Parasha – 244 – Yitro – 5786

בס »ד

La Paracha Yitro qui est la Paracha de Matan Torah (Le Don de la Torah), constitue le sommet du lien du Clal Israël avec Hachem. Le début de la Paracha est ainsi l’introduction à cet engagement éternel.

La Paracha s’ouvre avec le récit de l’arrivée auprès des Bené Israël dans le désert de Yitro, beau-père de Moché Rabénou, personnage de « l’élite » de la société de l’époque, qui a entendu le « message » de la Sortie d’Egypte et du Passage de la Mer qui inauguraient l’avènement d’une nouvelle époque dans le fonctionnement de la Création.

La démarche de Yitro doit nous servir d’exemple d’une écoute vraie des évènements, et nous amener à voir la Main de Hachem lorsqu’elle se manifeste.

La Torah nous décrit ensuite (Chemot 19, 1-6) l’arrivée des Bené Israël au pied du Har Sinaï, et les préliminaires de notre « mariage » avec Hachem. Les Bené Israël devaientarriver « unis comme un seul homme » devant le Har Sinaï (19, 2 ; Rachi), afin que les intérêts individuels ne fassent pas écran à cet engagement total.

Puis Moché Rabénou reçut le message de Hachem qu’il allait transmettre aux Bené Israël, définissant le « contrat » qui devait être conclu entre Hachem et Son Peuple : « Vous avez vu ce que J’ai fait aux égyptiens, et Je vous ai portés sur les ailes des aigles, et Je vous ai amenés à Moi. Et maintenant, si vous écoutez Ma Voix, et que vous gardez Mon Alliance, vous serez pour Moi un trésor de parmi tous les peuples, car à Moi est toute la Terre ! Et vous serez pour Moi un Royaume de Cohanim et un Peuple Kadoch ! Voici les paroles que tu transmettras aux Bené Israël (3-7) ».

Rachi explique ainsi le sens des mots : »Voici les paroles » : « Ni moins ni plus ! »

Il ne s’agissait pas ici d’un argumentaire « publicitaire », où le « vendeur » est libre de vanter les qualités du contrat à sa convenance, mais des termes-mêmes du contrat, qui devaient refléter avec précision les limites des engagements « mutuels » ! (Rav Yaacov Kamenetski, Emeth LeYaacov ; Oznaïm LaTorah, 19, 6).

Rachi analyse le « contrat » terme par terme :

– « Vous avez vu » :  » Il ne s’agit pas d’une tradition … mais vous avez constaté vous-mêmes ce que J’ai fait aux égyptiens…  Ce n’est que pour vous que Je les ai punis ! »

-« Je vous ai portés » : il s’agit du regroupement instantané de l’ensemble des Bené Israël à Raamsès avant la Sortie d’Egypte.

-« Sur les ailes des aigles » : comme l’aigle qui porte ses petits sur ses ailes … (pour les protéger des flèches des hommes).

-« Et Je vous ai amenés à Moi » : Rachi renvoie au Targoum (Traduction – explication par les ‘Hakhamim de la Torah en araméen). « Je vous ai approchés de Mon Service » !

– Et vous garderez Mon Alliance » : que Je conclurai avec vous sur la « garde » de la Torah !

– « Un trésor » : … ainsi Vous serez pour Moi un trésor de parmi les autres peuples … alors que « Toute la Terre est à Moi … » !

– « Et vous serez pour Moi un Royaume de Cohanim » : de « Princes » …

Considérons tout d’abord l’impact de ce « contrat » !

Rav Chimchon Pinkus (Tiférèt Chimchon, p. 203) explique ce message en analogie aux préliminaires du mariage :  » Vous avez vu ce que J’ai fait aux égyptiens ! » : c’est la base de la réception de la Torah !

Quel est l’intérêt pour nous de ce que Hachem a fait aux égyptiens ?

La base de l’amour entre deux personnes est le fait que l’autre est « concerné » par moi. Hachem commence par nous dire : « Je suis intéressé à établir un lien avec vous ! Lorsque vous voyez ce que J’ai fait aux égyptiens, des plaies incomparables, et tout cela parce que Je suis « concerné » par vous, « Je vous ai amenés à Moi ». Rav Pinkus ajoute qu’en symétrie retentit l’appel vers nous : « Je suis « concerné » par vous … Et qu’en est-il de votre côté « à Mon égard » ?! S’il n’y a pas de « réciprocité, le lien se détache … Hachem n’est pas « un distributeur automatique » où on introduit une Mitsva et il en sort une récompense …

Rav ‘Haïm Zaytchik (Or ‘Hadach, p.447) souligne que la Gloire de Hachem et la gloire du Peuple d’Israël ne se situent pas dans l’existence d’individus d’exception, ce qui peut exister même parmi les nations,  mais dans le fait que le Peuple d’Israël a accepté collectivement la Torah au Mont Sinaï, et la Présence De Hachem s’est manifestée à tous ! L’engagement du respect de la Torah s’applique à tous, et tous sont appelés à s’élever vers les plus hauts niveaux !

Le Beth HaLévi explique ce passage en citant le Midrach: « Et vous serez pour Moi » – « Que vous Me soyez acquis et que vous mettiez votre activité dans la Torah et que vous ne mettiez pas votre activité dans d’autres choses ! » (Mekhilta Yitro 2, 5).

Le Beth HaLévi s’interroge sur le sens des paroles de la Mekhilta : « Que vous Me soyez acquis » ?

Il cite le verset : « Si vous écoutez Ma Voix, et que vous gardez Mon Alliance » et remarque que deux notions sont exprimées ici. La première se rapporte à la Torah Ecrite, et la seconde à la Torah Orale : « Si vous écoutez Ma Voix » désigne la Torah Ecrite, et  » que vous gardez Mon Alliance » vise la Torah Orale qui est appelée « Alliance ».

Il explique qu’alors que la Torah Ecrite est reconnue même par les non-juifs, la Torah Orale, elle, est l’apanage d’Israël. En « Gardant l’Alliance »,  » Vous serez pour Moi un trésor de parmi tous les peuples » ! C’est dans le lien à la Torah Orale que se situe la distinction entre Israël et les nations. A la différence de la Torah Ecrite dont le Texte est « figé » et « immuable », la Torah Orale est source de « découvertes » permanentes dans sa richesse. C’est ce qu’ont exprimé les Bené Israël dans leur acceptation face au Har Sinaï : « Naassé VeNichma » (Nous accomplirons et nous écouterons) : Nous accomplirons ce qui nous a été dit, et nous écouterons à l’avenir toutes les paroles des ‘Hakhamim (Sages) de toutes les générations.

Le Beth HaLévi ajoute la remarque suivante : Comment peut s’appliquer un contrat sur des éléments à venir non connus au moment de l’engagement ?! Il répond que c’est par le fait que les Bené Israël n’ont pas souscrit à un contrat d’obligation d’actions ponctuelles, mais se sont « acquis » dans leur personne-même à la Torah et à la Avoda (Service) de Hachem. C’est l’expression : « Que vous gardez Mon Alliance » qui désigne la Torah Orale qui est sans limite, et c’est ce qui fait que « Vous serez pour Moi un trésor de parmi tous les peuples » -« Que vous Me soyez acquis et que vous mettiez votre activité dans la Torah » ! Là réside la différence fondamentale avec les obligations des « Bené Noa’h » (les descendants de Noa’h – l’ensemble de l’humanité). La différence n’est pas que nous avons 613 Mitsvot tandis qu’ils n’en ont que 7 ! La différence est qu’ils n’ont que des obligations limitées, alors que notre personne-même est acquise totalement à Hachem :  » Vous serez pour Moi un trésor de parmi tous les peuples » !

La distinction n’est pas quantitative, mais qualitative ! Un monde différent !

Rav Tsvi Chraga Graossbard (Daat Chraga, p.129) souligne les paroles de Rachi : « Et Je vous ai amenés à Moi » Rachi renvoie au Targoum (Traduction explication par les ‘Hakhamim de la Torah en araméen) qui précise : « Je vous ai approchés de Mon Service » !

Il explique que c’est en cela que consiste la proximité à Hachem exprimée dans ce verset.

Il ajoute en citant le Targoum Yonathan (autre « traduction-commentaire » de la Torah en araméen de nos ‘Hakhamim) qui développe : « Et de là, Je vous ai approchés à l’étude de Ma Torah » !

Les deux « Targoum » ne sortent pas le verset de son sens, mais expliquent comment s’accomplit : « Et Je vous ai amenés à Moi ».

Rav Chimchon Raphaël Hirsch développe les termes de ce passage qui représente le contrat que Hachem nous a présenté. Hachem nous a élevés au-delà de l’atteinte de nos ennemis grâce à la Emouna sans réserve que nous avons manifestée. Le terme de « Trésor » auquel nous devons accéder définit une « réservation » exclusive, et c’est là notre obligation envers Hachem : ne dépendre que de Lui !

Il ajoute que ces paroles : »Et vous serez pour Moi un Royaume de Cohanim et un Peuple Kadoch » impliquent que chacun accepte sur lui « l’Autorité » de Hachem dans toutes ses actions, et Le représente dans tous ses pas, et que notre « représentation » face à l’extérieur soit empreinte de Kedoucha : un Peuple qui représente dans toute sa prestance la Royauté Divine sur Terre.

La qualité de « trésor » n’est donc pas un simple privilège, mais une dimension que nous devons acquérir et préserver …

Ce passage qui pourrait nous sembler « accessoire », un peu comme du marketing qui « n’engage en rien », constitue en fait l’introduction fondamentale à notre engagement dans la vie !

Prenons le temps de considérer le contrat auquel nous souscrivons à nouveau chaque année à la lecture de cette Paracha, mais en réalité à chaque instant de notre existence !

Matan Torah n’est pas un évènement historique, mais la base de notre existence quotidienne !