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Le Séfer Chemot commence avec la présentation des Bené Israël qui étaient venus en Egypte en raison de la famine.
La Torah mentionne ensuite la mort de Yossef, 71 ans après que Yaacov et sa famille soient descendus en Egypte.
Le verset dit ensuite : « Les Bené Israël fructifièrent, et pullulèrent et se multiplièrent très abondamment ; et le pays se remplit d’eux » (Chemot 1, 7). Au huitième verset de la Paracha apparait la « fracture » brutale « : un nouveau Roi s’éleva sur l’Egypte, qui ne « connaissait » pas Yossef ! ».
Et alors commence la vague « d’antisémitisme » violente qui débouchera sur les persécutions les plus terribles que le Peuple Juif ait vécues au fil de l’Histoire.
Quelle est la cause de ce « raz de marée » soudain, dans un pays qui était imprégné de la reconnaissance envers Yossef, qui avait été le Vice-Roi et qui avait sauvé l’Egypte de la famine, et dirigé le pays pendant 80 ans (Midrach Pirké De Rabbi Eliezer, chapitre 11) ?
Le Midrach (Chemot Rabah, 1, 8) cite un verset du Navi (Prophète) Hochéa : « Ils ont trahi Hachem, car ils ont mis au monde des fils étrangers ; maintenant le « nouveau » (Roi) les mangera … » (5, 7). Ce verset enseigne qu’après la mort de Yossef les Bené Israël renversèrent l’Alliance de la Mila. Ils dirent : « Soyons comme les égyptiens… » Et puisqu’ils ont fait ainsi, Hachem a inversé l’amitié que les égyptiens leur portaient en haine, comme il est dit : « Il a inversé leur cœur pour haïr Son Peuple, pour comploter contre Ses Serviteurs » (Tehilim 105, 25) …
Il apparait ainsi que dès lors que les Bené Israël ont abandonné leur lien avec Hachem, Il a déclenché un mécanisme de rejet de la part des égyptiens pour empêcher l’assimilation et la disparition de Son Peuple.
Rav Its’hak Zeev Yadler (Tiférèt Tsion) commente ce Midrach en soulignant le bienfait que Hachem nous a prodigué en enrayant immédiatement le mécanisme de l’assimilation pour nous protéger …
Rav Chalom Schwadron analyse le phénomène surprenant du comportement des Bené Israël (Lev Chalom, p.3-7). Yaacov Avinou avait pris soin de préparer son « installation » en Egypte en envoyant Yehouda en avant-garde pour mettre en place une Yechiva (Rachi, Beréchit 46, 28), et avait soigneusement choisi de résider dans la province de Goshen, une région isolée, à l’abri du contact avec les égyptiens.
De son côté, Yossef avait fait en sorte que ses frères restent à l’écart de la vie publique égyptienne. Toutefois, après la disparition de Yossef et des anciens qui encadraient leurs descendants, leurs yeux se tournèrent vers l’Egypte, et progressivement les Bené Israël ne se contentèrent plus de Goshen.
Rav Schwadron décrit le paradoxe des Bené Israël qui gardaient leur aspect authentique, leur langage, leurs noms et leur mode vestimentaire, tout en participant à la vie « culturelle » des égyptiens (Midrach Tan’houma Hayachan, Chemot 6). Il explique que les particularités qui restèrent intactes étaient dues à la nature profonde des Bené Israël, inaltérable même lorsque le Juif cherche à s’assimiler, plus qu’à un choix délibéré qui aurait été incompréhensible aux côtés des efforts d’intégration. Le Kouzari (2, 44) rapporte que Hachem a doté les descendants des Avot (nos Patriarches) d’une nature fondamentalement différente des nations. Rav Schwadron explique ainsi que même s’ils le veulent, ils ne peuvent pas s’assimiler totalement. Le Peuple de Hachem dans sa globalité est destiné à rester distinct.
Rav Naphtali Tsvi Yehouda Berlin (Haamek Davar, 1, 7) explique pareillement que les Bené Israël débordèrent de leur habitat en Goshen (comme on le voit de la Plaie des premiers nés où les maisons des Bené Israël et des égyptiens étaient mêlées ; Chemot 12, 23), en rupture avec la volonté de Yaacov Avinou qui voulait cantonner leur installation à Goshen pour préserver leur isolement de la proximité des égyptiens. Rav Berlin développe abondamment l’éloignement indispensable des Juifs des nations dans un cahier dédié à ce sujet (Cheér Israël). Il explique là-bas que dès lors que les Juifs cherchent à se rapprocher des non-juifs, Hachem fait en sorte de rétablir la frontière par une radicalisation des non-juifs contre le Peuple de Hachem. (Comme il était remarquable que les « lois de Nuremberg » (septembre 1935) contre toute présence juive dans l’espace public correspondaient précisément aux prescriptions de la Torah de distance face aux non-juifs).
Rav Avigdor Miller (Or Olam, I, p.433) énumère les exemples d’interventions similaires de Hachem tout au long des générations, depuis l’éloignement de Lot d’Avraham, et des fils de Ketoura envoyés au loin par Avraham pour les éloigner de Its’hak. Hachem veille à protéger la distinction fondamentale d’Israël au long de l’Histoire.
Rav Guedalyahou Schorr développe également ce principe (Or Guedalyahou, Vayichla’h, p.110-11 ; Balak, p152) que lorsque le Peuple Juif ne sait pas préserver sa spécificité, alors Hachem intervient en déclenchant l’animosité des nations à son encontre.
Rav Yadler (Tiférèt Tsion cité plus haut) souligne que c’est un bienfait particulier de Hachem pour empêcher Son Peuple de se « diluer » au sein des nations.
Nos Commentateurs récents citent unanimement l’explication du Beth HaLévi sur notre Paracha. Il cite le verset : « Il a inversé leur cœur pour haïr Son Peuple, pour comploter contre Ses Serviteurs » (Tehilim 105, 25), qui s’insère dans un chapitre qui décrit les bienfaits de Hachem envers nous lors de la Sortie d’Egypte. Il s’étonne de la présence de ce verset qui parle du déclenchement de l’animosité des égyptiens au milieu d’un texte relatif aux bienfaits ?! Pourquoi Hachem a-t-Il provoqué la haine des égyptiens à notre égard ?!
Il cite les paroles des ‘Hakhamim (Yalkout Chimoni 520) sur le verset du Navi (Prophète) Hochéa : « Ils ont trahi Hachem, car ils ont mis au monde des fils étrangers ; maintenant le « nouveau » les mangera … » (5, 7).
Hachem dit : « Vous avez innové sur vous une servitude, aussi Je dresserai quelqu’un qui innovera sur vous des décrets … ». Quelle « servitude » les Bené Israël avaient-ils innové sur eux-mêmes ?! l’abandon de la Mila est une transgression « passive » et non « active » !
Le Beth HaLévi développe qu’en réalité les Bené Israël n’ont jamais cessé d’accomplir la Brit Mila…
Ils cherchèrent à la dissimuler en étirant la peau du prépuce juste après la Mila. Ainsi, ils accomplissaient scrupuleusement le Mitsva transmise depuis Avraham Avinou, tout en cherchant à diminuer leur différence avec les égyptiens, dans un souci d’éviter l’animosité qu’ils craignaient de voir se développer chez les égyptiens au fil du temps. Or l’essentiel des Mitsvot consiste à distinguer les Bené Israël des Peuples, comme en témoigne le verset : « Je vous ai séparés des peuples pour être Miens ! » (Vayikra 20, 26). Aussi, même si leur démarche ne comportait aucune transgression caractérisée, elle constituait en fait une faute profonde plus grave. Pour sauver les Bené Israël de ce danger, Hachem fit en sorte que l’amitié et la reconnaissance des égyptiens envers Yossef basculent en haine inextinguible. Ainsi à la place de l’écart que les Bené Israël mettaient précédemment entre eux et les égyptiens, se développa la distance qu’établirent les égyptiens.
Rav ‘Haïm Friedlander (Sifté ‘Haïm Chemot, p.145) dit que c’est pour souligner ce caractère miraculeux de la haine des égyptiens que Hachem fit en sorte que lors de la Sortie d’Egypte, les Bené Israël s’enrichirent à l’initiative des égyptiens (Chemot 12, 35-36). De même qu’initialement Hachem avait inversé l’amitié en haine, ainsi, à la Sortie d’Egypte, Hachem changea la haine des égyptiens en sympathie …
Rav Chalom Chapira (HaMaor ChèbaTorah, p. 41-42) souligne que c’est précisément lorsque les Bené Israël remplirent les lieux de loisir des égyptiens (Midrach Tan’houma Hayachan, Chemot 6) que commencèrent les décrets d’anéantissement. Il remarque que le caractère éternel de la Torah se manifeste là, lorsque nous voyons que ces « clichés » se reproduisent de génération en génération.
Que ce soit selon l’explication de Rav Chalom Schwadron sur le fait que la conservation de notre identité juive minimum est le résultat de notre nature profonde au-delà de notre volonté, ou selon l’explication du Beth HaLévi que les Bené Israël respectaient délibérément les prescriptions de la Torah tout en cherchant à s’intégrer à la société environnante, les efforts d’intégration sont et seront éternellement voués à l’échec, et ne peuvent qu’entrainer des résultats catastrophiques.
A notre époque, où les soucis d’intégration dans le monde des sciences et de la culture, même accompagnés d’un respect scrupuleux des Mitsvot, n’ont pas eu le succès escompté, ces « mécanismes » sont particulièrement perceptibles !!!
L’enseignement donné dans cette Paracha brille particulièrement à nos yeux, pour nous rappeler la place de notre Peuple dans l’Histoire du Monde …


