LE RABBI DE KALOV – 188 – A’haré Moth – Kedochim – 5786

Le ‘Hessed incomparable du Juif.

«Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Vayikra 19,8).

Depuis l’avènement de l’idéal démocratique et de l’égalité des droits dans le monde occidental il y a deux siècles, le Yetser Hara y a recours pour attirer le cœur des Bné Israël, qui sont naturellement compatissants et généreux. Il les a poussés à admirer les non-Juifs et leurs bonnes actions de justice et de droiture, et par la suite, à se rapprocher d’eux et à s’inspirer de leurs pratiques et manières. Ainsi, ils seraient contraints d’interrompre leur étude de la Torah et leur pratique des Mitsvot.
Mais la vérité a déjà été énoncée par nos Maîtres (Baba Batra 10b) : à ce sujet, le verset dit (Michlé 14,34) : «La justice grandit une nation » : le peuple juif s’élève au-dessus des nations dans la pratique de la Mitsva de Tsédaka authentique, sans en tirer de profit personnel. Toute personne observatrice le remarque : généralement, les actes de charité pratiqués dans le monde ne sont pas motivés par le souci du bien d’autrui, mais par le souci d’être admiré et reconnu, ou par l’espoir qu’on lui rendra la pareille en d’autres occasions.
C’est en tous points comparable au fait de payer de l’argent pour profiter de la nourriture, ou de débourser de l’argent pour acheter un beau vêtement pour être honoré. De même, on est prêt à faire des efforts pour payer beaucoup pour pouvoir bénéficier des honneurs conférés à ceux qui prodiguent de généreux dons.
Un jour, un groupe fut créé à Jérusalem, dont le but principal était que chacun des membres du groupe aide son prochain au moment voulu, et vice-versa. Le Maguid de Jérusalem, Rabbi Bentsion Yadler zatsal, alla consulter le Gaon Rabbi Yéhochoua Leib Diskin de Brisk, que son mérite nous protège, pour lui demander son avis à ce sujet et déterminer si cette initiative était louable, sachant qu’elle trouvait sa source dans la Mitsva d’aimer son prochain comme soi-même. Le Gaon de Brisk lui répondit : « Ceci n’est pas inclus dans la Mitsva d’aimer son prochain, mais il s’agit d’un amour de soi : actuellement, il se préoccupe de son prochain, et ensuite, ce sera l’inverse. Or, cela va à l’encontre de la Mitsva de la Torah, nous enjoignant d’aimer chaque Juif, même s’il n’appartient pas au même groupe. Et même quelqu’un qui vous a fait du mal, la vengeance est interdite, et il faut lui prodiguer du bien. »
L’un des éléments fondamentaux qui distinguent le ‘Hessed des nations de celui des Juifs qui étudient la Torah est le sujet du don à une personne inconnue. Seuls ceux qui respectent la Torah font du ‘Hessed à tout un chacun. On relève surtout cette attitude chez les Tsadikim, qui envoyaient discrètement d’immenses sommes d’argent à la Tsédaka, même à des inconnus, sans que personne n’en soit informé.
À ce sujet, j’ai entendu un récit du Rav Wolf Freind, que la paix soit sur lui, qui l’avait entendu de son beau-père, R’ Leibish Lefkowitz, qu’il repose en paix :
Une veille de Chabbath, le Rabbi de Garlitz zatsal aperçut son père, le Rabbi de Sanz zatsal, envoyer à quelqu’un une lettre recommandée contenant de l’argent. Le Rabbi de Garlitz suivit le messager pour voir où la lettre était destinée. Il vit qu’elle était envoyée à une adresse à Berlin. Il remarqua aussi que l’enveloppe contenait 3000 couronnes, une somme colossale pour l’époque. Plusieurs années plus tard, il se trouvait à Berlin et chercha l’adresse en question. Il y trouva un très grand magasin. Il se renseigna sur le propriétaire, et, l’ayant pris pour un mendiant, les employés lui répondirent qu’il ne distribuait la tsédaka que le jeudi. Il leur rétorqua d’annoncer au propriétaire qu’il était le fils du Rav de Sanz. Aussitôt, le propriétaire sortit pour l’accueillir avec amabilité et le fit entrer dans son bureau. Le Rabbi de Garlitz zatsal expliqua qu’il ne venait pas pour obtenir de l’argent, mais pour connaître la relation qui l’avait uni à son père.
Le propriétaire répondit que, dans le passé, il s’était aperçu que son magasin et ses activités commerciales lui faisaient subir une lourde perte, et il avait la possibilité d’annoncer une faillite, mais cela provoquerait une grande profanation du Nom. Il avait donc décidé de se suicider, que D.ieu préserve. Il révéla en secret ses intentions à un homme, qui lui dit : « Pourquoi ? Pars dans la ville de Sanz où réside un Rabbi, il te bénira.» Je savais que si je m’absentais en dehors de la ville plus de 24 heures, mes créanciers feraient un tollé, pensant que je m’étais enfui. De ce fait, je décrivis toute ma situation par écrit dans une lettre adressée au Rabbi de Sanz. Très rapidement, je reçus une lettre contenant 3000 couronnes. Cette somme était insuffisante pour couvrir tout le déficit, mais, malgré tout, cela me permit de continuer jusqu’à ce que je parvienne à remettre mon affaire sur pied.
Ce phénomène est propre exclusivement aux Juifs qui respectent la Torah. Même ceux qui offrent de grandes sommes à la société, à un parti ou à leur pays, peuvent refuser et ne rien donner à ceux qui n’appartiennent pas à leur mouvance, et souvent même, ils les persécutent et leur causent du tort.
Nous découvrons cette idée illustrée dans la paracha de Chémini : l’une des volailles impures interdites à la consommation se nomme ‘Hassida (cigogne). Nos Sages (‘Houlin 63a) expliquent qu’elle se nomme ‘Hassida, du fait qu’elle fait de la ‘Hassidout avec ses amies. Les commentateurs s’interrogent : si elle est dotée d’une telle qualité, comme la propension au don, pourquoi est-elle considérée comme une volaille impure et non pure ? Le Rabbi de Rouzyne, que son mérite nous protège, répond que la nature de cet oiseau est de prodiguer du bien uniquement aux volailles de son espèce, mais celles qui appartiennent à une espèce différente, elle les écrase et les tue et c’est pour cette raison qu’elle est impure.
Nous pouvons, dans cette perspective, interpréter le verset de la semaine : « Tu aimeras ton prochain » : aime ton prochain en lui prodiguant du bien, « comme toi-même » : tout comme tu t’aimes et te fais du bien sans attendre de ta part de récompense. Et la suite du verset : « Je suis Hachem » : fidèle pour payer un salaire pour de bonnes actions. Finalement, tu ne seras pas perdant sur l’argent et le temps que tu as déduit pour l’offrir aux autres, au contraire, tu seras uniquement gagnant.
Chabbath Chalom !