בס »ד
La Paracha Emor se est partagée principalement entre des lois relatives aux Cohanim, celles qui concernent la Avoda (Service) dans le Beth HaMikdach (Vayikra 21, 1-22, 25) et des lois relatives aux Moadim (« Rendez-vous »), les « Fêtes », les jours revêtant une dimension particulière de contact avec Hachem (23, 1-44).
A la jointure entre ces deux sujets, figurent ces deux versets : « Et ne profanez pas Mon Nom de Kedoucha ! Et que Je sois « sanctifié » au sein des Bené Israël, Je suis Hachem Qui vous « sanctifie » ! Qui vous a sortis du Pays d’Egypte, pour être pour vous Elokhim (Dieu), Je suis Hachem ! » (22, 32-33).
La Mitsva de Kiddouch Hachem (« sanctifier » le Nom de Hachem), et son pendant, la notion de ‘Hilloul Hachem, l’interdiction de « profaner » le Nom de Hachem, est généralement perçue comme l’obligation de donner son existence plutôt que de transgresser les Mitsvot de la Torah. C’est dans ce sens qu’elle est développée dans la Guemara (Sanhédrin 74 a-b).
La Guemara explique qu’on a l’obligation de préserver la vie d’un Juif même au prix de la transgression de la majorité des Mitsvot. Toutefois, trois interdits majeurs font exception : l’idolâtrie, le meurtre, et les interdits de relations intimes énumérés dans la Paracha A’haré Mot que nous avons lus le dernier Chabat.
S’ajoute encore l’obligation de donner sa vie pour le respect de même la plus petite « coutume » juive, face à une contrainte dirigée délibérément dans l’intention de faire transgresser les règles de la vie juive. (Voir Rambam, Michné Torah, Hil. Yessodé HaTorah, Chapitre 5).
Cette définition du Kiddouch Hachem et de son contraire, le ‘Hilloul Hachem, est la facette la plus connue de cette Mitsva fondamentale, au nom de laquelle tant de nos frères ont renoncé héroïquement à la vie au nom de leur profond attachement à Hachem !
Cependant d’autres facettes non moins essentielles de cette grande Mitsva sont développées dans la Guemara et le Midrach :
– La Guemara (Youma 86a) dit : « … Que le Nom de Hachem soit aimé par ton intermédiaire : que l’homme étudie (la Torah) … et que son comportement avec les gens soit paisible. Que disent les gens sur lui ? Heureux son père qui lui a enseigné la Torah … sur lui le verset dit : « Et Il a dit sur moi : Tu es Mon serviteur, Israël, dont Je suis fier ! ». Mais celui qui étudie … et que son comportement n’est pas fiable … Que disent les gens sur lui ? Malheur à celui-ci qui a étudié la Torah …Untel qui a étudié la Torah, voyez combien faussés sont ses actes, combien sont méprisables ses comportements … ».
– Le Midrach (Devarim Rabah, 3, 3) rapporte que Rabbi Chimon Ben Chata’h acheta un âne d’un Ismaélite. Lorsqu’on trouva une pierre précieuse dans le harnais de cet âne, Rabbi Chimon refusa d’en profiter (bien que selon la loi de la Torah ça lui était permis …) et il la rapporta aussitôt au vendeur de l’âne. L’Ismaélite s’exclama : « Béni soit Hachem le Dieu de Chimon ben Chata’h ! ». Ce fait est également cité par le Talmud Yerouchalmi (Bava Metsia, 2, 5) où il est dit que Rabbi Chimon Ben Chata’h dit à ses disciples : « Je ne souhaite pas m’enrichir, Mais je souhaite entendre : « Béni soit le Dieu des Juifs ! ». Il était évident, même à l’Ismaélite, qu’un tel comportement n’était pas le résultat de « valeurs humaines », mais uniquement de l’attachement à la Volonté de Hachem !
Rav Chalom Schwadron (Lev Chalom, p.270) analyse la Guemara citée ci-dessus, et en déduit les conclusions suivantes : Même les personnes les plus simples reconnaissent la qualité particulière de celui qui est attaché à la Torah. Sans Torah, aucune « éthique » ne mènera à de tels sommets. Et c’est le plus grand Kiddouch Hachem possible ! (Et par contre, toutes les critiques – au nom de prétendues « valeurs humaines »… sur le comportement justifié d’un Juif attaché à l’étude de la Torah s’affublent soudain de la référence fallacieuse au « ‘Hilloul Hachem » dont on invente des définitions inédites.)
Rav Schwadron ajoute que la critique justifiée du mauvais comportement de quelqu’un qui étudie la Torah (et qui est ciblée par ses adversaires sur son étude) n’est issue que de volonté profonde de dénigrer la Torah, comme s’il n’existait pas de dérive de comportement en dehors de l’étude de la Torah … Pourquoi soudain attribuer le défaut à son étude plutôt qu’à son manque personnel, malgré son étude …
Rav Reouven Karèlnstein (Ye’hi Reouven, p.220) cite diverses explications de la Mitsva de Kiddouch Hachem :
– Le Sefer Ha’Hinoukh (Mitsva 296) explique que la racine de cette Mitsva est que l’Homme n’a été créé que pour servir son Créateur. Celui qui ne donne pas son existence pour le service de son Maître faillit à son statut de « serviteur ».
– Rabénou Yona (Chaaré Techouva, III, 143) souligne que toutes les créatures ont été créées pour manifester la Grandeur de Hachem. Celui qui profane le Nom de Hachem et dédaigne Sa Parole perd toute raison à son existence.
– Le Sefer Yeréïm (Mitsva 6) explique que celui qui abaisse ne serait-ce qu’une Mitsva unique et manque ainsi de respect face à Hachem est défini comme « profanant le Nom de Hachem ». Rav Karèlnstein souligne la portée considérable de ces mots : un manque infime de valorisation d’une Mitsva est déjà un « ‘Hilloul Hachem » !
– Le Messilat Yecharim (Chapitre 11) développe la gravité du ‘Hilloul Hachem et souligne que tout dépend de la « stature » de l’homme aux yeux de ses contemporains. Plus un homme est considéré, plus ses actes indignes de son niveau auront une portée de ‘Hilloul Hachem.
Rav Karèlnstein conclut que le dénominateur commun à toutes ces explications est le manque de respect de l’Honneur de Hachem. Il ajoute cependant une explication supplémentaire qui projette un éclairage nouveau sur cette Mitsva fondamentale :
– Rav ‘Haïm MiVolozin (Nefech Ha’Haïm, III, Chapitre 7) explique le terme « ‘Hilloul » à partir du mot « ‘hallal » (vide). L’homme qui se conduit de manière inadéquate proclame par son comportement que « l’endroit est « vide », absent de la Présence Divine ». En effet, si l’homme était conscient de la Présence de Hachem, il n’aurait pas fauté !
Ces explications, et en particulier la dernière, nous ouvrent des horizons nouveaux et vastes sur l’étendue de la notion de Kiddouch Hachem et de son contraire, le ‘Hilloul Hachem.
Rav Chimchon Raphaël Hirsch aborde les versets relatifs au ‘Hilloul Hachem dans l’optique des passages qui les précèdent dans la Paracha. La Torah nous a défini la place du Beth HaMikdach dans notre existence. L’objectif estde faire résider la Présence Divine dans notre existence quotidienne individuelle et collective. Nous devons vivre les moindres détails de notre vie dans cette conscience. Tout manquement à ce dévouement total à Hachem constitue de fait un ‘Hilloul Hachem. Nous dépendons intégralement de Hachem, et vouloir « profiter » sans lien à Hachem d’un élément quel qu’il soit de notre existence revient à « exclure » Hachem de cet « espace » (comme défini au nom de Rav ‘Haïm MiVolozin plus haut). Et si cette « rébellion » individuelle est publique, elle manifeste aux yeux de ses contemporains qu’il est possible de se définir comme Juif tout en « sacrifiant » à ses propres désirs qui deviennent ainsi sa « divinité » qui repousse de cet instant la Présence de Hachem, comme « impuissante » à y régner.
Cette définition du ‘Hilloul Hachem amène à la compréhension du Kiddouch Hachem qui le suit dans le verset. Il ne suffit pas d’être prêt à « mourir pour Hachem » ! L’essentiel de notre mission sur terre est de « Vivre pour Hachem » !
C’est ce que représente le Korban Tamid (Offrande quotidienne) apporté matin et soir au nom de tout Israël dans le Beth HaMikdach. Nous devons nous identifier tous, individuellement et collectivement, à la Avoda (Service), cet « échantillon » accompli dans le Beth HaMikdach.
Nos ‘Hakhamim ont institué les Tefilot pour remplacer dans ce but les Korbanot que nous ne pouvons plus offrir à Hachem du fait de la disparition du Beth HaMikdach.
Rav Hirsch explique ainsi le lien avec la suite de la Paracha, dédiée aux Moadim (« Fêtes »), les moments de « rendez-vous » particulier avec Hachem. Les Moadim remplissent dans le « Temps » le rôle du Beth HaMikdach dans l’espace : appeler à l’unité d’Israël avec Hachem. Ce que le Beth HaMikdach établit de façon immuable dans l’espace est complété par les Moadim dans l’alternance des moments : La Présence de Hachem dans la Nature (immuable) et dans l’Histoire (« changeante »).
Ainsi, le Kiddouch Hachem n’est pas une Mitsva ponctuelle limitée à des circonstances exceptionnelles, mais l’obligation permanente de vivre en harmonie intégrale avec la Volonté de Hachem.
Cette Paracha nous amène ainsi à la réalisation dans notre quotidien de la Avoda (Service) des Cohanim dans le Beth HaMikdach.


