LE RABBI DE KALOV – 212 – Lekh Lekha – 5787

S’écarter de l’ingratitude.

«De grâce, sépare-toi de moi.» (Béréchit 13, 9).

Il est une devise connue que, si l’on rend service à quelqu’un, on doit être prêt à recevoir en retour des pierres, car souvent, celui qui bénéficie de cette faveur rend le mal pour le bien et lance des pierres contre son bienfaiteur.
On raconte à ce sujet qu’un jour, on demanda à un Tsadik la raison pour laquelle de petites pierres se trouvaient dans la cour de sa maison. Il répondit : « Il existe un Yetser Hara particulier qui nous pousse à rendre le mal pour le bien. Pour cette raison, j’ai déposé de petites pierres dans ma cour, afin que lorsqu’ils voudront me jeter des pierres, après avoir reçu mon bienfait, ce soient au moins de petites pierres.»
On raconte au sujet du ‘Hatam Sofer zatsal qui dit un jour à un homme qui l’avait beaucoup peiné : « Je ne t’ai pas rendu de si grandes faveurs, au point que tu me lances de si grandes pierres. »
On raconte à propos de Rabbi Yéhochoua de Kotna zatsal : lorsque son fils fut candidat au poste de rabbin dans une certaine ville, le père se rendit dans cette ville pour aider son fils à obtenir ce poste. En traversant la ville en calèche, un inconnu lança une grande pierre qui atterrit dans la calèche. Par miracle, le Rav s’en sortit sain et sauf.
Le Rav insista pour qu’on lui dévoile l’identité de l’agresseur. Ses proches craignaient que les stricts principes du Maître ne nuisent à l’homme. C’est pourquoi ils se dérobèrent et ne répondirent pas clairement à la question. Cependant, le Rav promit de ne causer aucun tort à l’homme, et que sa curiosité découlait d’une source bien différente.
Lorsqu’on lui dévoila l’identité du lanceur de pierres, le Rav sourit et déclara : « Je vais vous expliquer de quoi il en retourne. Nos Maîtres nous relatent (Avoda Zara 5b) qu’à partir du jour où Adam Harichon commit la faute et devint ingrat envers Hachem, ce défaut de l’ingratitude a pénétré en l’homme. En conséquence, si l’on voit un homme commettre du mal et de l’injustice envers son ami, ce peut être un signe que l’homme a bénéficié des faveurs de son ami. De ce fait, j’étais surpris, car je n’ai jamais fait de mal à un résident de cette ville, et c’est pourquoi sa conduite m’a étonné. »
« Or, maintenant que son identité m’a été dévoilée, je comprends tout. En effet, il a quelques années, j’ai déployé d’importants efforts et ai sauvé son père d’un grave procès pénal. D’après l’acte d’accusation, il aurait dû être jugé et envoyé en Sibérie, et grâce à mon intervention, du fait de ma connaissance du gouverneur de la province, j’ai supplié ce dernier de le libérer. C’est pourquoi le Yetser Hara l’a incité à ce geste contre moi. »
On raconte également au sujet du Gaon Rabbi Yé’hezkel Avramski zatsal : un jour, un directeur de Yéchiva lui confia qu’un groupe d’élèves de la Yéchiva avait organisé une manifestation contre la direction de la Yéchiva pour protester contre quelque chose qu’ils avaient demandée sans succès. Le Gaon déclara : « Vérifiez et vous verrez que ce sont des élèves qui ne paient pas les frais de scolarité. » En effet, le directeur de la yéchiva vérifia les listes et confirma son intuition.
Lorsque le directeur exprima son étonnement et lui demanda comment il le savait, le Gaon lui expliqua en ces termes : « Plus un homme reçoit de bien, plus il a d’obligations de reconnaissance. Et plus le devoir de reconnaissance est important, plus le Yetser Hara augmente pour inciter la personne à rendre le mal pour le bien. J’ai donc compris que ceux qui organisaient une protestation à la direction de la Yéchiva, qui pourvoit à leurs besoins, faisaient preuve d’une grande ingratitude, et c’est le signe qu’ils bénéficient d’une très grande faveur, en étudiant à la Yéchiva sans payer. »
Comme le Yetser Hara s’évertue tellement à influencer l’homme à devenir ingrat, chaque Juif doit se batte intensément pour éviter ce trait de caractère à proscrire.
Le fondement du peuple juif repose sur la reconnaissance, par la récitation de cent berakhot par jour et la pratique des autres Mitsvot du Créateur, mû par la reconnaissance envers Hachem qui nous nourrit et pourvoit à tous nos besoins. Nous sommes appelés « Yéhoudim », tiré du mot Hodaya (remerciement) que nous ancrons en nous : le remerciement à l’égard de Hachem et celui envers toute personne qui nous prodigue du bien.
Nous découvrons dans le Midrach que Hagar, épouse d’Avraham, était une femme étrangère dans la région d’Avraham, et Sarah se préoccupait toujours de la rapprocher et de lui procurer tous ses besoins. Malgré tout, Hagar méprisait Sarah et affirmait qu’elle n’était pas une véritable Tsadika. Les ouvrages sacrés expliquent que c’est l’une des raisons pour lesquelles Hagar ne mérita pas de devenir la matriarche du peuple élu. En effet, le peuple juif est tenu de suivre la voie de la reconnaissance. Or, comme Hagar s’est conduite avec une ingratitude considérable, ce trait de caractère a été transmis à ses descendants, comme l’indique le Zohar.
Nous découvrons le fondement de cette idée dans la paracha Ki Tétsé (23,4) : la raison pour laquelle il a été interdit d’accueillir des convertis issus d’Amon et de Moav s’explique «parce qu’ils ne vous ont pas offert le pain et l’eau à votre passage, au sortir de l’Égypte, et de plus, parce qu’il a stipendié contre toi Bilam, fils de Beor, de Pethor en Mésopotamie, pour te maudire.» Le Ramban commente sur ce verset que le défaut principal d’Amon et de Moav est l’ingratitude. En effet, Avraham avait enrichi leur père Lot et sauvé sa vie à plusieurs reprises, tandis qu’ils avaient rendu le mal pour le bien aux petits-enfants d’Avraham. Cela justifie l’interdit de les accueillir au sein du peuple et de les épouser.
Nous pouvons dans cette perspective interpréter le verset de notre Paracha : les bergers de Lot partirent pour se battre contre les bergers d’Avraham. Cependant, Lot ne demanda pas à ses serviteurs d’obéir à Avraham, qui était pourtant la source de toute sa richesse, ni de calmer la dispute. Lorsqu’Avraham se rendit compte de la considérable ingratitude de Lot, il lui dit aussitôt : «De grâce, sépare-toi de moi.» Il m’est interdit de m’attacher et de nouer des relations de mariage avec ton peuple, car le peuple juif est tenu de s’écarter de ce défaut.
Chabbath chalom !