Parasha – 155 Behaalotekha 5784

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La Paracha Behaalotekha poursuit les règles relatives au Michkan avec l’entrée en fonction des Leviim, puis enchaine avec la description du séjour des Bené Israël dans le désert, (leur premier Pessa’h après la sortie d’Egypte) et leurs déplacements dans le désert (Bamidbar 8, 1-10, 34).

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Description générée automatiquementLa seconde partie de la Paracha (11, 1-12, 16), décrit les “péripéties” qui aboutiront à la faute des Meraglim (les explorateurs) dans la Paracha suivante, Chela’h Lekha.

À la suite de cette “avalanche” de fautes, Hachem décréta de maintenir les Bené Israël dans le désert pendant quarante ans, jusqu’à la disparition de toute la génération des “plus de vingt ans” lorsqu’ils auront atteint à leur tour l’âge de soixante ans.

Entre ces deux parties de la Paracha, deux versets sont isolés du reste de la Torah par deux lettres “Noun” à l’envers (10, 35-36) : “Et c’était lorsque le Aron (HaKodech) prenait le départ, Moché disait : “Dresse-toi, Hachem et que se dispersent Tes ennemis, et que s’enfuient Tes adversaires de devant Toi !”. Et à son repos il disait : “Reviens Hachem (parmi) les myriades des milliers d’Israël !”

La Guemara (Chabat 115b-116a) commente ce passage que la Torah a singularisé. La Guemara cite deux opinions. Selon une opinion, Hachem a placé ces signes avant et après les deux versets pour signaler que leur place n’était pas ici, mais ils ont été mis là pour interrompre l’enchaînement des évènements. La Guemara explique que le verset qui précède : “Ils partirent de la Montagne de Hachem (le Har Sinaï) …” (10, 33) constitue un manquement de la part des Bené Israël qui ont quitté sans regret le Har Sinaï où ils avaient reçu la Torah.

Ce manque de “sentiment” pour la “Yechiva” où ils avaient tant appris est considéré comme une faute qui a entrainé les fautes suivantes qui sont décrites dans la suite de la Paracha Hachem a donc inséré ces deux versets en rupture de continuité à cet endroit afin de ne pas laisser une trop grande emprise à “la faute”.

Une autre opinion dans la Guemara considère que ces versets sont tout à fait à leur place ici. Toutefois ils sont singularisés car ils constituent un “livre” entier de la Torah à eux seuls. Il y aurait ainsi non cinq livres dans la Torah, mais sept, le Séfer Bamidbar étant coupé en trois : le début jusqu’à ces deux versets non-compris ; ces deux versets ; et enfin la suite du Séfer Bamidbar après ces deux versets.

La Guemara appuie cette opinion sur le verset de Michlé (9, 1) : “Elle (la Torah) a sculpté ses piliers (au nombre de) sept”.

En réalité, ces deux explications nous laissent “sur notre faim” l’une comme l’autre.

L’opinion qui soutient qu’il s’agit d’un “écran” entre les fautes mentionnées dans la Torah, nous laisse perplexes relativement à l’impact que la présentation par la Torah aurait sur les faits ?!

Les fautes pourraient-elles être amoindries ou accentuées selon la manière dont elles sont rapportées dans la Torah ?!

Dans son Séfer Sam Dérekh (Bamidbar p. 260) Rav Sim’ha Zissel Broydé développe une étude complète sur l’impact de la Torah sur l’actualité. Quant à la seconde opinion, il nous reste à comprendre quelle est l’importance du découpage de la Torah en cinq ou sept Livres ?!

Concentrons-nous ici sur la question commune aux deux opinions, du sens qu’a ce “Séfer” de deux versets ?!

Rav Chalom Noa’h Bérézovski (Netivot Chalom, p. 50) soulève cette question. Il remarque que la notion même de “Torah” implique des “directives” ! Or quelles directives trouvons-nous dans ces deux versets pour leur justifier le caractère de “Séfer” parmi les autres de la Torah ?!

Il répond qu’il y a dans la Torah les Mitsvot, les actions qu’il nous incombe d’accomplir ; mais il y a également le “Chemin de Hachem”, la manière d’accomplir les Mitsvot convenablement afin d’atteindre le but de la Torah.

Et c’est là le sens de ce “petit” passage de deux versets qui constitue un “Séfer” en soi !

Rav Bérézovski cite le Maguid Mikoznitz (Avodat Israël, sur le verset) qui explique que le “Aron” auquel ce verset fait allusion est le Talmid ‘Hakham (l’étudiant de la Torah) qui “contient la Torah en lui”.

Le but de la vie est de se rapprocher vers Hachem chaque jour.

Toutefois Hachem place des épreuves sur le chemin des hommes qu’Il considère “valables”, afin d’affiner leur dimension et de leur faire gravir les niveaux les plus élevés.

Cependant le moment de l’épreuve est un moment de “fragilité”, comme lorsqu’un homme gravit une échelle, il se trouve en “équilibre” sur un pied à chaque échelon, jusqu’au moment de poser le second pied sur l’échelon supérieur.

Dans ces moments, l’homme a besoin d’une protection particulière de Hachem pour l’aider à passer l’épreuve ! Tel est là le sens du verset : “Et c’était lorsque le Aron (HaKodech) prenait le départ, Moché disait : “Dresse-toi, Hachem et que se dispersent Tes ennemis, et que s’enfuient Tes adversaires de devant Toi !”.

Rav Bérézovski souligne ainsi que celui qui veut se rapprocher vers Hachem doit passer préalablement des épreuves. En surmontant ces épreuves il s’élève.

Tel est le sens du mot “Nissayone” (épreuve) que le Midrach (Beréchit Rabah 55, 1) rapproche du mot “Ness” (le “mât” d’un bateau) qui s’élève à la gloire de son propriétaire.

Cependant, au moment de l’épreuve, les “moyens” acquis antérieurement s’estompent pour laisser place à “l’épreuve”. C’est pourquoi ce verset cite que Moché Rabénou priait pour que Hachem assiste les Bené Israël dans leurs épreuves afin qu’ils vainquent les forces hostiles sur leur chemin.

Chaque Juif vient au monde avec une “mission” élevée, qui lui est spécifique.

Rav Bérézovski souligne qu’il y a deux facettes à la vie :

– L’effort pour surmonter les épreuves qui est exprimé dans le premier verset.

Chaque Juif doit affronter l’équivalent des “Dix épreuves” d’Avraham Avinou, auxquelles la Michna (Avot 5, 3) fait allusion. (Remarquons que Rav ‘Haïm MiVolozin souligne dans son commentaire sur cette Michna, Roua’h ‘Haïm, que dans cette Michna particulièrement, Avraham est désigné comme “Avraham Avinou” (Avraham notre père) pour souligner que son effort pour surmonter ces “Nissyonot” (épreuves) a implanté un acquis en nous, ses descendants, l’aptitude à les affronter dans notre existence individuelle).

– La seconde étape de l’accomplissement des Mitsvot “positives”.

L’objectif de la Torah est constitué de deux facettes : la “Yir’a” (“crainte” de Hachem) qui s’exprime dans le fait de surmonter les tentations d’agir négativement. Et la “Ahava” (“amour” de Hachem) qui rapproche “activement” vers Hachem. C’est l’étape du second verset : “Et à son repos il disait : “Reviens Hachem (parmi) les myriades des milliers d’Israël !”

C’est là, nous explique Rav Bérézovski, le sens de ce “Séfer” entier composé de deux versets ! Bien qu’ils ne comportent aucune action active, ils viennent enseigner l’objectif de la Torah et des Mitsvot !

Rav Chimchon Raphaël Hirsch aborde ce “Séfer” de manière comparable, mais en l’appliquant au parcours collectif de l’Histoire d’Israël !

Il explique que “l’Histoire” des Bené Israël est interrompue dans le Séfer Chemot (Chapitre 34) avec le renouvellement de l’Alliance après la faute du Eguel (Veau d’Or).

A partir de là commence l’exposé des Mitsvot relatives au Michkan (Tabernacle), qui s’étend sur tout le Séfer Vayikra et le début de Bamidbar.

La Torah reprend maintenant le récit du développement des Bené Israël. Mais avant cela la Torah souligne la distance qu’il y a entre l’objectif de l’Alliance octroyée par Hachem aux Bené Israël et leur niveau réel à ce moment. Si les Bené Israël avaient atteint le sommet d’accomplissement de la Torah visé, l’Histoire aurait pris une toute autre tournure. Les Bené Israël seraient entrés immédiatement depuis le Har Sinaï en Erets Israël pour y vivre une vie de Torah au niveau le plus élevé.

Toutefois maintenant cet objectif grandiose n’est qu’une “vision” pour la fin des temps, et l’Histoire de l’Humanité tout comme l’Histoire d’Israël se développe par un chemin différent. C’est en introduction à ces “détours” de l’Histoire que viennent les deux versets qui forment un Séfer en soi. Le premier décrit les épreuves de l’Histoire à travers lesquelles Israël se construira pour atteindre le sommet d’attachement à la Torah souhaité. Le second montre l’épanouissement qui sera l’aboutissement de l’Histoire de la Création. A travers toutes les “péripéties” du parcours d’Israël dans l’Histoire, la victoire finale de la Torah est garantie par ce Une image contenant Visage humain, personne, habits, livre

Description générée automatiquementSéfer qui réunit les deux versets.

Rav Eliachiv (Divré Aggada, p. 271) explique que chaque peuple possède un “drapeau” qui représente son identité. Le drapeau peut être hissé au sommet du mat pour manifester l’épanouissement, ou abaissé à mi-hauteur pour manifester le deuil. Ou encore totalement déchiré.

Le “Drapeau” d’Israël est l’attachement à Hachem !

Le Séfer constitué par les deux versets décrit les étapes de l’Histoire de la Torah sur terre. Le premier verset dépeint les tribulations de la Torah de pays en pays. Le “soleil” se couche sur la Torah d’Erets Israël pour se déplacer à Bavel, puis en Espagne, en Allemagne, en France. Enfin en Pologne, et partout dans le monde…

Rav Eliachiv souligne que l’attente était grande de voir la Torah s’établir enfin à nouveau en Erets Israël. Toutefois cet espoir ne s’est pas encore réalisé avec l’accomplissement du second verset : ” Et à son repos il disait : “Reviens Hachem (parmi) les myriades des milliers d’Israël !” !

Rav Eliachiv cite encore les paroles de nos ‘Hakhamim qui décrivent le “défilé” d’Israël dans le désert, précédé des deux “Aronot” (coffrets), celui renfermant la Torah, et celui qui ramenait la dépouille de Yossef depuis l’Egypte jusqu’en Erets Israël.

L’étonnement des nations devant l’association de la Chekhina et du mort trouvait rapidement sa réponse : Celui-ci a accompli ce qui est écrit dans celle-ci !

A l’opposé des “valeurs” des non-juifs qui ne régentent pas leur existence, la Torah d’Israël associe le Aron de la Torah à celui de ceux qui l’accomplissent !

Rav Eliachiv conclut en disant que le premier verset nous dicte d’élever bien haut l’étendard de la Torah en la transmettant à toutes les couches de la population.

Ces développements soulignent que nous avons devant nous, individuellement et collectivement deux étapes de Avoda (Service de Hachem) : la période des épreuves, et l’épanouissement qui réserve encore des efforts, de même que l’objectif de Adam Harichone avant la faute.

Pour garder présent ce “programme”, nous évoquons ce Séfer, guide de notre Histoire, en déclamant (texte des Sidour achkenase) le premier verset à l’ouverture du Aron HaKodech pour sortir le Séfer Torah.

Puis nous accompagnons le retour du Séfer Torah dans son écrin par le second verset, exprimant ainsi que nous attendons et que nous devons nous préparer dans cette période d’épreuves à l’aboutissement des tribulations de la Torah avec la Gueoula Ultime.