torah Orale de façon « inaltérable », et être prêt à recevoir les Lou’hot (Tables des Dix Commandements) de la « Main » de Hachem, Moché sedevait d’affiner sa dimension matérielle et devenir un être nouveau. C’est pourquoi il (Moché Rabénou) n’est pas revenu avant que soient accomplis quarante jours et quarante nuits sans manquer même un moment, car de même que l’embryon est formé en quarante jours, ainsi il fallait la même durée pour changer fondamentalement.
Le Malbim (23, 12) explique pareillement que la matérialité de Moché Rabénou s’est affinée au point qu’il n’avait pas besoin de nourriture ou de boisson ni de quelconques besoins matériels. Son âme n’était plus « intégrée » dans son corps, mais comme « voisine », comme Adam Harichon avant la faute. A partir de ce moment il était devenu apte à la Parole Divine à tout moment.
Rav ‘Haïm Fridlander (Sifté ‘Haïm Chemot, p.376 et suivantes) nous livre une analyse complète des paroles de Rabbi Avraham Ibn Ezra.
Il commence par s’interroger sur le lien entre la « connaissance des Chemins de Hachem » et l’apprentissage des Mitsvot ?!
Effectivement, pour connaitre la Torah et les Mitsvot, il n’était pas nécessaire de séjourner pendant quarante jours dans la Montagne ! Mais pour « apprendre » la Torah du cœur, ce qui est l’essentiel dans l’acquisition de la Torah, il fallait passer par la « connaissance de Hachem »
Rav Fridlander souligne que le Rambam définit une démarche comparable lorsqu’il développe que le chemin pour accéder à l’amour de Hachem passe par l’observation de Ses Actions et de Ses Créatures extraordinaires, par lesquels il découvre Sa Sagesse infinie. C’est ce qui mène l’homme à l’amour de Hachem et à aspirer à s’attacher à Lui (Hilkhot Yessodé HaTorah, 2, 2).
Rav Fridlander poursuit son étude des paroles de Ibn Ezra : « Et il ne peut pas « connaitre » Hachem s’il ne connait pas sa personne et son âme et son corps ». Pour « connaitre » Hachem, l’homme doit se connaitre lui-même dans toutes ses dimensions …
Il explique que Ibn Ezra veut dire quede même que Hachem dit dans la Création : « faisons l’Homme à notre forme, à notre ressemblance » (Beréchit 1, 26), de même, cela signifie que Hachem a implanté dans l’Homme les « Midot » (« caractéristiques ») par lesquelles Il dirige le Monde. Par exemple, ce n’est que dans la mesure où l’homme est accompli dans la « Mida » de ‘Héssed (Don gratuit) qu’il peut approfondir sa compréhension du ‘Héssed de Hachem. C’est en cela que les Avot (Patriarches) étaient le « Char », c’est-à-dire qu’ils véhiculaient sur terre la connaissance de Hachem par leur comportement.
Et en retour la connaissance des Chemins de Hachem nous amène à perfectionner nos « Midot », comme le développe Rabbi Moché Kordovéro dans le Tomer Devora où il explique l’application au quotidien des 13 Attributs de Hachem. Et ainsi de palier en palier nous pouvons progresser dans notre lien à Hachem.
Rav Fridlander conclut avec les paroles de Ibn Ezra : « Quiconque ne connait pas l’essence de sa personne, quelle sagesse possède-t-il ?! … ». La sagesse doit être concrète, appliquée à la personne humaine, et non abstraite !
C’est une quête sans fin comme en témoignent les paroles de Moché Rabénou à la fin de son existence, après avoir vécu dans une dimension de Prophétie pendant quarante ans au sein de la génération du Désert (Devarim 3, 24) « Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur … ! ». Après toute son évolution, Moché Rabénou se voit encore au seuil de la connaissance de Hachem !
Rav Ye’hezkel Sarna (Dalyot Ye’hezkel I, p.371) souligne que le don de soi que Moché Rabénou a exprimé lorsqu’il rappelle aux Bené Israël les quarante jours qu’il séjourna dans la Montagne : « Du pain je n’ai pas mangé, et de l’eau je n’ai pas bu » ne fait pas état d’une souffrance vécue, car ce n’en était pas une. Il s’agit ici du don de soi qui consiste à amener sa personne à un tel niveau, en renonçant aux attaches naturelles au monde matériel.
La Paracha nous trace ainsi, chacun à son niveau, le chemin qui mène à un rapprochement sans fin vers Hachem. C’est là le véritable Don de la Torah ! c’est là le secret des quarante jours que Moché Rabénou séjourna dans la Montagne…


