Du désert (Midbar) À la parole (Medaber)
Au début du livre de Bamidbar (Nombres), le Midrash donne deux raisons à la question de savoir pourquoi la Torah a été donnée précisément dans le désert. Voici les termes du Midrash :
« « L’Éternel parla à Moïse dans le désert du Sinaï ». Pourquoi dans le désert du Sinaï ? De là, les Sages ont enseigné que la Torah a été donnée par trois éléments : par le feu, par l’eau et par le désert. D’où le savons-nous pour le feu ? « La montagne du Sinaï était toute en fumée… » (Exode 19). Et pour l’eau ? Car il est dit : « Les cieux ont ruisselé, les nuages ont laissé tomber des eaux » (Juges 5, dans le cantique de Débora qui raconte le don de la Torah). Et pour le désert ? « L’Éternel parla à Moïse dans le désert du Sinaï ». Et pourquoi a-t-elle été donnée par ces trois éléments ? Pour nous apprendre que, tout comme ceux-ci sont gratuits pour tous les habitants du monde, les paroles de la Torah sont également gratuites, comme il est dit : « Ô vous tous qui avez soif, venez vers les eaux » (Ésaïe 55). Une autre explication (Davar Acher) : « L’Éternel parla à Moïse dans le désert du Sinaï » signifie que quiconque ne se rend pas lui-même entièrement disponible et réceptif, tel un désert (Hefker), ne peut acquérir la sagesse et la Torah. C’est pourquoi il est dit « dans le désert du Sinaï ». »
La première raison présentée par le Midrash pour expliquer le don de la Torah dans le désert est que le désert est un espace qui constitue un bien commun (Hefker). De la même manière, la Torah appartient à tout le monde. Le Midrash explique que c’est exactement pour la même raison que la Torah est comparée au feu et à l’eau – des éléments qui se trouvent dans la nature et qui sont à la libre disposition de tous les habitants du monde, sans qu’il soit nécessaire de payer.
Cependant, on peut se demander : pourquoi le Midrash ne s’est-il pas contenté de notre verset et de la métaphore du désert, et qu’ajoute la comparaison avec le feu et l’eau ? L’observation des caractéristiques de ces éléments révèle que chacun apporte une signification supplémentaire qui lui est propre : le feu réchauffe, mais il peut aussi brûler ; il réchauffe et éclaire précisément celui qui s’en approche avec un cœur pur. L’eau, quant à elle, est la source de vitalité qui donne vie à l’ensemble de la création.
Et qu’ajoute le désert à tout cela ? La réponse réside dans la deuxième partie du Midrash, qui souligne l’importance de préparer son cœur pour recevoir la Torah. L’étude exige une disponibilité mentale. Si une personne aborde la Torah en s’accrochant à une vision du monde déjà figée et préconçue, elle ne parviendra pas à entendre la voix de la Torah. Mais si elle y vient comme un désert – vidée de ses préjugés et avec humilité – alors le désert (Midbar) se met à parler (Medaber).
La Torah appartient à tous, et nul ne peut se l’approprier pour dire : « Ma compréhension est l’unique ‘Daat Torah’ (Pensée de la Torah) et il n’y en a pas d’autre. » Car c’est justement celui qui comprend que la Torah est un bien commun qui peut acquérir la vertu de l’humilité, entendre la parole divine, et transformer le désert (Midbar) en parole (Medaber).
Shaoul David Botchko
