Parasha – 247 – Tetsavé -Zakhor – 5786

בס »ד

La Torah consacre une partie importante de la Paracha Tetsavé à la description détaillée des vêtements des Cohanim pour la Avoda (Service) dans le Beth HaMikdach (Temple) (Chemot 28, 1-43). 

Ce chapitre est introduit par les paroles que Hachem dit à Moché Rabénou : « Tu feras des vêtements Kodech (« Saints ») pour Aharon ton frère, pour le Cavod (l’Honneur) et pour la Tiférèt (la Splendeur) » (28, 2). 

Hachem dit ensuite à Moché de transmettre cet ordre aux artisans qui confectionneront ces vêtements : «  … Ils feront les vêtements d’Aharon pour le « sanctifier » pour qu’il devienne Cohen pour Moi » (28, 3).

Que représentent chacune des deux « destinations » ?!

Ces deux affectations sont-elles totalement distinctes et indépendantes, ou liées l’une à l’autre ? Et la splendeur mentionnée ici s’applique-t-elle à la « splendeur » du Cohen, ou à celle dédiée à Hachem dans la Avoda ?

Le Ramban explique qu’il s’agit de l’embellissement du Cohen par des vêtements « royaux » qui rehausseront son rôle de Serviteur de Hachem.

Dans un deuxième temps, le Ramban explique qu’il s’agit ici de valoriser la Avoda dans le Beth HaMikdach

Il ajoute que les vêtements devaient être confectionnés avec une intention dédiée au Service de Hachem, et peut-être même avec une « Cavana », c’est-à-dire une pensée particulière relative à leur destination pendant la confection. 

Rav Chimchon Raphaël Hirsch explique les termes « Cavod » et « Tiférèt » :

– Cavod est l’équivalent « spirituel » de « caved » (lourd). « Caved » désigne la « masse » d’un objet matériel. De même, « Cavod » représente la dimension spirituelle intrinsèque, et ici celle des vêtements des Cohanim pour la Avoda. 

 Tiférèt : simultanément au « Cavod » essentiel que manifestent les vêtements, ils doivent se distinguer par une beauté de leur forme et être une parure pour le Cohen

Rav Moché Ye’hiel Epstein (Beér Moché, p.822) souligne la dualité de fonction des vêtements des Cohanim : « pour le Cavod et la splendeur » et  » pour le « sanctifier » pour qu’il devienne Cohen pour Moi ». Il cite le Targoum (Traduction-explication de nos ‘Hakhamim en araméen) qui explique :  » Cohen pour Moi » par : « pour servir devant Moi ». 

La grandeur dédiée au Cohen n’est pas « sa » propre grandeur, mais la grandeur de la Avoda à laquelle il est destiné. C’est pour grandir la Avoda aux yeux de chacun que le Cohen doit être paré ainsi. Rav Epstein ajoute que les artisans qui confectionneront ces vêtements doivent également être instruits de cet objectif, afin qu’ils accomplissent leur ouvrage avec cette intention. Il rapporte encore la Guemara (Zeva’him 17b) qui dit que la Avoda des Cohanim n’est valable que tant que leurs vêtements spécifiques sont sur eux. Les vêtements sont donc un élément essentiel de la Avoda !

Le Malbim (28, 1) explique que le verset concerne non seulement la confection des vêtements « extérieurs » portés par les Cohanim, mais en réalité les « vêtements » intérieurs que sont les qualités profondes dont les Cohanim doivent être « parés » lors de la Avoda. Ces dimensions sont les « vêtements » de l’âme, dont les Cohanim doivent eux-mêmes parer leur âme, au-delà des vêtements confectionnés par les artisans.

Le Malbim ajoute que ces qualités se décomposent en deux parties : celles qui sont « innées », appelées « Cavod », et celles résultant du choix des hommes eux-mêmes dans leurs actes et leurs efforts dans la Kedoucha, appelés « Tiférèt » (la Splendeur). 

Hachem a ainsi ordonné à Moché Rabénou de « former » les Cohanim à se « draper » de cette splendeur profonde qui doit accompagner la Avoda. C’est ce que signifie « Tu feras » qui s’adresse à Moché lui-même qui doit « former » les Cohanim à leur mission.

Rav Tsvi Chraga Grossbard (Daat Chraga, p.178) rapporte le verset relatif au roi A’hachvéroch, cité dans la Meguilat Esther : « … Alors qu’il montrait la richesse du Cavod de son règne, et la Tiférèt de sa grandeur » (1, 4). La Guemara relie ce verset à celui de notre Paracha concernant les vêtements des Cohanim (Meguila 12a). Rav Grossbard explique que la « splendeur » véritable réside dans les vêtements des Cohanim, tout comme il n’y a pas de vrai Cavod en dehors de la Torah. 

Le vrai Cavod dans le Monde n’est que dans la Torah ! 

Toute notion que les hommes valorisent, et par laquelle ils se valorisent, n’est que vanité. 

Pareillement, la vraie « splendeur » dans le Monde n’appartient qu’aux vêtements des Cohanim qui « Servent » Hachem ! 

Aussi, lorsque la Meguilat Esther mentionne relativement à A’hachvéroch la « splendeur de sa grandeur », il ne peut s’agir que des vêtements des Cohanim, car la Meguilat Esther ne pourrait pas parler d’une valeur qui ne soit pas véridique … 

Cette explication de Rav Grossbard peut sembler étonnante, dans la mesure où nous sommes « imprégnés » du regard superficiel de l’humanité qui ne reconnait pas la Présence du Créateur dans le Monde. Aussi, nous n’attribuons de la valeur à l’apparence des choses que dans le cadre de l’apparat social dans sa vanité. 

Ce qu’expriment par contre les ‘Hakhamim, et que développe Rav Grossbard, correspond à la réalité « sous-jacente » de la Création. 

Nous devons comprendre de ces explications que la dimension profonde des vêtements des Cohanim n’est pas d’être un simple « uniforme » de Service. 

Dans la Guemara (Arakhin, 16a) les ‘Hakhamim développent le rôle de « Capara » (réparation) de chacun des vêtements des Cohanim pour des catégories diverses de fautes. 

Rav Yossef Yehouda Leib Bloch (Chiouré Daat, Lekadecho lecahano li) développe le contraste entre la dimension profonde des vêtements des Cohanim qui touche aux niveaux spirituels les plus élevés de la Création, et l’importance accordée à leur apparence qui doit « faire impression » sur les sens humains inférieurs, dans la sensibilité au « décorum » …

Il explique que Hachem associe les éléments les plus « terre à terre » aux valeurs spirituelles les plus élevées. Le Monde est une entité dont aucune partie n’est négligeable. C’est dans l’intégration de tous les niveaux que se réalise le but de la Création. 

Toutefois les artisans de la confection des vêtements ne devaient orienter leurs pensées que vers la Kedoucha qu’ils communiqueraient au Cohen. C’est pourquoi Moché Rabénou ne leur a mentionné que cet aspect de la Mitsva.

Rav Naftali Tsvi Yehouda Berlin (Haamek Davar 28, 3) ajoute que lorsque Moché Rabénou dit aux artisans que : « Je l’ai empli d’un souffle de Sagesse », « il » désigne Aharon qui saura percevoir dans les vêtements qui seront confectionnés pour lui la profondeur des « Cavanot » (intentions) de Kedoucha dans leur réalisation… 

Moché Rabénou exhorte ainsi les artisans à un effort intense de concentration dans le but de Kedoucha de leur mission !

Rav Chalom Schwadron (Lev Chalom, p.292) souligne que si les vêtements ont le même impact de réparation que les Korbanot, alors le corps du Cohen assume la place du Mizbéa’h (Autel). Il doit donc être totalement dédié à la Kedoucha (Sainteté), et c’est sa Kedoucha qui communique aux vêtements l’aptitude à réparer les fautes, comme le Mizbéa’h permet la Capara (réparation) par les Korbanot qui y sont apportés. Pour atteindre un tel niveau de Kedoucha, le Cohen doit être en état de ne pas ressentir la moindre individualité au moment où il accomplit la Avoda. 

Rav Schwadron compare un tel niveau à celui du Roi David qui exprime dans le Psaume 131 : « …Hachem ! mon cœur n’a pas été hautain, et mes yeux ne se sont pas « élevés » ; et je ne suis pas allé dans des choses supérieures et exceptionnelles pour moi ! ». 

Les ‘Hakhamim appliquent ces paroles aux divers moments de grandeur auxquels David a accédé, et qu’il a vécu avec des sentiments égaux, sans éprouver le moindre orgueil de la situation. Lorsqu’il fut oint initialement par le Navi (Prophète) Chemouel, ou lorsqu’il retrouva son trône après la rébellion de son fils Avchalom, David fit preuve d’une Anava (réserve) incomparable. Telle devait être en permanence la grandeur spirituelle des Cohanim : une abstraction de soi sans limites. 

Rav Zalman Sorotskin (Oznaïm LaTorah, 28, 2) explique que la réparation des fautes du Peuple Juif que procurent les vêtements du Cohen, comme les Korbanot, dépend étroitement de leur « splendeur ». C’est par l’impact que le Cohen aura sur l’ensemble de la population qui « cherchera la Torah de sa bouche, car il est un Mal’akh (« Ange ») de Hachem … » (Malakhi, 2, 7), qu’il éloignera les hommes de la faute, et ainsi, il réparera les manquements des Bené Israël.   

Rav Its’hak Arama (Akédat Its’hak, Chaar 51) souligne la distinction entre l’apparence extérieure des vêtements qui appelle le Cavod et la splendeur, et leur dimension profonde, dans la « sanctification » des actions et des pensées que les Cohanim doivent développer pour accomplir la Avoda. Il cite nos ‘Hakhamim qui s’interrogent sur la place de la Mitsva des vêtements (Vayikra 8, 1-9) à proximité du passage relatif aux Korbanot (offrandes) (Vayikra 6, 7-7, 38) ? Ils répondent que c’est pour enseigner que de même que les Korbanot réparent les fautes, ainsi les vêtements des Cohanim également réparent les fautes. 

Le Akédat Its’hak ajoute que de même qu’en l’absence du Beth HaMikdach et de la Avoda des Korbanot, l’étude approfondie de leurs règles a une efficacité comparable, pareillement l’étude des règles relatives aux vêtements a un effet comparable, que ce soit pour réparer la faute, ou pour éloigner les hommes de fauter !

Ainsi, cette Paracha ne se penche pas avec nostalgie sur un « passé glorieux », mais nous enseigne une réalité permanente dans notre existence, tout comme chacune des Mitsvot de la Torah. Même lorsque nous ne pouvons pas accomplir concrètement une Mitsva, son impact reste présent en nous à travers l’étude de ses détails. 

Ce Chabat qui précède Pourim, nous lisons en plus de la Paracha Tetsavé le passage « Zakhor » qui nous rappelle notre confrontation au fil des siècles avec Amalek. 

Amalek, petit-fils d’Essav, est l’antithèse de notre mission dans le Monde. 

Le Peuple Juif est appelé à consacrer l’ensemble de son existence à édifier un Beth HaMikdach (Temple) où se manifeste la Présence de Hachem dans les moindres détails de la réalité matérielle, tout comme cela s’exprime dans les vêtements des Cohanim. 

Face à nous se dresse Amalek qui souille toutes les valeurs spirituelles par sa dérision pour tout ce qui rattache l’Homme à Hachem. 

Depuis leur agression dans le désert, où les Amalékites mutilaient les Bené Israël qui tombaient entre leurs mains, pour jeter en défi leur Mila vers le Ciel, pour dire à Hachem : « Prends ce que Tu as choisi » (la valorisation spirituelle de la vie matérielle que représente l’alliance de la Mila), en passant par l’agression de Haman dans les évènements de Pourim, et jusqu’à nos jours, nous sommes toujours en confrontation à ce rejet de la valeur spirituelle du Monde. 

Le souvenir d’Amalek qui nous est dicté n’a rien d’une animosité entre nations. Notre mission est de repousser cet avilissement de l’humanité en affinant notre lien à Hachem dans tous les gestes du quotidien.

A chacun de faire en sorte que ses actes et ses vêtements représentent la Présence de Hachem dans le Monde, comme ceux des Cohanim dans le Beth HaMikdach, afin de rapprocher l’épanouissement de la Création dans la Gueoula, bientôt de nos jours.