בס »ד
Une partie importante de la Paracha Ki Tissa est dédiée aux évènements du don des Lou’hot (les Tables des Dix Commandements) à Moché Rabénou (Chemot 31, 18), de la faute du Eguel (le Veau d’or) (32, 1-6), de la brisure des premières Lou’hot par Moché Rabénou (32, 15-19), puis de l’octroi des secondes Lou’hot après que Moché Rabénou ait prié Hachem pour le pardon des Bené Israël (34, 1-4).
La chronologie des évènements est étonnante !
Hachem a-t-Il donné à Moché Rabénou les premières Lou’hot, avant ou après la faute du Eguel ?!
Si c’est après la faute, alors pourquoi Moché Rabénou a-t-il brisé des Lou’hot que Hachem avait consenti à donner même après la faute ?!
Et si c’est avant, pourquoi Hachem Qui sait que les Bené Israël fauteront et que Moché Rabénou brisera les Lou’hot, a-t-Il donné à Moché Rabénou un bien aussi précieux qui finira par être brisé ?!
De plus, les Lou’hot représentent le sens de la Création et de l’Histoire, comme dit la Michna (Avot 5, 6) qui cite les Lou’hot parmi les dix choses qui ont été créées la veille du Chabat de la Création, et qui ont chacune un rôle particulier au fil des époques du Monde.
Comment un évènement gravissime tel que la faute du Eguel qui a causé la destruction des Lou’hot et qui, de ce fait, a ébranlé tout l’édifice de la Sortie d’Egypte et de Matane Torah au Sinaï a-t-il pu arriver ?!
Après que Hachem a pardonné la faute du Eguel, Hachem donne aux Bené Israël les secondes Lou’hot qui trouveront leur place dans le Aron HaKodech dans le Michkan (Tabernacle) puis dans le Beth HaMikdach (Temple). Quel était sens de placer également les débris des premières Lou’hot dans le Aron, comme le dit la Guemara (Bava Batra 14b), une fois qu’elles ont été « remplacées » par les secondes ?!
En quoi les secondes Lou’hot sont-elles comparables aux Lou’hot initiales pour effectivement les « remplacer », et en quoi sont-elles différentes ?! Et dans la mesure où elles sont différentes, en quoi peuvent-elles accomplir ce qui devait être réalisé par les premières Lou’hot ?!
Rav Guedalyahou Schorr (Or Guedalyahou p. 73 et suivantes) nous livre une analyse complète de ces questions, en développant le sens de ces évènements !
Il cite un enseignement du Talmud Yerouchalmi (Taanit, 4, 5) qui dit qu’au moment où les Bené Israël ont commis la faute, les Lou’hot étaient « deux paumes » dans la Main de Hachem, « deux paumes » dans la main de Moché, et Hachem voulut les arracher de la main de Moché, mais celui-ci l’emporta et les saisit.
C’est à ce sujet que le dernier verset de la Torah dit : « Et pour toute la main forte … » (Devarim 34, 12).
Le verset fait ici la louange de Moché Rabénou !
Cet enseignement ne doit évidemment pas être compris dans le sens littéral, mais il signifie que Hachem a mis Moché Rabénou face à un Nissayon (une « épreuve ») où il a dû donner la preuve de son dévouement de guide du Clal Israël en manifestant toute sa volonté d’obtenir les Lou’hot pour les Bené Israël.
Toutefois cette louange échappe à notre compréhension du fait que les Lou’hot ont finalement été brisées, et que Moché Rabénou a également été loué pour les avoir brisées ?! N’aurait-il pas été préférable qu’il ne les reçoive pas du tout, si c’était pour finir par les briser ?!
Rav Schorr enchaine et explique que la « matière » des Lou’hot et l’écriture sont respectivement le « corps » et la Nechama (âme). Dans les premières Lou’hot, même le « corps » était « l’action » de Hachem, c’est-à-dire que même le « support » de la Torah au niveau « physique » était de nature spirituelle, Céleste, tout comme le niveau spirituel particulièrement élevé que les Bené Israël avaient atteint au seuil de Matane Torah (Don de la Torah), un niveau comparable à celui de Adam Harichone avant la faute. Les Bené Israël étaient libérés du Mal’akh HaMavèt (Ange de la mort). Leur « corps » avait acquis un niveau spirituel extrêmement élevé.
Lors du don des secondes Lou’hot, par contre, Hachem dit à Moché de tailler des Lou’hot « comme les premières ». C’est-à-dire que là, le « corps » des Lou’hot devait être d’origine humaine, tout en devant être totalement comparables aux premières, comme le verset dit : « Taille pour toi deux tables de pierre comme les premières, et J’écrirai sur les Lou’hot les paroles qui étaient sur les premières Lou’hot que tu as brisées » (34, 1).
Dans les secondes Lou’hot, qui correspondaient au niveau des Bené Israël après leur faute, le « corps » des Lou’hot était de provenance humaine. Toutefois, le Alchikh souligne que les paroles sur les Lou’hot étaient celles-là mêmes qui s’étaient « envolées » du fait de la faute des Bené Israël, et que Hachem a remises sur les secondes Lou’hot. L’écriture qui est la Nechama des Lou’hot était invariable !
Rav Schorr explique que la différence entre les premières et les secondes Lou’hot est que les secondes représentent plus particulièrement la Torah Orale, dont l’étude doit transpercer les ténèbres de la matérialité et dévoiler ce qui est enfoui.
Il ajoute que les ‘Hakhamim disent (Guemara Bava Batra, 14) que les débris des premières Lou’hot sont déposés dans le Aron HaKodech, avec les secondes. Cela signifie que nous n’avons pas totalement perdu le niveau des premières Lou’hot, car sinon quel intérêt y aurait-il à ce qu’elles soient déposées dans le Aron ?! Cela indique que malgré la brisure des Lou’hot, il est encore possible d’accéder aux premières Lou’hot au prix d’efforts consistants dans l’étude de la Torah Orale. Comme dans la confection des secondes Lou’hot, l’effort préalable consiste à faire que notre « corps », c’est-à-dire notre matérialité soit « comparable » à celle des premières Lou’hot, façonnées par Hachem.
Cette « fusion » entre les deux sortes de Lou’hot explique la nécessité absolue d’obtenir initialement les premières Lou’hot, même si elles devraient finalement être brisées. Telle est donc la raison de la double louange qui est faite à Moché Rabénou pour les avoir « réclamées », puis brisées …
Ce Chabat, en plus de la Paracha de la semaine, Ki Tissa, nous lisons le passage relatif à la Para Adouma (la Vache rousse) (Bamidbar 19, 1-22) avec les cendres de laquelle on purifie les personnes devenues impures au contact d’un mort.
A l’approche de Pessa’h, tous les Bené Israël devaient se purifier afin d’être aptes à participer au Korban (« offrande »).
Le Or Ha’Haïm explique que l’impureté d’un cadavre s’applique particulièrement au corps d’un Juif, car là où il y avait de la Kedoucha (« Sainteté ») de la Torah de son vivant, c’est là que s’applique la Touma (Impureté) lors du départ de la Nechama.
Nous comprenons ainsi le lien que soulignent nos ‘Hakhamim entre la faute du Eguel (Veau d’Or) et la Vache Rousse. Alors que les Bené Israël avaient brièvement atteint le niveau d’Adam Harichone avant la faute et le décret de mort qui s’ensuivit, la faute du Eguel a rabaissé à nouveau notre dimension spirituelle et a ramené la mort au niveau matériel des Bené Israël. La vache Rousse vient réparer les « dégâts » du Eguel !
Nous n’avons donc pas totalement perdu les premières Lou’hot, mais nous pouvons accéder à leur niveau par la Techouva et l’effort dans l’étude de la Torah Orale que représentent les secondes Lou’hot !


