בס »ד
Le Sefer Bamidbar s’ouvre sur la Mitsva de compter les Bené Israël que Hachem ordonne à Moché Rabénou (Bamidbar 1, 1-1+6). Cette Mitsva prépare l’organisation des Bené Israël en « Degalim », des campements de trois Tribus chacun sur les quatre côtés du Michkan (2, 1-34).
Ces démarches semblent essentiellement « techniques » en vue de la conquête d’Erets Israël. S’il ne s’agissait que d’un intérêt pratique, Hachem aurait-Il défini les moindres détails avec une telle précision ? L’espace considérable que la Torah consacre à ces démarches montre la dimension spirituelle de ces directives.
Lors de la préparation du décompte, Hachem dit à Moché Rabénou : « Et avec vous (Moché et Aharon) seront un homme, un homme par Tribu ; un homme Tête de la maison de ses pères il est. Et voici les noms des hommes qui se tiendront avec vous … » (1, 4-5). Puis après l’énumération, la Torah ajoute : « Ce sont les appelés de l’Assemblée, les Princes des Tribus de leurs pères, les Têtes des milliers d’Israël ils sont » (1, 16).
La liste des douze Nessiim, (Princes de Tribus) appelés à assister au décompte aux côtés de Moché et Aharon (1, 4-17) semble superflue. Divers commentateurs, notamment le Haamek Davar (1, 4), et Rav Moché Feinstein (Darach Moché, p.107) soulignent que ces « Princes » de Tribus étaient déjà en place précédemment, comme la Torah le mentionne lors des offrandes pour la confection du Michkan (Chemot, 35, 27), et lors de « l’inauguration » du Michkan (Tabernacle) à Roch ‘Hodech Nissan. (La description de cette « inauguration » par les Nessiim figure dans Bamidbar (7, 1-88), mais elle est datée de Roch ‘Hodech (Chemot 40, 2), un mois avant le décompte …)
Outre l’énumération nominale, il y a dans ces versets des insistances et des « répétitions » qui ne peuvent pas être reçues comme des « figures de style » incompatibles avec le caractère supérieur de la Torah. Hachem les définit (1, 4) comme : « Un homme, un homme par Tribu, un homme « Tête » de la maison de ses pères il est ». Puis après l’énumération, la Torah précise : « Ce sont les « appelés » de l’Assemblée, les Princes des Tribus de leurs pères, les Têtes des milliers d’Israël ils sont » (1, 16). Puis la Torah souligne que Moché Rabénou « prit » ces hommes qui avaient été précisés par les noms ».
Rav Moché Feinstein explique qu’effectivement ils étaient les Princes des Tribus depuis bien avant. Toutefois un Prince nommé par choix du Peuple peut être révoqué, et s’ils avaient été associés au décompte uniquement au titre de cette fonction, ils auraient pu être remplacés par des successeurs. Mais une fois qu’ils avaient été désignés nommément par Hachem, ils étaient donc assignés à cette fonction indépendamment de leur qualité de Nessiim du Peuple, ayant reçu maintenant leur nomination de Nessiim par Hachem.
Le Netsiv (Rav Naphtali Tvi Yehouda Berlin) (Haamek Davar, Bamidbar 1, 4) explique que la confirmation de leur « Titre » de Nessiim ici par Hachem nous montre que même le choix des Bené Israël n’était pas lié à leur richesse ou à des qualités de gestion publique particulières, mais était dû à leur grandeur exceptionnelle dans la Torah et la Yir’a (« Crainte ») de Hachem. C’est ces qualités qui les rendaient spécialement appropriés à diriger les Tribus d’Israël !
Rav Its’hak Zeev Yadler (‘Houmach Tiférèt Tsion, 1, 4-5) explique que dans chaque Tribu les Nechamot (âmes) de tous ceux qui viendraient au Monde jusqu’à la fin des temps étaient englobées. C’est pourquoi la « Tête » de la Tribu devait être associé à ce dénombrement « fondateur ».
Il ajoute qu’en nommant explicitement ces « Têtes de Tribu », Hachem confirmait leur grande dimensionspirituelle. De plus en publiant leur nomination, Hachem leur révélait à eux même leur grand niveau. Ce développement est conforme à la Michna (Avot 3, 14) avec le commentaire Midrach Chemouel qui explique que le fait d’avoir connaissance de la grandeur « encourage » l’homme à vivre en conformité avec cette qualité …).
Dans son commentaire sur le Midrach (Beréchit Rabah, 71, 4), Rav Yadler explique que Hachem oriente les parents des hommes destinés à diriger le Monde en leur faisant donner un nom qui sera en rapport avec la mission qu’Il leur a assignée. De telle sorte qu’il est possible de discerner dans leurs noms leur orientation dans la vie.
Le Ben Ich ‘Haï commente le verset : « Et avec vous (Moché et Aharon) seront un homme, un homme par Tribu ; un homme Tête de la maison de ses pères il est ». Il explique que chaque Tsadik possède deux « âmes« , une âme qui est intégrée au corps, et une âme « supérieure » qui se « tient comme une ombre sur sa tête et lui amène la vie supérieure. C’est pourquoi Hachem voulait que ceux qui compteraient les Bené Israël soient des Tsadikim accomplis, afin que ce décompte n’amène pas de conséquences néfastes sur Israël.
Le terme « Hou » (Il est) qui ponctue le verset souligne que par sa qualité personnelle, le Nassi (Prince) est apte à s’associer à cette démarche du décompte.
Rav Tsvi Hirsch Ferber (Kerem Hatsvi, p.14) souligne également le sens des termes « Hou » (Il est), et « Hem » (Ils sont). Il précise qu’à la différence de la pratique courante qu’un dirigeant est nommé du fait de sa « force », sa « violence » sociale, ou des « pots de vin » distribués pour acquérir les soutiens nécessaires, la Torah témoigne que les Nessiim nommés pour guider les Bené Israël étaient des Grands de la Torah et dans la Kedoucha. « Il est », « Ils sont » aptes par eux-mêmes.
Dans son recueil sur Chemot (p. 34), Rav Ferber souligne encore que les Nessiim étaient la « Tête » de la maison de leurs pères. C’est-à-dire qu’à la différence de ceux qui se réclament de leurs ancêtres prestigieux, Grands de la Torah, mais ne font pas les efforts nécessaires pour se hisser au niveau de leurs prédécesseurs, les Nessiim étaient la « Tête », la racine de leurs descendants, plutôt que la « queue » sans valeur personnelle d’une généalogie prestigieuse !
Ces explications mettent en évidence la grandeur profonde d’un évènement qui semblerait n’avoir qu’un enjeu pratique éphémère. Une fois de plus, nous pouvons voir dans un passage de la Torah la dimension spirituelle profonde de chaque évènement dans ce Monde.
La Torah nous rapporte avec abondance de détails ce qui représente les fondations de toute notre Histoire, et de l’Histoire globale de la Création.


