Rav Shaoul David BOTSCHKO – 098 – Ki Tétsé – 5786

L’interdiction de payer des intérêts

Dans notre paracha, la Torah met en garde l’emprunteur :

« Tu ne paieras point d’intérêt à ton frère : intérêt d’argent, intérêt de vivres, intérêt de toute chose dont on paie l’intérêt » (Deutéronome 23, 20).

Et Rachi explique : C’est un avertissement adressé à l’emprunteur de ne pas donner d’intérêt au prêteur.

La racine de l’interdiction pour l’emprunteur

Nous comprenons parfaitement l’interdiction qui pèse sur le prêteur, qui exploite la détresse d’un pauvre pour s’enrichir sans le moindre risque, puisqu’il n’accorde de prêts qu’en échange de garanties. Mais l’on peut s’interroger : quel est le tort, quel est le péché de l’emprunteur ? N’est-il pas pauvre et contraint d’emprunter malgré lui ?

Il apparaît pourtant que le comportement de l’emprunteur comporte lui aussi une gravité et un défaut intrinsèques. L’emprunteur, qui a besoin d’argent pour subsister, choisit souvent la « voie de la facilité » au lieu de fournir des efforts et un travail soutenus. Certes, l’emprunt lui apporte une réponse immédiate, mais à long terme, il compromet sa stabilité financière. En fin de compte, il lui faudra rembourser l’argent au prêteur – non seulement le capital, mais aussi une somme supplémentaire sous forme d’intérêts. Il s’alourdit ainsi d’un fardeau et d’engagements bien plus lourds encore.

Un manquement dans la mesure de la confiance en Dieu

La racine de la faute de l’emprunteur provient d’une faille et d’un manque dans la mesure de la confiance (bita’hon) envers le Saint béni soit-Il. Au lieu de redoubler d’efforts et de labeur pour gagner sa vie dignement et de demander l’aide du Ciel, il suspend ses espoirs et son destin à son prochain fortuné. Or, ce dernier ne vient nullement le secourir par altruisme, mais cherche à exploiter sa détresse à son propre profit.

L’homme doit vivre strictement selon les moyens dont il dispose. La Torah souhaite empêcher l’homme de s’exposer au danger des emprunts, afin qu’il ne dépense pas et ne gaspille pas des fonds qui ne lui appartiennent pas, et qu’il n’hypothèque pas son avenir financier entre les mains d’autrui. Celui qui agit ainsi se retrouve lancé dans une course sans fin pour sa subsistance, au risque d’y perdre son monde.

La voie juste

Telle n’est point la bonne voie. Si une personne se trouve dans un besoin réel et vital, elle doit s’adresser aux membres de la communauté désireux d’accomplir une mitsva – ceux qui l’aideront par un don ou par un prêt sans intérêt, afin de l’aider à se relever.

Il ne faut point céder à la tentation de recourir à des prêteurs exploiteurs. Au contraire, il convient de travailler, de prier, et de vivre avec foi et simplicité selon ce que le Saint béni soit-Il dispense pour notre subsistance.

Shaoul David Botschko