Parasha – 241 – Vaéra – 5786

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Au début de la Paracha Vaéra, Moché Rabénou reçoit le message de Hachem qu’il doit transmettre aux Bené Israël concernant la Gueoula (Délivrance) : « C’est pourquoi dis aux Bené Israël : Je suis Hachem ! Et Je vous sortirai de sous l’oppression des égyptiens, et Je vous sauverai de leur servitude, et Je vous libèrerai d’un bras étendu et avec de grandes punitions. Et Je vous prendrai pour Moi comme Peuple, et Je serai pour vous « Elokhim ». Et vous saurez que Je suis Hachem votre Dieu Qui vous a fait sortir de sousl’oppression des égyptiens. Et Je vous amènerai vers la Terre que J’ai élevé Ma main (pour jurer) que Je la donnerai à Avraham, à Its’hak, et à Yaacov. Et Je vous la donnerai en possession, Je suis Hachem ! » (Chemot 6, 6-8).

Ce message constitue le « programme » de la Gueoula, et de toute l’Histoire à venir !

« Du fait d’un souffle court, et d’une « avoda » (service) dure« … (6, 9) les Bené Israël n’eurent pas d’écoute.

Cette réaction négative à l’annonce de la Gueoula tant attendue est très surprenante !

De plus, les termes  » souffle court » et « avoda » (service) dure » nécessitent uneexplication.

Nos ‘Hakhamim expliquent la réaction des Bené Israël à deux endroits :

-Le Midrach Rabah (Chemot 6, 5) dit : « Il leur était difficile de se retirer de « l’idolâtrie » !

Et ainsi le NaviYe’hezkel (20, 7-8) explique : « Je leur ai dit : chacun, rejetez les abominations de ses yeux, et ne vous souillez pas aux infections des égyptiens, ne vous rendez pas impurs … »

Vois ce qui est écrit (à la suite) ; « chacun, les abominations de leurs yeux ils n’ont pas rejetées, et les infections des égyptiens ils ne les ont pas abandonnées … ».

-Dans la Mekhilta (Paracha 5, 28)nous voyons : « …Et pourquoi a-t-Il précédé la prise de l’Offrande Pessa’h, (précédant la Sortie d’Egypte), à sa Che’hita (Abattage) de quatre jours (Chemot 12, 5-6) ? Parce qu’ils étaient plongés dans l’idolâtrie en Egypte … Il leur dit « retirez vos mains de l’idolâtrie et attachez-vous aux Mitsvot » … y a-t-il un homme qui reçoit une annonce favorable et qui ne se réjouit pas ?! … mais pourquoi est-il dit : « ils n’écoutèrent pas Moché ? Parce qu’il leur était difficile de se retirer de l’idolâtrie comme il est dit (Ye’hezkel 20, 7-8) … » (même citation que dans le Midrach Rabah).

Ces enseignements nous présententune image troublante des Bené Israël en Egypte. A première vue, il semblerait que les Bené Israël n’avaient pas la Emouna (Croyance-Confiance) en Hachem ?!

Mais comment concilier cette image avec le verset de Chemot (4, 31) qui dit : « Et le Peuple crut. Et Ils entendirent que Hachem s’était préoccupé des Bené Israël … » ?! Dès la première parole de Moché Rabénou ils avaient montré leur Emouna !

Rav Chalom Chapira (HaMaor ChèbaTorah, p.188) cite un autre Midrach (Chemot Rabah, 23, 2) qui dit que les Bené Israël revinrent de leur Emouna initiale face aux obstacles nouveaux qui s’étaient dressés par les réactions de Par’o à la démarche de Moché Rabénou à la fin de la Paracha précédente, Chemot (5, 1-11).

Rav Its’hak Zeev Yadler (Tiférèt Tsion) explique ce Midrach en disant que la confiance dans la Nevoua (la Prophétie) de Moché Rabénou était ébranlée par l’échec apparent de son annonce de la Délivrance.

Rav Yaacov Kamenetski (Emeth Le Yaacov, 4, 31) explique que les Bené Israël croyaient que Par’o changerait radicalement d’attitude face à un message de Hachem … En constatant le refus catégorique de Par’o, les Bené Israël se découragèrent totalement de la Gueoula. Rav Kamenetski souligne que ce n’est qu’alors que la Gueoula devint réellement possible, comme il l’explique (Devarim 32, 36) relativement à la Guemara (Sanhédrin 97a) : « Le fils de David (Le Machia’h) ne viendra que lorsqu’on se sera découragé de la Gueoula ! ».

Cette phrase, qui sembleen rupture avec l’obligation d’attendre la venue du Machia’h est a priori incompréhensible ?!

Rav Kamenetski explique qu’il s’agit de se décourager de l’attente d’une Gueoula qui arriverait par un processus « naturel »…

Ce n’est qu’une fois que nous serons sortis d’une telle conception que Hachem nous apportera la véritable Gueoula par Son intervention manifeste !

Rav Chapira explique encore (p.85), s’appuyant sur les paroles du Ran (Drachot, Drouch 11)  que les Bené Israël s’étonnèrent des résultats négatifs de la mission de Moché Rabénou auprès de Par’o, et de sa démarche apparemment « trompeuse » (lorsque Moché Rabénou demanda initialement seulement une « sortie » provisoire pour pouvoir accomplirdes « Offrandes » à Hachem ; 5, 1. Cette impression fut confirmée encore avec l’annonce qu’à la sortie les Bené Israël « emprunteront » des objets de valeur aux égyptiens), comportement incompatible avec ce qu’on attendrait d’une « Intervention Divine » manifestant la Puissance incontestabledu Créateur …

Rav Naphtali Tsvi Yehouda Berlin (Haamek Davar 6, 9 et13, 9) développe que les Bené Israël étaient prêts à une Délivrance sans obligations « à la clé », mais pas à un « bienfait » qui serait accompagné de « l’indexation » de la « Hachga’ha » (sollicitude) de Hachem à leur Avoda (Service). C’est le sens de leur attachement à l’idolâtrie mentionné dans le Midrach : ils n’étaient pas prêts à vivre à un tel niveau spirituel d’abandon d’une vie régie par les mécanismes « naturels » indépendants de toute soumission à Hachem … Au premier message de Moché Rabénou, tous acquiescèrent et se prosternèrent en manifestation de gratitude. Mais une fois qu’ils eurent entendu qu’il leur faudrait se soumettre totalement à Hachem, pas tous n’acceptèrent, jusqu’à ce que Hachem les sorte d’Egypte malgré eux …

Rav Yadler (Tiférèt Tsion sur le Midrach) explique que les Bené Israël croyaient que la Gueoula passerait par le fonctionnement « limité » des mécanismes naturels du Monde. Aussi ils s’étonnaient que la situation puisse basculer soudainement d’une infériorité extrême aux sommets que Moché Rabénou leur annonçait maintenant. C’est cet attachement au fonctionnement « naturel » du Monde que les ‘Hakhamim désignent par « l’idolâtrie » à laquelle ils peinaient à renoncer …

Dans son commentaire sur le verset, Rav Yadler développe que le « souffle court » consiste en une réticence à « brider » ses pensées, et la « Avoda » (service) dure » est la difficulté ressentie par celuiqui n’a pas choisi de sa propre volonté de s’astreindre à l’étude de la Torah et à l’accomplissement des Mitsvot …

Il complète cette explication en disant que les Bené Israël pensaient que leur Gueoula surviendrait par des moyens naturels conformément aux conceptions des idolâtres …

Rav Elimelekh MiLizensk (Noam Elimelekh) explique que le « souffle court » représente la démarche de celui qui pense s’acquitter suffisamment de son devoir envers Hachem par une Avoda « minimaliste »

Quant à la « Avoda » le Service Divin) dure », il comprend que cela se réfère à ceux qui dédiaient à Hachem une « Avoda » dure », s’infligeant des privations, et qui pensaient qu’il était impossible que Moché Rabénou ait atteint le niveau d’apporter la Gueoula plutôt qu’eux-mêmes (avec leur Avoda « supérieure »…) Cette approche « triste » de la Avoda les rendait imperméables au message de la Gueoula …

L’enseignement de cette étape de notre première Gueoula de la Galout (Exil) est éloquent sous toutes ces approches pour notre propre attente !

Toutes les conceptions « naturelles » de la Gueoula sont réfutées par les paroles de nos ‘Hakhamim qui les définissent comme étant de l’« idolâtrie » !

Toutes les conceptions d’une Avoda (Service) de Hachem qui croient apporter la Gueoula « à force » de privations ou artifices en tous genres buttent sur l’obstacle de la Guemara qui enseigne que la véritable Gueoula viendra quand on cessera de croire pouvoir l’amener « mécaniquement » par notre Avoda « exceptionnelle » …

Hachem n’a pas « besoin » de notre aide pour « faire tourner » le Monde ! C’est là la leçon que nous devons intérioriser !

Apprenons à vivre notre lien avec Hachem avec précision, mais sans « crispation » sur la Gueoula… Soyons prêts à recevoir la véritable Gueoula qui nous surprendra par sa soudaineté …