Le Héros et le Riche
À la fin de la section de Nasso, la Torah détaille longuement les offrandes des princes (Nessi’im). L’inauguration du Tabernacle (Michkan) fut célébrée par le fait que chacun des princes des tribus apporta exactement la même offrande. Cependant, nos Sages (H’azal) nous enseignent que derrière ces offrandes identiques se cachaient des intentions et des significations différentes, uniques à chaque tribu. Le Midrach scrute les légères variations textuelles entre les princes et en extrait des perles de moralité et de philosophie.
Commençons par l’exemple du premier prince, Nah’chon fils d’Aminadav. La Torah décrit son offrande ainsi :
« Celui qui présenta son offrande le premier jour fut Nah’chon, fils d’Aminadav, de la tribu de Juda » (Nombres 7, 12).
Contrairement à tous les autres chefs de tribu, Nah’chon est le seul qui n’est pas mentionné avec le titre de « Prince » (Nassi). Le Midrach explique que c’est précisément parce que Nah’chon était le plus grand d’entre eux – le leader courageux qui sauta le premier dans la mer Rouge et grâce à qui la mer se fendit – que la Torah a voulu mettre en garde contre le danger de l’orgueil et de l’arrogance :
« Pourquoi, pour tous les princes, est-il écrit le terme « Prince », tandis que Nah’chon n’est pas appelé « Prince » ? C’est parce qu’il a sacrifié en premier. Car s’il venait à s’enorgueillir face aux autres princes en disant : « C’est moi qui suis roi sur vous, puisque j’ai sacrifié le premier », ils lui diraient : « Tu n’es qu’un homme ordinaire (Hédiot), car ils sont tous appelés Prince, Prince, et toi, tu n’es pas appelé Prince ». Afin de réaliser ce qui est dit : « Tout cœur hautain est en abomination à l’Éternel » » (Nombres Rabba, section 13, paragraphe 17).
La Torah enseigne au « héros » – celui qui ouvre la voie et marche en tête – que même dans les moments de gloire, il doit faire preuve d’une humilité accrue et se rappeler qu’il n’est pas supérieur à ses pairs.
Dans ce même Midrach apparaît une autre explication fascinante, qui clarifie pourquoi la tribu de Zabulon a mérité d’apporter son offrande en troisième position, immédiatement après la tribu d’Issachar :
« Pourquoi Zabulon a-t-il mérité d’offrir en troisième ? Parce qu’il aimait la Torah et ouvrait largement ses mains pour distribuer ses biens à Issachar, afin que la tribu d’Issachar n’ait pas à se soucier de sa subsistance et ne soit pas détournée de l’étude de la Torah. C’est pourquoi Zabulon a mérité d’être le partenaire de la Torah, il devint le compagnon d’Issachar, et c’est pour cela qu’il offrit juste après lui » (Nombres Rabba, ibid.).
Ce lien unique s’exprime également dans les bénédictions de Moïse (Moché Rabbeinou) dans la parachat Vezot HaBerakha, qui les lie ensemble : « Réjouis-toi, Zabulon, dans tes sorties, et toi, Issachar, dans tes tentes ». La tribu de Zabulon résidait sur la côte de la mer Méditerranée et se consacrait à un commerce maritime international prospère, tandis que la tribu d’Issachar dédiait la majeure partie de son temps et de son énergie à l’étude de la Torah. Selon leur célèbre accord, Zabulon soutenait financièrement Issachar avec la profonde conscience que la richesse matérielle puise sa vitalité dans la vie de la Torah. Sans une colonne vertébrale spirituelle solide, l’accumulation de biens matériels n’a aucun sens.
Ces deux Midrachim ont été apportés à proximité immédiate pour enseigner une leçon au héros et au riche : leur apprendre qu’ils ne sont pas seuls. Le héros doit comprendre qu’il est un premier parmi ses pairs, et le riche doit comprendre quel est le but de l’accumulation des biens.
Shaoul David Botschko
