Rav Shaoul David BOTSCHKO – 096 – Reéh – 5786

Sois fort

Sur quoi doit-on se fortifier ainsi ? La Torah enjoint de s’abstenir de consommer du sang :

« Seulement, sois fort pour ne point manger le sang, car le sang, c’est la vie ; et tu ne mangeras point ce qui donne la vie avec la chair » (Deutéronome 12, 23).

Qu’y a-t-il de si difficile à s’abstenir de consommer du sang ? Sur cette difficulté, Rachi rapporte deux réponses de Tanaïm (docteurs de la Mishnah), qui semblent se contredire l’une l’autre — l’une y voit un commandement difficile à observer, et l’autre un commandement facile à observer :

« De ce qu’il est dit « sois fort » (hazak), tu apprends qu’ils étaient habitués [au péché] du sang pour le consommer ; c’est pourquoi il a fallu dire « sois fort », paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Shimon ben Azaï dit : Le verset vient seulement t’avertir et t’enseigner combien tu dois te fortifier dans l’accomplissement du commandement ; si le sang, dont il est facile de se préserver car l’homme ne le désire pas, a nécessité de te fortifier par son avertissement, à plus forte raison en est-il ainsi pour les autres commandements. »

Il semble qu’en réalité, il n’y ait pas de contradiction entre ces deux interprétations. En effet, le sang est une chose répugnante, mais puisqu’il contient des composants nutritifs importants, les êtres humains avaient l’habitude de le consommer. La Torah souligne que bien que le sang soit répugnant et que l’âme s’en détourne, il faut se fortifier et ne pas se laisser entraîner par la majorité qui choisit de le consommer malgré sa répugnance. De là, nous apprenons que tous les commandements, même ceux qui semblent faciles, requièrent de la fermeté.

Il est également possible que Rabbi Yehouda et Rabbi Shimon représentent deux approches différentes quant à l’accomplissement des commandements de la Torah. Selon Rabbi Yehouda, la plupart des commandements de la Torah correspondent à la vie de l’homme et à ses besoins, et il n’y a donc aucune difficulté particulière à les observer — mais l’interdiction de consommer du sang fait exception en raison de la coutume des nations de le consommer, et c’est pourquoi elle exige un renforcement particulier. En revanche, selon Rabbi Shimon, l’accomplissement de tous les commandements exige un effort immense, car l’homme, doté de nombreux instincts, a du mal à renoncer même à des choses dont l’accomplissement est répugnant — et c’est pourquoi un grand renforcement est nécessaire pour vivre selon la Torah, tant pour les commandements légers que pour les graves.

Il va de soi que les paroles des deux Tanaïm sont la stricte vérité. Les commandements de la Torah sont faciles à exécuter, mais pour parvenir à cette compréhension, il faut parfois un grand effort humain. Et quiconque a le mérite de comprendre la valeur du judaïsme et mène une vie de Torah et de commandements, ressent à quel point la Torah convient à l’âme juive, et son observation devient une partie de sa nature.

Shaoul David Botchko