Parasha – 243 – Bechala’h – 5786

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A peine sortis d’Egypte, Par’o, accompagné de tout ce qui reste de la puissance de l’Egypte menace à nouveau les Bené Israël (Chemot 14, 1-12).

Hachem sauve alors Son Peuple en ouvrant pour eux la mer, comme un passage royal (14, 21-22).

Et lorsque les égyptiens se précipitent derrière les Bené Israël, Hachem referme la mer sur les égyptiens, les anéantissant instantanément (23-28), tandis que les Bené Israël poursuivent leur chemin paisiblement dans le passage à pied sec que Hachem leur a ménagé (29).

Suite à cet évènement grandiose, les Bené Israël atteignent un niveau spirituel extraordinaire qui les hisse jusqu’à l’aptitude d’exprimer à Hachem un cantique exceptionnel qui fait partie de la Torah (15, 1-19). Cette « Chira » qui est intégrée dans la Tefila de chaque Juif, chaque matin, témoigne de l’élévation incomparable qu’ils ont reçue par cet épisode, comme en témoignent les ‘Hakhamim (Beréchit Rabah, 23, 4), qui soulignent que depuis la Création aucun Tsadik de haut niveau n’a accédé à un tel niveau.

Immédiatement après cette « Chira », la Torah décrit la suite des péripéties des Bené Israël.

« Moché « fit partir » les Bené de la Mer des Joncs … » (15, 22). Rachi explique que Moché Rabénou dut « arracher » les Bené Israël à la collecte du butin des égyptiens. Les égyptiens avaient orné leurs chevaux de parures d’or et d’argent et de pierres précieuses que la mer offrait maintenant aux Bené Israël.

Le verset (Chir HaChirim, 1, 11) compare le butin des « emprunts » des Bené Israël aux égyptiens lors de la Sortie d’Egypte (12, 35-36) à de l’argent, tandis que le butin récolté lors du passage de la Mer est qualifié d' »or ».

Lors du Brit ben Habetarim, « l’Alliance entre les morceaux » où Hachem avait informé Avraham de l’avenir de sa descendance à travers la Galout (Exil), Hachem lui avait annoncé qu’Il les sortirait d’Egypte et les amènerait en possession d’Erets Israël (Beréchit 15, 9-21). Hachem avait dit à Avraham « et ensuite ils sortiront avec une grande richesse ! » (Beréchit 15, 14).

Il est vrai que nos Commentateurs soulignent abondamment que la « Richesse » que les Bené Israël avaient acquise à la Sortie d’Egypte était essentiellement la grandeur spirituelle qu’ils avaient atteinte suite à la Galout (Exil) et à la Gueoula (Délivrance). Il n’en reste pas moins qu’en accomplissement de cette promesse Hachem avait ordonné (Chemot 11, 2-3) aux Bené Israël « d’emprunter » des objets précieux aux égyptiens au moment de la Sortie. Cet enrichissement matériel est donc un élément important de la Sortie d’Egypte !

Mais, au-delà de la question de l’intérêt de la richesse en elle-même, quelle nécessité y avait-il à ce que Hachem procure ce cadeau aux Bené Israël à travers le butin des égyptiens ?! Hachem n’avait-Il pas d’autres possibilité de leur faire « jaillir » du sol tous les biens précieux les plus désirables ?!

Rav Yaacov Kamenetski (Emeth LeYaacov, p.99) explique qu’en annonçant cette richesse à Avraham, Hachem lui soulignait que ce serait la « rétribution » du dur labeur de ses descendants en Egypte.

Rav Chimchon Pinkus (Tiférèt Chimchon, p.149) explique l’importance de cet enrichissement particulier qui s’était fait aux dépens des égyptiens comme un élément de « revanche » sur le peuple qui a asservi injustement les descendants d’Avraham. L’association des Makot (Plaies) qui ont frappé l’Egypte et du butin pris sur les égyptiens témoignaient de l’injustice fondamentale de l’asservissement subi.

Le Midrach (Chir HaChirim Rabah, 1, 22 ; 27) développe que les Bené Israël ont reconnu les bienfaits de Hachem à leur égard, et la négation de toute autre « puissance » (idolâtrie) par la « soumission » des nations (les égyptiens, Si’hon, Og, et les rois de Canaan) sous leurs « pieds« . Il s’agissait ainsi dans les divers butins, pas tant de l’enrichissement en lui-même, mais principalement d’affirmer la suprématie de la fidélité à Hachem sur l’idolâtrie sous toutes ses formes. Toute idolâtrie consiste fondamentalement dans le culte de « l’activité humaine » sans reconnaissance de la Présence intégrale de Hachem dans les moindres évènements collectifs ou individuels. Le Ramban développe à la fin de la Paracha précédente, Bo, (Chemot 13, 16) que l’objectif essentiel des Nissim (Miracles) de la Sortie d’Egypte était de manifester la toute Puissance de Hachem, et la négation de toutes les conceptions erronées qui avaient cours. De là nous apprenons à voir dans tous les faits du quotidien la Main de Hachem.

Le Ramban ajoute qu’un homme n’a pas part à la Torah de Moché Rabénou s’il ne reconnait pas qu’il n’y a aucun évènement « naturel » au niveau collectif ou individuel …

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Beréchit 4, 15) explique la notion de « Nekama » (couramment traduit par « Vengeance »). Il explique qu’il s’agit en réalité de « réhabilitation », que ce soit de la Justice piétinée, ou de la personne « à terre ». La même perception peut s’appliquer ici dans la réparation obtenue par les Bené Israël à travers les Makot (Plaies) et le butin.

C’est en cela que la démarche des Bené Israël pour recevoir les objets précieux des égyptiens, puis pour ramasser le butin de la Mer des Joncs, constituait une Mitsva ordonnée par Hachem.

Il nous reste à comprendre, alors, le sens del’intervention de Moché Rabénou pour interrompre énergiquement la collecte sur le rivage de la mer ?!

Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou, V, p.224) explique qu’il restait chez les Bené Israël une trace infime de valorisation de l’argent, que Moché Rabénou dut annuler au moyen de toute sa force spirituelle. Il ajoute que cette initiative ne suffit pas. Aussi ils eurent besoin d’un autre « soin » sous la forme de leur arrivée à Mara, où l’eau était amère et non consommable. Hachem ordonna à Moché de jeter dans cette eau un simple bois, qui de plus était amer ! Hachem leur apprit ainsi que les trésors d’or et d’argent ne leur seraient d’aucune utilité s’il n’y avait pas d’eau potable.

En montrant aux Bené Israël la réparation par un bois amer, Hachem leur enseigna le chemin de l’amélioration par le remplacement du joug de la poursuite de l’argent par le joug de la Torah et des Mitsvot (15, 23-26).

Rav Steinman (Ayelet Hacha’har, p. 113) explique que bien que les Bené Israël avaient atteint un niveau spirituel élevé lors de la traversée de la Mer des Joncs, il était cependant difficile de les arracher à la collecte de l’argent, au point qu’il fut nécessaire de les emmener malgré eux. Il souligne que la Guemara (Bekhorot 5b) rapporte qu’aucun juif n’a quitté l’Egypte avec moins de 90 ânes chargés de l’argent et de l’or des égyptiens. Il remarque que bien qu’il n’y ait rien à faire avec tant d’argent et d’or, l’Homme ressent un confort du fait de l’abondance d’argent, bien qu’il nécessite des efforts considérables …

Le Kli Yakar (Chemot 15, 22) explique que Moché craignait que l’abondance d’argent ne les amène à la faute, comme l’illustre la faute du Eguel (Veau d’Or). De plus, Moché Rabénou considérait que la grande richesse les rendrait inaptes à recevoir la Torah, la Torah et la richesse étant antagonistes. C’est pourquoi il les éloigna de force.

Rav Sim’ha Zissel Ziv, le Saba MiKelm (Or Rechaz, 244) explique que la Berakha de Hachem enrichit, mais que « l’homme doit savoir s’interrompre de son « repas » pour garder de la mesure, même dans les domaines parfaitement licites (voir Guemara Guitin, 70a). C’est l’apprentissage que prodigua Moché Rabénou aux Bené Israël même face à cette collecte qui était en soi une Mitsva.

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p.247-249) explique que l’octroi du butin des égyptiens à la Sortie d’Egypte et après le Passage de la Mer visait à ce que les Bené Israël arrivent à accéder à la richesse sans pour autant glisser à la suffisance. La Anava (discrétion-réserve) est la qualité qui protège de l’asservissement aux nations. De même la Gueoula à Venir ne dépend pas seulement de l’absence de Gaava (Orgueil), mais encore d’une Anava particulière.

Rav Chalom Chapira (HaMaor ChèbaTorah, p.123) remarque que s’il est possible d’accéder à la Torah Ecrite en « baignant » dans la richesse, il est par contre impossible d’atteindre à la Torah Orale dans le culte de l’opulence. Seul un détachement authentique permet de recevoir pleinement la Torah Orale. Les Bené Israël qui avaient atteint le niveau exceptionnel d’être à même d’exprimer une Chira (Cantique) restaient vulnérables à l’argent. C’est pourquoi Moché Rabénou les en éloigna.

Rav Zaydel Epstein ‘Héarot, p. 88) s’étonne que les Bené Israël, au plus haut de l’élévation spirituelle, aient été vulnérables au butin. Il conclut que c’est peut-être pour nous apporter cet enseignement que la Torah nous décrit cet épisode, pour nous apprendre qu’à tout niveau l’attrait de l’argent peut toucher l’homme.

A chacun d’en tirer les conclusions utiles le concernant …

Il ajoute que nous pouvons comprendre ainsi la louange de Moché Rabénou dans la Guemara (Sota 13a) relativement au fait qu’il se soit occupé de rechercher le cercueil de Yossef pendant que les Bené Israël collectaient les biens des égyptiens. Bien qu’eux aussi accomplissaient par cela une Mitsva, Moché Rabénou avait la grandeur de s’adonner à une Mitsva sans recevoir de bénéfice personnel.

La Torah nous enseigne ici que même dans l’accomplissement des Mitsvot, et même aux niveaux les plus élevés, nous devons rester attentifs aux pièges des élans humains naturels.