Parasha – 256 – A’haré Moth – Kedochim – 5786

בס »ד

Ce Chabat, nous lisons les deux Parachiot A’haré Mot et Kedochim qui définissent les « contours » de la grandeur particulière d’Israël. 

La Paracha A’haré Mot associe la Avoda (le Service) du Cohen Gadol dans le Beth HaMikdach (Temple) à Yom Kippour (Vayikra 16, 1-34), décrite dans la première partie de la Paracha, et les relations interdites qui nous semblent être des Mitsvot de nature inférieure (18, 1-30) à la fin de la Paracha. 

Cette association des « contraires » souligne l’impact du comportement dans la vie quotidienne ordinaire sur le lien à Hachem dans la Avoda (Service).

La Paracha Kedochim commence par la Mitsva globale dans le verset : « Kedochim tihyou, Ki Kadoch Ani Hachem Elokhéykhem » (19, 2) : « Soyez Kedochim (« Saints ») car Je suis Kadoch, Moi, Hachem votre Dieu ». L’importance particulière de cette Mitsva est appuyée par le fait que Hachem ordonne à Moché Rabénou de réunir toute l’assemblée des Bené Israël pour la transmettre. 

La portée de cette Mitsva est l’objet d’une discussion :

– Rachi (19, 2) explique que cette Mitsva est centrée sur les relations interdites (mentionnées à la fin de la Paracha précédente), dont l’homme doit s’éloigner au maximum, en se fixant des « barrières ».

– Ramban explique que la notion de Kedoucha s’étend à tous les domaines de l’activité humaine permise. Un homme peut se limiter aux aliments permis par la Torah, et aux mariages autorisés, et être plongé dans la satisfaction sans bornes de ses appétits. Il serait alors « avili » « avec la permission de la Torah » … 

Ce n’est évidemment pas l’objectif de la Torah qui a pour but d’affiner l’Homme pour le rapprocher du lien avec Hachem. 

Tel est donc le but de cette Mitsva globale de « Kedochim tihyou ! » qui vient couronner l’ensemble des prescriptions particulières, dans chaque domaine d’action pour lui-même.

A la lumière de l’explication du Ramban, les prescriptions qui suivent dans la Paracha doivent toutes être comprises dans un sens de « raffinement », issu du principe de Kedoucha général, et non à un niveau « de base » des prescriptions fondamentales de la Torah. Par exemple les interdits relatifs au comportement « social » : « Ne volez pas ! et ne niez pas ! et ne mentez pas chacun à son prochain ! et ne jurez pas par Mon Nom pour le mensonge ; et tu profanerais le Nom de ton Dieu ! Je suis Hachem ! N’opprime pas ton ami, et ne voles pas ! Ne fais pas passer la nuit au (paiement) de l’ouvrage du salarié chez toi jusqu’au matin ! … » (19, 11-18). 

Il ne suffit évidemment pas de ne pas être un délinquant ordinaire pour atteindre la Kedoucha !

Rav Chimchon Raphaël Hirsch analyse cette Paracha : il souligne que le premier verset (19, 3) qui rappelle le Kavod (Respect) des parents et du Chabat, établit la fondation de la Kedoucha dans le Peuple Juif. Ces deux notions sont la base de notre identité Juive. 

Les versets (19, 11-18) dédiés aux relations « sociales » complètent cette base. 

Ces deux facettes de l’existence, le « religieux » et le « social », ne sont pas opposées, ni-même des composantes complémentaires reliées à un principe supérieur commun. Elles forment un tout harmonieux comme les diverses parties d’un organisme

Rav Hirsch souligne qu’à la différence des versets traitant des fautes « sociales » élémentaires qui sont formulées au singulier : « Ne fais pas » telle ou telle action, les premières prescriptions, ici, sont exprimées au pluriel. Les comportements visés ne sont pas de l’ordre des délits reconnus par la société comme tels, mais considérées plutôt généralement comme les fonctionnements ordinaires du commerce et de la société. Il s’agit des « aptitudes » qui attirent l’admiration pour « l’efficacité » dans les affaires et la réussite de toute carrière. C’est ce que Hachem vient condamner ici au niveau de Son Peuple. Toutes les formes de ruse, de dissimulation, de manque de droiture, admises dans la société, sont autant d’obstacles à la Kedoucha qui doit caractériser le Peuple de Hachem. De tels agissements sont une « profanation du Nom de Hachem » (19, 12). Ces défauts qui échappent à la critique humaine sont sanctionnés par « Je suis Hachem ! » Celui à Qui rien n’échappe !

Les interdits formulés au singulier : « N’opprime pas ton ami, et ne voles pas ! Ne fais pas passer la nuit au (paiement) de l’ouvrage du salarié chez toi jusqu’au matin ! » (19, 13-14) concernent les « retards » de paiement de toutes sortes qui sont de pratique courante dans le « monde des affaires ». Il est fréquent de « jouer » sur les gains de trésorerie obtenus en « travaillant » avec l’argent qu’on doit débourser tôt ou tard …

Rav Chalom Schwadron (Lev Chalom p.242-247) décrit abondamment ces travers qu’il confronte à l’affirmation des ‘Hakhamim : « la majorité (trébuchent ») dans le vol … » (Guemara Bava Batra 165b). Chacun s’insurgera contre une telle accusation à son égard …

De plus, dans les derniers instants de Yom Kippour, après 24 heures de retour sur nos fautes, nous disons dans la Tefila : « Afin que nous cessions l’oppression (qu’il y a dans) nos mains ! ». Nous sommes tentés de considérer que nous nous référons dans cette Tefila aux fautes des « délinquants » parmi notre Peuple, mais pas à nos propres travers …  

Rav Schwadron décrit les « dérapages » de Juifs « authentiques », avec tous les signes extérieurs de la « religiosité », face à un conflit financier devant un Beth Din (Tribunal Rabbinique), ou dans les délais de paiement d’un service … C’est à ce genre de comportement, « facilement » justifié par « mille prétextes », que la Torah fait allusion dans cette Paracha dédiée à la perfection du comportement qui amène à la Kedoucha. Et c’est sur cette sorte de fautes que nous exprimons notre Techouva à la fin de Yom Kippour.  (Certainement tous les détails « courants » de respect des règles générales de la Torah sont indispensables préalablement aux considérations de notre Paracha, contrairement aux allégations des défenseur du prétendu « Juif des valeurs humaines » en opposition au « Juif de la cacherout alimentaire » qui manquerait selon leurs dires de valeurs humaines. Le Juif des valeurs humaines sans respect du Chabat et de la Cacherout n’existe que dans les légendes de ceux qui tournent le dos à la Torah…). 

Rav Sim’ha Zissel Broïdé cite le Ramban (mentionné plus haut) qui développe le niveau « global » et supérieur que revêt le respect des interdits de la Torah par la « généralisation » de « Kedochim Tihyou ! » (Sam Derekh, p.284). Il rapporte encore les paroles du Ramban qui étend cette analyse aux règles de comportement « social », pour lesquelles la Torah généralise : « et tu feras ce qui est droit et bon ! » (Devarim 6, 18) qui oblige – comme la Guemara le mentionne de nombreuses fois … – à dépasser le strict « droit » pour favoriser notre protagoniste dans un conflit d’intérêt ! 

Ces démarches « globales » sont l’extension des règles de base de la Torah à « l’esprit » de la Torah. Après le respect rigoureux des lois, l’homme doit atteindre le niveau supérieur où il met son énergie à vivre chaque instant en « résonance » totale avec la « Volonté » de Hachem qui transparait à travers les prescriptions de la Torah. C’est dans ce sens que le Ramban a comparé la Mitsva générale de « Kedochim tihyou ! » à celle de « et tu feras ce qui est droit et bon ! ».

Le Ramban cite également les lois du Chabat, pour lequel les ouvrages sont exprimés comme  » interdits », et l’atmosphère du Chabat est exprimée par une directive « positive » : « Tu cesseras (les activités ordinaires) » (Chemot 23, 12). Là également, nous devons nous élever au-dessus du niveau élémentaire des interdits, pour nous imprégner de l’esprit de la Torah !

La réaction d’Its’hak Avinou lorsqu’il découvrit que Yaacov venait d’usurper l’identité d’Essav pour recevoir les Berakhot nous offre l’illustration d’une compréhension « élargie » de la Volonté de Hachem

Rachi (Beréchit 27, 36) cite le Midrach Tan’houma sur le verset : « Its’hak fut pris d’une grande frayeur … » (27, 33). Nos ‘Hakhamim expliquent : « Pourquoi Its’hak fut-il effrayé ? Il (Its’hak) se dit : Peut-être y a-t-il en moi une faute du fait que j’ai béni le plus jeune (Yaacov) en « préférence » au plus âgé (Essav), et j’ai changé l’ordre de naissance … ». Or, où y a-t-il dans la Torah la moindre obligation concernant l’octroi de la Berakha ?! Et en quoi consisterait la faute ?! Mais, pour Its’hak Avinou, au-delà d’une Mitsva explicite, le simple fait de l’ordre « naturel » du Monde représente une manifestation de la Volonté Divine. Et ce n’est qu’après que Essav lui ait cité ses « démêlés » antérieurs avec Yaacov, à savoir la cession du droit d’aînesse (Beréchit 25, 29-34) que Its’hak fut rasséréné en réalisant qu’ainsi la Berakha revenait de droit à Yaacov (Rachi, Beréchit 27, 36).C’est à de tels sommets que la Torah nous convie à travers les Parachiot que nous lisons ce Chabat !